‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 100 sur 225 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Que l'état de la gloire inspire la crainte , attire le respect, donne de l'admiration, c'est, chrétiens, ce que je n'ai pas de peine à comprendre. Mais ne semble-t-il pas que ce soit un paradoxe, de dire qu'un mystère aussi éclatant et aussi glorieux que celui de la résurrection du Fils de Dieu, qu'un mystère qui fut le triomphe de son humanité , qui l'exempta de toutes nos faiblesses , qui le sépara de nous , et qui le mit dans un état où il n^eut plus avec les hommes ce commerce familier que son incarnation avait établi entre lui et eux; que ce mystère, dis-je, doive servir à exciter pour ce Dieu- Homme toute la tendresse de notre amour; c'est ce qui parait d'abord difficile à croire, et ce qui est néanmoins constant dans tous les principes de notre religion. Car, de quelque manière que nous envisagions aujourd'hui ce grand mystère, soit que nous en considérions la fin, soit que nous en examinions les circonstances, soit que nous ayons égard à l'effet principal qu'il a produit dans la sainte humanité du Sauveur, je prétends, et il est vrai, que c'est un des mystères où sa charité s'est fait voir plus sensiblement; et que tous les autres mystères de sa vie soufirante et mortelle, ces mystères de miséricorde et de bonté , ont trouvé dans celui-ci comme leur accomplissement et leur consommation : pourquoi cela ? comprenez, s'il vous plaît, ma pensée : parce qu'autant qu'il est vrai que Jésus-Christ est entré dans sa glohre en ressuscitant, autant est-il vrai que c'est pour nous qu'il a prit possession de

dire , la substance même de ce mystère , considéré pat rapport à nous. Appliquez-vous, chrétiens, à ces trois vérités.

C'est pour nous et pour notre intérêt que Jésus- Christ est ressuscité. Il ne nous est pas permis de former sûr cela le moindre doute, puisque le Saint-Esprit nous le dit en termes exprès : Traditus est propter delictayioslra, et resttrrexit propter justification nem nostram ( Rom,y 4 ) ; ïl aété livré à la mort pour nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification. En effet, de la manière qu'en parle FÉcriture, il ne ressuscite qu'afin de nous faire ressusciter avec lui , et de ressusciter lui-même dans nous. Il ne ressuscite, dit saint Augustin, que pour ressusciter dans sa personne notre espérance , et pour ressusciter dans nos cœurs son amour, que le pédié y avait éteint. En un mot, il ne ressuscite, selon saint Paul, que pour notre justification : Et resurrexit propter justificalionem nostram. De sorte que cette grande parole dePÉvangile, sic Deus dilexU mundum, ut FUitan suum unigenitum daret ( JoAN. 3), s'étend aussi bien au mystère de la résurrection qu'à celui de l'incarnation : car, au moment que Jésus-Christ sortit du tombeau , il fut vrai de dire que le Père étemel donnait encore une fois au monde son Fils unique; et c'e^t la pensée de l'apôtre, dans ce texte de l'épître aux Hébreux que j'ai déjà cité : Et cum iterum introducit prlmogenitum in orbem terres, {Hebr., 1. ) Mais en quelle qualité le donna-t-il alors? Ne craignons point de porter trop loin la chose ; il n'y aura rien dans cette théologie que de solide et d'incontestable. Il le donna pour la seconde fois en qualité de sauveur, en qualité de pasteur, en qualité de docteur et de maitre. En qualité de sauveur, puisqu'il est certain que Jésus-Christ par sa résurrection mit le sceau à tout ce qu'il avait fait, et à tout ce qu'il avait souffert pour le salut des hommes ; et que, s'il n'était pas ressuscité, ce grand ouvrage du salut des hommes aurait été non-seulement imparfait, mais anéanti, et qu'on aurait pu dire : Ergo evacuatum est scanr dahtm cruck ergo gratis Christus mortuus est ( Go/., 6) ; Eh quoi I Jésus-Christ est donc mort en

