‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 97 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'est une grande parole , chrétiens , et qui mérite d'être écoutée avec tous les sentiments de respect que la religion est capable de nous inspirer, quand saint Paul nous dit que l'auguste mystk'e de la résurrection a établi dans le monde la foi de la divinité de Jésus-Christ : Qtd prxdestinams est Films Dei m viritUe, ex reswrrectiom mortuorum, Jesu Christi Domim nostrL (Rom., 1.) Ainsi parlait l'apêtre, persuadé, rempli, pénétré de cette vérité : Nous adoronS) «es (rères, un Sauveur qui a été prédestiné Fils de Dieu , en vertu de sa résurrection glorie«»e. Au Meu de prédestiné, le texte grec et le syriaque portent , manilesté et déclaré ; mais saint Attîbroise concilie ces deux versions, en disant que Jésus-Christ, qui était un Dieu caché dans son incarnation , devait , selon l'ordre de sa prédestination étemelle , être un Dieu révélé et un Dieu connu dans sa résurrection : Christus latens in incamatione, prœdestmatus erat ut declararetur Filius Dei fn resurrectione. (Ambb.) Je ne sais, mes chers awKteors , si vous avez jamns fait réiexion à une autre proposition bien remarquable du n^éme apôtre, dans cet excellent discours qu'il fit au peuple d'Antioche , et qui est rapporté au livre des Actes. Voici comment s'expliquait le docteur des GentBs : Et nos vobis mnmmUamus èofn, qum ud patres nostros rqpromiêsiojhctaest, quomam hanc Deus adini' plevit, retusciians Jesum, sicutin secundo pstUmo scfiptum est : FtHus meus es tu, ego kodie genui te {Act., 13); Nous vous arnionçons i'accomplissement d'one grande promesse que Dieu avait faite à lios pères, et qui a été durant ta^t de sièdes le Éi^ ^ leur espérance et de leurs vœux : Dieu a V€«du que nous , qui sommes leurs enfants , eussions l'avantage de la voir enin consommée; et l'exécution de cette promesse est qu'il a ressuscité Jésus, Twton ce qui «st écrit dans le psaume : Vous êtes mon Fils , el c^est au|oifrd*fatti que je vous ai engendré. Que signifie cela, ciuréttens? et de quel jour saint Paul prétendait-il parler? Si c'était de celui oà Jésus-Christ, comme Fils de Dieu et comme Verbe incréé, est engendré de son Père, pourquoi rappfaquailHl au mystère de sa résurrection? et s'il l^eotMidait du jovr où JéiOHGhrist, comme Dien-

SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST

Homme , est ressuscité selon la chair, pourquoi fiaisait-il mention de sa génération éternelle? Resuscitans Jestan^ sicut scriplum est : Ego hodie genui te. Quel rapport de Fun à Tautre? Ah! répond saint Ambroise, il est admirable, et jamais Tapôtre n'a parlé plus cooséquemment; pourquoi? parce qu'en effet la résurrection de Jésus-Christ a été pour lui une seconde naissance , mais bien plus heureuse et plus avantageuse que la première; puisqu'en renaissant, pour ainsi dire, du tombeau, il a fait éclater visiblement dans sa personne ce caractère de Fils de Dieu, dont il était revêtu. Et c'est pour cela que le Père étemel le reconnaît singulièrement dans ce mystère, et lui adresse ces paroles dans un sens particulier : Filius meus es tu, ego hodie genui te; Oui , mon Fils , c'est en ce jour que je vous engendre pour la seconde fois, mais d'une manière qui justifiera parfaitement la grandeur de votre origine, et la vérité de cet être divin que vous avez reçu de moi : Fi^us meus es tu, idest, meum hodie teprohasti esse Fïlium, ( Ambb. ) Comme s'il lui disait : Tandhs que vous avez été sur la terre , quoique vous fussiez sans contestation Fils de Dieu, on ne vous a considéré que sous la qualité de Fils de l'homme. Mais maintenant que vous triomphez de la mort, et que vous êtes régénéré à la vie de la gloire , vous vous rendez à vous-même un témoignage si authentique de la divinité qui habite en vous, qu'elle ne peut plus désormais vous être disputée ; et quoique j'aie toujours été votre père dans le temps et dans l'éternité, je ne laisse pas de m'en faire aujourd'hui un honneur spécial , distinguant ce jour bienheureux entre les autres jours qui ont composé votre destinée, et le choisissant pour déclarer à tout l'univers que vous êtes mon Fils : Ftlius meus es tu, ego hodie genui te.

