LE LUNDI DE PÂQUES
SUR LA RÉSURRECTION DE JESUS-CHMST
Ei/actum est, dum/abularentur et êecum qiUBrerent, et ipse Jésus appropinquans ihat cum illis; ocuU autem ilht%im tenébantwr ne ewm ognoscereHL
Taudis qii*ils s'entretenaient et quils raisonnaient enseinble;, Jégta se Joignit à eox , el marcha avec eux; mais i\B avaient an voUe sur les yeax pour ne le pas connattre. Saint Luc, ch. 24.
Quand je oou^dère, cfarétieos , la disposition où se trouvaient ces deux ^disciples dont nous parle notre évangile , il me seeeàÀe que le Sauveur du monde eut deux grandes maladies à guérir dans Yetnrs personnes , et qu'il fiit néoeBsaâre qu'il employât pour cela les remèdes les phis paissants et toute Ta force de sa grâce. Car pronlèrement, ils bravaient pas la foi qu'ils devaient avoir en tui; e% de pins , quoiqu'ils eussent été jusqu'alors du nomlire de ses disdplef , ili eommeiifi^ient à se détacher
de lui. Ils étaient incrédules, et ils étaient froids et languissants : ils ne croyaient pas dé lu! ce qu'ils devaient croire , et ils n'aimaient pas dans lui ce qu'ils devaient aimer. Ils ne croyaient pas de lui ce qu'ils devaient croire ; car il était Dieu , et ils n'en parlaient que comme d'un homme, abaissant leur foi à des idées communes et populaires, traitant Jésus-Christ de prophète , avouant qu'il avait été puissant en œuvres et en paroles, mais ne lui donnant rien de plus , et n'y reconnaissant que ce que les Juifs grossiers et charnels y avaient euxmêmes reconnu : De Jesu Nazareno qui fuit vit propheta. (Luc, 24.) Voilà leur incrédulité. Us étaient froids et languissants dans son «amour; car c'est pour cela qu'ils sortaient de Jérusalem, n'osant pas se déclarer ses disciples , abandonnant son parti et ses intérêts , n'espérant plus en lui , et n'attendant plus de lui cette rédemption d'Israël sur laquelle ils avaient compté : Nos autem sperabamus quia ipse esset redempturus Israël, (Id. ) Tout cela, chrétiens, parce quMls n'étaient pas persuadés de sa résurrection : car le seul doute qu'ils avaient si Jésus-Christ était ressuscité, et s'il devait même ressusciter, corrompait leur foi et ralentissait leur zèle. Que fait donc Jésus-Christ ? Il les convainc par une expérience sensible qu'il est vraiment ressuscité; et dans cette apparition il éclaire leurs esprits, et il embrase leurs cœurs. Il éclaire leurs esprits , en leur expliquant ce que Moïse et les prophètes ont dit de lui , et leur donnant de la vénération pour ce Christ et ce Messie qu'il leur propose comme un Dieu de gloire ; jusqu'à ce qu'enfin il leur ouvre tout à fait les yeux, en leur découvrant que c'est lui-même qui leur parle, et les obligeant de confesser qu'il est leur Dieu et leur Seigneur. Et il échauffe leurs cœurs , leur inspirant peu à peu par ses discours des sentiments d'amour pour sa personne; d'où vient qu'ils se disaient Tun à l'autre : N'est-il pas vrai que notre cœur était tout enflammé et tout ardent lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et qu'il nous expliquait les Écritures? Voilà , mes chers auditeurs , le sujet de l'instruction que j'ai à vous faire. Ce qu'étaient ces deux disciples d'Emmaus à l'égard du Fils de Dieu, c'est ce que sont encore aujourd'hui je ne sais combien de chrétiens lâches , infidèles , remplis de Famour du monde , et que l'on peut dire avoir en quelque sorte renoncé à Jésus-Christ , quoiqu'ils fassent encore extérieurement profession d'être ses disciples. Ils en ont le caractère et le nom ; mais à peine ont-ils la foi, ou à peine sont-ils touchés d'aucun sentiment d'amour pour cet Homme-Dieu. Us ne croient que faiblement, et ils n'aiment presque point du tout , parce que la vraie charité ne peut avoir d'autre fondement que celui de la foi.
Je veux donc dans ce discours travailler à rele-
BUR LA RÉSUftEECTION DE JÉSUS-CHRIST.
MS
fier ce foi^mmit , et à corriger ces deux déerordres, ûùùl le premier est noire infidélité; et le second, notre insensibilité. Je prétends qtte Jésus-Ghrlsl ressnscité doit parfaitement établir et dans nos esprits la foi de sa divinité, et dans nos oûe^rs Tamonr de sa sainte humanité. Jem'expli^» Qu'est-ce que Jésus-Christ ? Un composé de deux natures , l'^e divine, Feutre humaine. La divinité demande iîurtout notre foi , et l'humanité notre amour. Car, dit saiiit Jean, c'est la foi de la divinité de Jésus- Christ qui nous sanetfifie, et c'est l'humanité de lésus-Christ qui nous a sauvés. Or, pour avoir cette
cette gloire, et qu'il est ressuscité; voilà ce que j'appelle la fin du mystère : parce que, dans le triomphe mène de la résurrection, il a voulu conserver les marques les plus authentiques et les cMtctèiies les plus visibles de son amour envers les hommes, savoir, les cicatrices des blessures qu'il avait reçues dans sa passion ; voilà la circonstance la plus remiurquable, ou du moins Tune des plus remarquables de ce mystère; enfin, parce qu'en ressuscitant glorieux, il a élevé son humanité à un état de perfection où nous ne pouvons nous défendre de l'aimer, mais de quel amour? d'un amour pur, d'un amour
foi divine et ce saint amour, nous n'avons qu'à ^spirituèlet tout divin; voilà l'efifet, ou pour mieux
nous attacher au mjrstère de la résurrection. Dans ce mystère, nous apprenons à connatlre Jésus- Christ él à l^imer; à le connaître comme Dieu, e( à l'aimer comme Dieu-Homme et Sauveur. Résurrection de Jésus-Christ , motif puissant pour croire sa divinité; c'est la première partie : résurrection de Jésus-Christ , engagement indispensable à aimer sa sainte humanité ; c'est la seconde : et voilà tout le sujet de votre attention.
{Xa première partie de ce semwn est la même que celle du sermon précédent.)