SUB LA RESURRECTION DE JÉSUS-CHRIST

▼ain, et le scandale de la croix est sans effet? En qualité de pasteur, puisque le premier soin de cet Homme- Dieu, à Tinstant qu'il ressuscita, fut de ramasser son troupeau que Tinfidélité avait dissipé : Scriptum est, Peradiam pastorem, et dispergerir fur oves gregis, Postquam autem resurrexero, prsscedam vos inGaUlœam (Màtth., 26) : II est écrit, disait-ii à ses apôtres, en prophétisant leur chute : Je frapperai le pasteur, et les brebis seront dispersées : mais que cela ne vous trouble point; car après que je serai ressuscité , jMrai devant vous en^Galilée : et pourquoi ? pour vous rappeler à cette sainte bergerie que j*ai formée, où je rassemble mes prédestinés et mes élus. En qualité de maître et de docteur, puisque tout le temps qu'il demeura sur la terre après sa résurrection, il remploya, comme nous l'apprenons de saint Luc, à instruire ses disciples, à leur donner Tintelligence de ses mystères , à leur développer le sens des Écritures , à leur enseigner tout ce qui regardait les vérités de la religion. Salutaires enseignements qui sont aujourd'hui , dans le christianisme , le fond de ces traditions divines que nous recevons comme autant de règles de notre foi. C'est pour cela que ce Sauveur adorable suspendit quarante jours entiers la gloire de son ascension, ne pouvant encore monter au ciel , parce que son amour, dit saint Augustin , le retenait sur la terre. C'est pour cela que, tout glorieux qu'il était , il ne laissa pas de converser avec ses apôtres, leur apparaissant, les visitant, les consolant , leur faisant d'aimables reproches , les accompngnantdans leurs voyages, n'oubliant rien pour se les attacher et pour avoir toute leur conGauce. C'est pour cela que dans quelques-unes de ses apparitions , il les appela ses frères , ce qu'il n'avait jamais fait avant sa mort : Ite, nuntiatefratribus meis, ut eantinGalilœam, (Id., 28.) Allez, dites à mes frères qu'ils se rendent en Galilée , parce que c'est là qu'ils me verront; ne se contentant pas, comme autrefois, de les traiter d'amis, mais les honorant du nom de frères , comme si l'état de sa résurrection avait ajouté une nouveau degré à l'étroite alliance qu'il avait contractée avec nous en se faisant homme. Or, que doit nous inspirer tout cela , chrétiens? Un zèle ardent et un amour tendre pour oet Homme-Dieu. Il est ressuscité pour nous, comme il était mort pour nous : voilà le principe sur lequel saint Paul fonde cette admirable conséquence, quand il nous dit que nous ne devons donc plus vivre pour nous-mêmes , ni mourir pour nous-mêmes ; que soit que nous vivions, soit que nous moulions, c'est pour le Seigneur que nous devons vivre et Dourir, parce que, soit que nous vivions ou que nous mourions, nous sommes à lui : Sive ergo vivimusy sive morimur, Domini sumus. (Rom. 14.) Car, ajoute l'apôtre, voilà pourquoi Jésus-Christ

est mort et ressuscité : In hoc enim ChrisUu mof^* tum est et restarrexit. ( Rom., 14.) Il a voulu par sa mort et par sa résurrection acquérir sur les morts et sur les vivants une domination souveraine ; une domination, non pas de crainte et de servitude, mais d'amour et de liberté, puisque c'est particu* lièrement sur nos cœurs qu'il veut régner. En effet, reprend saint Ambroise , expliquant ce passage , comment reconnaître l'amour que par l'amour, et un amour si parfait, que par un amour sans bornes]? Ce Dieu fait chair n'a point voulu se partager, quand il a été question de nos intérêts; pourquoi nous partagerons-nous quand il s'agira de son service? il nous a sacrifié sa vie glorieuse, aussi bien que sa vie souffrante; pourquoi ne lui sacrifierions-nous pas nos prospérités, aussi bien que nos adversités, nous tenant toujours également unis à lui dans l'une et dans l'autre fortune? il ne veut ni de gloire, ni de triomphe , que pour nous ; pourquoi désirerons-nous et chercherons-nous jamais autre chose que lui ?

Ce n'est pas assez : le Sauveur du nfK>nde est tellement ressuscité que , dans l'état même de sa résurrection, il porte encore les marques de son amour pour les hommes , je veux dire , les cicatrices des blessures qu'il a reçues en mourant. Quoique ses plaies ne conviennent guère , ce semble , à la bienheureuse immortalité dont il prend possession, il se fait un plaisir de les conserver : et pourquoi? Ah! mes frères, répond saint Augustin, pour bien des raisons que sa charité lui fournit, et dont votre piété doit être touchée. Il conserve ses phies pour nous faire entendre que dans le séjour même de sa gloire il ne veut point nous oublier ; pour accomplir ce qu'il nous a dit à chacun par son prophète, Ecce in mambus meis descripsi te (Is ai . , 49); Regarde, chrétien, c'est dans mes mains que je t'ai écrit, mais avec des caractères qui ne s'effaceront jamais : car ces plaies , dont tu vois encore les vestiges, sont autant de traits vi£s et animés, qui te représenteront éternellement à moi , et qui me parleront sans cesse pour toi. Que la mère oublie son enfant , et qu'elle abandonne le fils qu'elle a nourri dans son sein ; quand cela même serait possible , pour moi je ne t'oublierai pas , parce que je te verrai gravé sur mes mains : Ecce in manUms meis descripsi te. Il conserve ses plaies pour apaiser la justice de son Père , et pour faire auprès de lui, selon la pensée dubien-aimé disciple, l'office de médiateur et d'avocat : Advocatum habemus apud Pairem. ( Joak. , 2. ) Car c'est bien maintenant que nous pouvons dire à ce divin Sauveur : In manihus tuis sortes mex' ( Psalm. 80 ) : Ah ! Seigneur, mon sort est dans vos mains. H n'est pas nécessaire que vous parliez pour plaider ma cause; vous n'avez qu'à présenter ces mains p^oées pour