Mais venons au fond de la question , et pour nous instruire d'une vérité aussi essentielle que celle-ci , voyons dans quel sens et comment il est vrai que la résurrection de Jésus-Christ établit particulièrement la foi de sa divinité. Car vous me direz : Le Sauveur du monde, pendant le cours de sa vie mortdie, n'avait-il pas fait des miracles qui l'autorisaient dans la qualité qu'il prenait de Fils de Dieu? Les démons chassés, les aveugles-nés guéris, les morts de quatre jours ressuscites , n'était-ce pas autant de démonstrations, mais de démonstrations palpables et sensibles , du pouvoir tout divin qui résidait en lui ? quel effet plus singulier devait avoir sa résurrection pour confirmer cette créance? Écoutez-moi , chrétiens, voici le noeud delà difQculté et comme le point décisif du mystère que je traite. Je dis que la révélation de la divinité de Jésus-Christ était surtout attachée à sa résurrection ; Qui prsedesti' natus est Filius Dei ex resurrectione marùuorum ( Rom. , 1 ) : pourquoi ? pour quatre raisons, ou

plutôt pour une seule renfermée dans ces quatre propositions : parce que la résurrection de Jésus- Chnst était la preuve que cet Homme-Dieu devait expressément donner aux Juifs pour leur fabe connaître sa divinité : parce que cette preuve était en effet la plus naturelle et la plus convaincante de sa divinité : parce que, de tous les miracles de Jésus- Christ faits par la vertu de sa divinité, il n'y en a pas un qui ait été si avéré , ni d'une évidence si incontestable que celui de la résurrection de son corps; et parce que c'est celui de tous qui a le plus servi à la propagation de la foi et à l'établissement de l'Évangile, dont la substance et le capital est de croire en Jésus-Christ et de confesser sa divinité : d'où vient que les chrétiens des premiers siècles, voulant exprimer dans un mot l'idée qu'ils se formaient de la résurrection du Sauveur, par un usage reçu entre eux, l'app laient simplement le témiAgnage; jusque-là que l'empereur Constantin, ayant bâti dans la nouvelle Jérusalem un superbe temple sous le titre de Jésus-Christ ressuscité , lui donna le nom de MartyrUmij c'est-à-dire testimonium. Et saint Cyrille, patriarche de la même ville, en apporte la raison : savoir, que ce temple était consacré à un mystère que Dieu avait lui-même choisi pour être le témoignage solennel de la divinité de son Fils. C'est ce que vous verrez, chrétiens, dans l'exposition de ces quatre articles que je vais vous développer.

Car, premièrement , n'est-ce pas une remarque bien solide , qu'autant de fois que Jésus-Christ se trouve, dans l'Évangile, pressé par les Juifis sur le sujet de sa divinité, et qu'ils lui en demandent des preuves, il ne leur en donne jamais d'autre que sa résurrection , dont il se sert ou pour convaincre leurs esprits, ou pour confondre leur incrédulité? Cette nation infidèle , disait-il , veut être assurée par un miracle de ce que je suis; et elle n'aura point d'autre miracle que celui du prophète Jonas, ou plutôt , que cehii dont le prophète Jonas fut la figure; savoir, qu'après avoir été enfermé trois jours dans le sein de la terre, j'en sortirai comme Jonas sortit du ventre de la baleine : GeneroHoprava ^ gnum quœrit, et signum non dabUMr Hf nisi signum Jonm prophet», (Matth., 12.) Vous me demandez , ajoutait-il en s'adressant aux pharisiens , par quel miracle je vous montre que j'ai droit d'user du pouvoir absolu et de l'autorité indépendante que je m'attribue : Quod signum ostendis nobis quia hxc/acis f ( Joan. , 2.) Or, voici par où je veux que vous en jugiez ; c'est qu'après que vous aurez détruit, par une mort cruelle et violente, ce temple visible, qui est mon corps, je le rétablirai dès le troisième jour dans le même état , et dans un état même plus parfait : Sohite iemplum hoc, et in tribus diebus excitabo iUud. (Id.) Prenez garde, s'il

SUB LA BÉSUERECnON DE JÉSUS-CHRIST.

zn

vous plaît, chrétiens : il pouTait leur produire cent autres miracles, qu'il opérait au milieu d'eux; mais il les supi^rime tous, et vous diriez qu'en les faisant il ne se proposait rien moins que de faire connaître aux hommes sa divinité : car, s'il change l'eau en vin aux noces de Gana, c'est par une déférence comme forcée à la prière de Marie; s'il délivre la fille de la Chananéenne , c'est pour se délivrer de nmportunité de cette femme : s'il ressuscite le fils de la veuve, c'est par une pure compassion. Dans la plupart même de ces actions surhumaines, après avoir laissé agir sa toute-puissance, il recommande le secret à ceux qui en ont ressenti la vertu. Et quand il découvre aux trois disciples la gloire de sa transfiguration, où le Père céleste parlant en 1 personne le reconnaît pour son Fils bien-aimé, il leur défend d'en rien publier, jusqu'à ce qu'il soit ressuscité d'entre les morts : NemirU dixeritis vi' sionem, donec FUius hominis a mortuis resurgat. (Matth., 17.) Pourquoi cela? par la raison qu'en apporte saint Chrysostôme , que dans le dessein de Dieu la résurrection de Jésus- Christ ayant été ordonnée pour être le signe de la filiation divine, c'était elle qui devait mettre le sceau à tous les autres miracles, et qui en devait consommer la preuve. De là dépendait la foi de tout le reste; car ce Sauveur des hommes ayant dit , Je suis égal à mon Père et Dieu comme lui, et, pour faire voir que je le suis, je ressusciterai trois jours après ma mort ; s'il n'eût pas été tel qu'il prétendait , il était impossible qu'il ressuscitât, parce que Dieu alors, en concourant au miracle de sa résurrection , eût autorisé l'imposture et le mensonge. Si donc, après cette déclaration, il est ressuscité, il fallait aussi , par une suite nécessaire , qu'il fût Dieu. Étant Dieu , tous ses miracles subsistaient, puisqu'il est naturel à un Dieu de fiedre des miracles. Et au contraire , s'il n'était pas ressuscité , la créance de sa divinité se trouvait détruite par sa propre bouche; sa divinité détruite, ses miracles ne devaient plus avoir de force, ses paroles n'étaient que fausseté, sa vie qu^artifice et illusion, toute la foi chrétienne qu'un fantôme ; et voilà le sens littéral de ce passage de saint Paul ; Si autem Christus non resurrexil, inanis est prxdicatio nostra, inanis est et fides vestra. ( 1. Cor., 15.) Tout cela, encore une fois, parce que Jésus-Christ avait marqué la résurrection de son corps comme le caractère distinctif de sa divinité.

Mais pourquoi choisissait-il celui-là préférablement à tous les autres? Ah! chrétiens, en pouvait-il choisir un plus éclatant et plus sensible que de se ressusciter lui-même ? Le miracle, dit saint Augustin, est, pour les créatures intelligentes, le langage et la voix de Dieu, et le plus grand de tous les miracles «st la résurrection d'un mort* mais entre toutes les

résurrections, quelle est la plus miraculeuse? n'esta ce pas , poursuit ce saint docteur, de se rendre la vie à.soi-même, et de se ressusciter par sa propre vertu? Ce n'est donc point sans raison que Jésus-Christ s'attachait spécialement à ce signe, pour vérifier qu'il était Dieu et Fils de Dieu. En effet, il n'appartient qu'à un Dieu de dire comme lui : Potesta" tem habeo ponendi animant meam ^ et itertan sumendi eam (Je an., 10); Tai le pouvoir de quitter la vie, et j'ai le pouvoir de la reprendre; l'un m'est aussi facile que l'autre; et comme je ne la quitterai que quand je voudrai, aussi la reprendrai-je quand il me plaira. Il n'y a , dis-je , qu'un Dieu qui puisse s'exprimer de la sorte. Avant Jésus-Christ (ne perdes pas cette réflexion de saint Ambroise , également solide et ingénieuse), avant Jésus-Christ, on avait vu dans le monde des hommes ressuscites, mais ressuscites par d'autres hommes. Elisée , par le souffle de sa bouche, avait ranimé le cadavre du fils de la Sunamite; et par la prière d'Élie , l'enfant de la veuve de Sarepta , mort de défaillance et de langueur, avait été rendu à sa mère désolée , plein de vigueur et de sauté. Mais, comme remarque saint Ambroise , ceux qui étaient alors ressuscites , ne recevaient la vie que par une vertu étrangère; et ceux qui opéraient ces miracles, ne les faisaient que dans des sujets étrangers. La merveille inouïe, c'étaitquele même homme fît tout à la fois le double miracle, et de ressusciter, et de se ressusciter. Car c'est ce qu'on n'avait jamais entendu , ^ sœculo non est avditum (Jo an. , 9) ; et voilà le miracle que Dieu réservait à son Fils , afin de déclarer au monde qu'il était tout ensemble homme et Dieu : homme, puisqu'il était ressuscité; et Dieu, puisqu'il s'était ressuscité : Ut ostenderet quoniam erat in ipso, et resuscUatus homo , et resuscitans Deus, (^MBR. ) Mystère adorable que saint Jérôme, par ce don de pénétration qu'il avait pour bien entendre les Écritures , observe dans ces paroles du psaume, qui, selon la lettre même, conviennent à Jésus -Christ, et ne se peuvent rapporter qu'à lui : yEstimatîis svm cum descendentibus in lacum : factus svm sicut homo sine adjutorio, inter mortuos liber, {Ps. S7.) On m'a mis au rang des morts, et l'on a cru qu'en mourant je ne devais point avoir d'autre sort que le commun des hommes ; mais il y a eu néanmoins entre eux et moi deux grandes différences, l'une, que j'ai été libre entre les morts, inter mortuos liber, et Tautre, que parmi les morts, je n'ai eu besoin du secours de personne, sicut homo sine acffutorio. Que veut-il dire, chrétiens? C'est-shdire que Jésus-Christ est entré dans le royaume de la mort, non pas comme son sujet, mais comme son souverain; non pas comme esclave, mais comme vainqueur; non pas comme dépendant de ses lois, mais comme jouissant d'une parfaite liberté : inter mortuos Hber. De sorte que, pour eu

SUR L'A RÉSURftECTION DE JÂSUS-CHRIST.

loriir par la roie de la réeurreetioii', il m hii a ftlto gue lui-même : point de prophète qui priit pour fui, qui lut oommaadflt de se lever, qui le ttritt par violence du tombeau , parce qu'MaDt Dieu il ne devait être aidé que de sa vertu tonte- puissante : Foettu nun Hcvi komo ibuadjutorio, (nter mortoo» liber. Paroles, ajoute saint JMnte, que le Saint-Esprit semble «voir dietto pour composer t'épitaphe dé J^s-Christ qui devait ressusciter.

Il est rlone vrai que la résurrection de cet Homme- Dieu était la prenvela phn authentique qu'il pouvait donner de sa divlDÎlé ; et c'est pourquoi toute la sjnajjogue, eonjurée contre lui, fit de puissants efforts pour empjcber que la créance de cette réiurreetiOD ne fdt reçue dans le monde. Tous les Juib Étaient persuadés que si l'on croyait une fois , et s'il était constant, que Jésua-Cbrist fût ressuscité, dès là il se trouverait dans une pleine possession et de ta qualité de Messie , et de celte de Fils de Dieu. Mais- Qo'est-il arrivéP Par une conduite toute merveilleuse de la Providence, de tous les articles de notre religion, ou plutôt de tous les miracles sur quoi est fondée notre religion , il n'y en a aucun dont le fait ait été si avéré, ni dont l'évidence soit si incontestable : en sorte, dit saint Augustin, qu'un païen même et un infidèle, examinant sans préoccupation toutes les circonstances de ce miracle, est forcé d'en reconnaître ta vérité. El ce qui est encore plus étonnant, continue ce saint docteur, c'est que les deux choses qui naturellement auraient dd être des obstacles à la foi de cette résurrection , savoir, la haine des pharisiens et l'iticréduilté des apdtres, sont justement les deuï moyens que Dieu a employés pour l'appuyeretpourlafortifler. Oui, les ennemis de lésus-Christ les plus passionnés ont malgré euic contribué par leur haine métne à vérifier le miracle de la résurrection de son corps, et par conséquent à établir notre foi. Car prenez garde, chrétiens : h' peine Jésus- Ch ri st est-it expiré, qu'ils s'adressent à Pilate; et que lui représentent-ils? Nous nous souvenons que ce séducteur a dit, lorsqu'il était encore vivant : Je ressusciterai trois jours après ma mort; il s'y est publiquement engagé, et il a voulu qu'on éprouvât par là s'il était Gdèle et véritable dans ' ins l'attente du ]n corps venait audrait pas daussi pernicieuse it d'y pourvoir, avec plus d'auvous avez des mblera bun; je vous donne tout pouvoir. Et aussitôt la sépulcre estinvesti de soldats, la pierre qui en ferme l'ouverture est scellée; on n'omet rien pour une entière sûreté. Quel eflet de cette prévoyance? Point d'au-

tres que d'écarter jusqu'au moindree doutes et jtiwjB'aux plus légers soupfons sur la résurrectiom de Mus-Christ. Car, malgré toutes leurs précautiof» et tous leurs sf^DB , le corps du Sauveur, après trois jours de sépulture, nes'étant plus trouvé dans le tombeau, que pouvaient dire les pharisiens? Que ses disciples l'avaieat enlevé à la faveur de la nuit, et tandis que la garde était endormit? Mais, reprend saint Augustin, comment a-t-on pu approcher du sépnlcre, lever ta pierre, emporter le corps, sans éveiller aucun des soldats? D'ailleurs si la garde était endormie, d'où a-t-elle su qu'on l'avait enlevé, et qui l'avait enlevé; et si elle n'était pas endormie, comment a-t-elle souffert qu'on l'enlevât? Quelle apparence que les disciples, qui étaient la faiblesse et la timidité même, soient devenus tout à coup si hardis,et qu'au travers des gardes, avec un danger visible de leurs personnes, ils aient osé ravir un corps mis en dépôt sous te sceau public? De plus, quand ils l'auraient osé, àquel dessein voudraient-ili 6tire croire aux autres une chose dont la fausseté leur aurait été clairement connue? que pourraientils espérer de là? Car s'ils avaient enlevé le corps, il leur était évident que Jésus-Christ n'était pas ressuscité, et qu'il les avait trompés; et comme ils s'étaient exposés pour lui à la haine de toute leur nation, il était naturel que, se voyant ainsi abusés, bien lainde soutenir encore ses intérêts , ils le renon- ^sent, déclarant aux magistrats que c'était uo imposteur ; témoignage que toute la synagogue edt re^u avec un applaudis semé ut général, et qui leur eût gagné l'affection de tout le peuple ^au lieu que, publiantsarésurrection, ils ne devaient attendre que les traitements les plus rigoureux, les perséeutions, les prisons, les fouets, ta mort même.

Cependant voilà l'unique défaite des Juifs, pour éluder le miracle de ta résurrection de Jésus-Christ : Ses disciples enlevèrent son corps. Ce n'est pas seulement de l'évangéltste que nous l'apprenons , mais deJustin,martyr, lequel, ayant été Juif de religion, Était mieux instruit que personne de leurs traditions. Ils répandirent , dit-il , dans le monde , que le sépulcre avait été forcé. Mais le mensonge était si visible, que la résurrection du Sauveur ne laissa pas da passer pour constante parmi le peuple. Josèplie luimême n'en a pu disconvenir, quelque intérêt qu'il eût à obscurcir la gloire du Fils de Dieu : et a&n que la geutilité aussi bien que le Judaïsme rendit hommage à ce Dieu ressuscité, Pilate, selon le rapport de Tertullien, bien informé de la vérité, et déjà chrétien dans sa conscience, en écrivit à Tibère : Ea omnta si^ter Chritto Pilatus , et iptepra cou- KientiasuajamchrUliauus, Jlberio rauintiavU, (XiATULi.) Sur quoi ce Pèra n'a pas craint d'ajouter que les empereurs auraient cru dès lors en Jésus- Christ, s'ils n'avaient été, comme empereurs, d6-

SDR LA HÉSURBECTION DB JÉStS-fflïUST.

ceMairewo siècle, ou si les chrétiens qui renonçaiMt qu siècle avaientpu être empereurs : Si aiU Cxsares tum Jvitsent ssectth necetsarii, aut chrUtiani pottUfieut etse Cxsaru. (Tbbtull.) Mais ae qui me surprend au delàdetoutlereste.et ceijue nous ne pouvoDsasaez admirer, c'est de voir les apdtces, qui, pendant la vie de leur maître, ne pouvaient pas même comprendre ce qu'il leur disait de sa résurrection , qui , dans te temps de sa passion , en avaient aluotumeat désespéré, et qui rejetaient aptes sa mort, eouioie des &bles et des rêveries, ce qu'on leur racontait de ses apparitions .- de voir, dis-je, des hommes si mal disposés à croire, ou plutôt si déterminés à ne pas croire , devenir les prédicateurs et les martyrs d'un mystère qui, jusque-là, avait été le plus ordinaire sujet de leur incrédulité, aller devant les tribunaux et les jugea de la terre confesser une résurrection dont ils s'étaient toujours fait une matière de scandale, ne pas craindre de mourir pour enconfirmer la vérité , et s'estimer heureux , pourvu qu'en mourant ils servissent à Jésus-Christ glorieux et triomphant,detémoins fidèles. Qui Btcechangemeut en eux , et qui éUJt capable de le faire , sinon l'assoranceetla foi de sa résurrection? Mais une foi si ferme, après ane Incrédulité si obstinée, n'était-elle pas un coup de la main du Très-Haut ? Hxcmtdatio dexlerx F.xceUl. (psaim. 76.) Aussi est-ce en vertu de cette foi, je dis de la foi d'une résurrection si miraculeuse, que le christianisme s'est multiplié, que l'Évangile a fait dans le monde des progrès incoDcevables, et que la divinité du Sauveur, malgré l'enfer et toutes ses puissances , a été crue J usqu'aux extrémités du monde. Nous n'avons qu'à considérer l'origfne et la nsissance de l'Église. Jamais les apêtres ne prêchaient Jésus-Christ dans les synagogues , qu'ils ne produisissent sa résurrection comme une preuve sans réplique : Hune Beut tnacilavlt letHa die. (^c(., 20.) C'est oelui, disaient-ils sans cesse, qui est ressuscité le troisième jour; celui que le Dieu de nos pères a glorifié , en te délivrant de la mort; celui que vous avez crucifié, mais qui depuis s'est montré dans l'état d'une vie nouvelle. On dirait que c'était là le seul article qui rrndait leur prédication efficace et invincible. Car en quoi faisaienMts paraître la force de ce zèle apostolique dont ils étaient remplis? A rendre témoignage de la résurrection de Jésus-Christ : f'irtute magna reddehant apostoti testimonium resurreciionU Jesu ChrUti Domini noatri. (Ibid. , 4.) En cela consistait tout le soin et (out le fruit de leur ministère ; jusquelà même que lorsqu'il fallut procéder à l'élection d'un nouveaudiscipleenlaplacedu perfide Judas, la grande raison qu'ils apportèrent fut qu'ayant vu ce qu'ils avaient vu , et qu'étant au Sauveur du monde cequ'ilsluictaient.ilsdevaient s'associer quelqu'un pour être avec eux témoin de sa résurrection : Ôp»r-

' W enlm ^esJei» resurrectbmis ejut nobUam^eri mum exUtU(Act.,l)i comme si leur apostolat eût Hé réduit A ce seul point. Et en effet, ajouta saint Luc, tout le monde se rendait à la force de et témoignage. Les Juifs n'y pouvaient résister, les GentiUenétaientpersuadés, le nombre des chrétiens eroiisait tous les jours ; et nous apprenons de saint ChrysoBt«me, qu'Immédiatement après la profession de fol que faisaient les catéchumèues, en reconnaissant que Jésus-Christ était ressuscité, on leur conférait lehaptême. Pourquoicela? Parce que professer la résurrection de Jésus-Christ, c'était professer qu'il était llieu ; et professer qu'il était Dieu, c'était embrasser sa religion , puisqu'il est certain que toute la religion chrétienne est fondée sur la divinité de Jésus-Christ, et que la divinité de Jésus-Christ n« nous a été aiitheniiquement révélée que par le miracle de sa résurrection.

Arrêtons-nous ici, et pour répondre au dessein de Dieu dans ce mystère, élevons-nous par les sentiments de la fol au-dessus de notre bassesse. Entrons, si j'ose m'exprimer de la sorte , dans le sanctuaire de la divinité de Jésus-Christ qui nous est ouvert; et, profitant de la fSte que nous célébrons, disons avec les vieillards de l'Apocalypse, prosternés devant Je trône de l'agneau : IHçjiua est agnus qui occisus esf, accipere virlulem etdivlniiaiem ( ^poc, 5 ). Oui , l'agneau sacrifié pour noua mérite de recevoir l'hommage que toute l'Église lui rend aujourd'hui. En adorantson Être divin , faisons i ce Sauveur la même protestation que lui fit saint Perre r Tu es Christus Fîlius Vd vivi (Matth. , le); Vous êtes le Fils du Dieu vivant; ou pour la coocevoù-dansdestermes d'autant plus forts etplus énergiques qu'il sont plus simples et plus naturels, sert

gnei fois tabc lar<

Domine (HIaith., 22 et 35), §eigpeur^ Hattre; maintenant qu'il est ressuscité, faisons-nous un devoir de lui répéter cent fois : Dominas meus et Deiis meus. Vous ties mon Seigneur et mon Dieu, et vous me le faites connaître si évidemment dans votre résurrection, que j'aurais presque lieu de craindre qu'elle ne fît perdre à ma foi une partie de son mérite. Car je sens mon âme toute pénétrée es lumières qui sortent de votre humanité et qui sont comme les rayons de la divinité qu'elle renferme. Je ne comprenais pas oe que saint Paul voulait faire entendre aux Hébreux, quand il leur disait que le Père éternel avait commandé aux anges d'adorer son Fils dans le moment qu'il res-

SUE LA BESUBRECTiON DE JÉSUS-CHRIST.

guscita et qu^il fit sa seconde entrée dans le monde : Et cum iterum UUroducU primogenitum in orhem terrXj dicU : Et adorent eum omnei angeli Dei ( Hebr., 1 ) : mais j*en vois maintenant la raison ; c'est que Jésus-Christ , en ressuscitant , montra à tout l'univers qu'il était Dieu, et que l'adoration est le culte propre de Dieu, et uniquement affecté à Dieu. Voilà pourquoi le Père étemel voulut que ce culte fût rendu solennellement à Jésus- Christ par tous les esprits bienheureux : Et adorent eum omnen angeU Dei, De savoir pourquoi il s'adressa aux anges , et non pas aux hommes pour leur donner cet ordre , ah ! mes frères , dit saint Jérôme , expliquant ce passage , c'est notre instruction d'une part, mais notre confusion de l'autre. Car il ne s'adressa aux anges que dans la connaissance anticipée qu'il eut de l'ingratitude, de la dureté, de l'insensibilité des hommes. U ne s'adressa aux anges que parce qu'il prévit que les hommes seraient des esprits mondains, qui, bien loin d'adorer Jésus- Christ en vérité, l'outrageraient, le blasphémeraient , et par le dérèglement de leur vie le couvriraient de honte et d'opprobre. Il est vrai que les hommes , encore plus que les anges , devaient adorer ce Dieu renaissant du tombeau, puisque c'était leur Sauveur, et non pas le Sauveur des anges : mais le désordre des hommes, le libertinage des uns, l'hypocrisie des autres, Porgueil de ceux-ci , la lâcheté de ceux-là, c'est ce qui détermina le Père céleste à recourir aux anges comme à des créatures plus fidèles , quand il voulut procurer à son Fils unique le tribut d'honneurs qui lui était dû en conséquence de sa résurrection : Et cum iterum introdueitprimogenUum in orbem terra ^ dieU : Et adorent eum omnes angeli Dei; comme s'il eût dit : Que les anges soient ses adorateurs, puisque les hommes sont des impies qui le scandalisent. Car c'est le reproche que chacun de nous a dû se faire aujourd'hui dans l'amertume de son âme : reproche qui su£Brait pour nous tirer de l'assoupissement où nous sommes, et pour ranimer notre foi; reproche qui, par une suite nécessaire, produirait notre conversion et le changement de nos mœurs.

En effet , cette foi de la divinité de Jésus-Christ a sanctifié le monde , et n'est-ce pas par cette même foi que le monde qui nous enchante, et dont les maximes nous corrompent, doit être sanctifié dans nous? Si j'ai cette foi , ou je suis juste, ou je suis dans la voie de Pêtre : si je ne l'ai pas, il n'y a dans moi que péché et qu'iniquité. Qui est celui, demande le bien-aimé disciple saint Jean, qui triomphe du monde, sinon celui qui croit que Jésus-Christ est Dieu ? QuU est qui vincit mundum, nisi qui crédit quoniam Jésus est Filius DeifO . Joan., 5.) Cestà-dire, quel est celui qui, maître de ses passions, est réglé dans sa conduite , modéré dans ses désirs ,

continent, patient, charitable, sinon celui qui §% laisse gouverner et conduire par la foi de ce Dieu sauveur? au contraire, quel est cehii qui demeure toujours esclave du monde et de ses coneupisoences , esclave de l'ambition, esclave de l'intérêt, esclave de la sensualité , si ce n'est pas celui qui a renoncé à cette foi, ou en qui cette foi est languissante? Quis est qui vincit mundum, nisi qui credU quoniam Jésus est Filius Deif Consultez l'expérience , et vous verrez avec quelle raison parlait l'apôtre. La prudence humaine a cru pouvofar se maintenir indépendamment de cette foi , et en a voulu secouer le joug; mais on sait de quelle manière elle y a réussi , et les tristes effets de cette indépendance criminelle. On a vu des chrétiens s'ériger en philosophes, ethiissantJésus-Christ,s'enteniràla foi d'un Dieu ; mais, par une disposition secrète de la Providence , leur philosophie n'a serri qu'à faire paraître encore davantage l'égarement de leurs esprits et la corruption de leurs cœurs. Il semble qu'avec la connaissance d'un Dieu, ils devaient être naturellement sages et naturellement vertueux : mais parce qu'on ne peut être solidement vertueux et sage que par la grâce, que la grâce est attachée à Jésus- Christ , que Jésus-Christ ne nous est rien sans la foi, que la foi qui nous unit à lui est celle qui nous révèle sa divinité, de là vient qu'avec toutes ces belles idées de sagesse, ils ont été des insen^ ses, des emportés; qu'ils se sont laissé entraîner au torrent du vice, qu'ils ont succombé aux plus honteuses passions ; qu'ils se sont, comme dit saint Paul , évanouis dans leurs propres pensées , et qu'affectant d'être philosophes, ils ont même cessé d'être des liommes. Au contraire, où a-t-on trouvé l'innocence et la pureté de la vie? Dans cette sainte et divine foi , qui nous apprend que Jésus-Christ est vrai Fils de Dieu : Quis est qui vincit mundum , nisi qui crédit quoniam Jésus est FiUus Deif Voilà ce qui nous justifie; voilà ce qui nous ouvre le trésor des grâces et des vertus , voilà ce qui nous donne accès auprès de Dieu pour avoir part un jour à cette bienheureuse résurrection qui nous est promise. Résurrection de Jésus-Christ , preuve incontestable de sa divinité : c'est par là qu'il confirme notre foi. Résurrection de Jésus-Christ , gage assuré de notre résurrection future : c'est ainsi qu'il anime notre espérance, comme vous l'allez voir dans la seconde partie.

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