SUR, LA RÉSURRECTION DE JÉSUS-CHRIST

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BOUS , U n'y a point de grâces que je n'obtienne , et je tiens mon salut assuré. H les conserye pour nous engager à ne perdre jamais le souvenir de sa sainte passion ; en sorte que nous ayons toujours ses souffrances en vue, et que nous nous fassions non^ seulement une occupation et un devoir, mais même un plaisir d*y penser sans cesse avec tous les sentiments de la plus vive reconnaissance , disant avec le prophète royal : Àdfiseredt lingua meafaucibus mets, si non meminero M; si non proposuero /erusaUm inprincipio lœdHœ meœ (Psalm. 136); Ouï, Seigneur, que ma latïgue demeure attachée à mon palais , si je ne me souviens de vous, si je ne me représente toujours Jérusalem', et ce que vous y avez souffert ; et si je n'apprends pas de là à répriiûet m^ passions, à retrancher Texcès criminel de mes divertissements, à fine détacher du Abonde et de moi-même. Car rien, dit saint Chtysostôme, li*est plus capable de produire en moi ces heureux effets, que de considérer un Dieu qui porte les vestiges de la Croix, jusque sur le tr^e de sa majesté.

£n6n ce divin Sauveur nous présente dans sa résurrection Fobjet le plus aimable, et le plus propre à lui gagner tous les cœurs, savoir : son hu-^ manité glorieuse, immortelle, rm(ifassifole, revêtue de toute la splendeur que répand sur elle la divinité qu'elle renferme, et qui commence, après s'être si longtemps cachée dans les ténèbres , à se produire au jour et à se faire connaître. Or dans cet état où il fait la félicité des saints ^ n'a-t-il pas droit de nous dire : Qu'y a-t-ii sur. la terre que vous puissiez préférer, et même, comparer à moi? Si donc tous êtes ressuscites selon l'esprit, comme je le suis selon la chair, ne voito attachez plus à ces I)eauté8 fragiles et périssable qui séduisent vos sens et qui corrompent vos ftnaes, mais recherchez ces beautés célestes et iacorruptibles dont vous voyez déjà dans ma persone une brillante image : Si consurrexistis cum Christo, guse sursmi svîU quxrtte, nonqu» super t€tram.{Coloss, , 3.) Demeurons-en là, chrétiens, et n'entrons pas plos avant dans un sujet qui nie conduirait trop loin, fii j'entreprenais de l'approfondir et de le développer dans tonte son étendue. Contentons-nous dé faire un retour sur no^s^mémes, et de tirer des trois considérations que je Vous ai proposées, la conséquence naturelle qui en doit suivre. Car une charité aussi constante que celle de Jésus-Christ pour nous, une charité qu'il a fait paraître, nonseulement jusqu'à la mort, mais au delà des bornes de la mort, nous touche-t-elle autant qu'elle le doit et autant qu'il se l'était lui-même promis? pourrions-nous dire aujourd'hui comme les deux disct- ! pies de notre évangile, que notre cœur est tout

if» noMsf (Luc, 24) concevons-noito au moins l'obligation indispensable où nous sommes de nous consacrer sincèrement et pleinement à Jésus-Christ? croyons-nou$, comme nous en devons être convaincus, que tout notre bien consiste dans ce parfait dévouement; et que sur cela, si j'ose parler de la sorte, roule toute notre destinée selon Dieu? c'est* à-dire , aimons-nous Jésus-Qirîst d'un amour qlii ait qudqne rapport à celui dont il nous a aimés ? Si c'est ainsi que nous i'aimofis ^ prenons conûance , parce que nos noms seront écrits dans le livre de vie. Si nous l'aimons moins, tremblons, parce qu'il est de la foi que celui qui n'aime pas le Seigneur Jésus estanathème. Oui, mes frères, disait saint Paul, je vous regarde comme des anathèmes, si vous êtes indifférents pour cet Homme-Dieu , et insensibles à ses intérêts. En vain feriez-vous dans le monde les plus grands miracles, eti vain parleriezvous le langage des anges, en vain aariez-vous tous les dons du ciel ; si vous n'avez pas la charité de Jésus-Christ, vous n'êtes pas en grâce avec Diea, et par conséquent vous n'êtes devant Dieu qUé des Sujets d'abomination : pourquoi? parce que, selon la' parole de Jésus-Christ, Dieu n'aime les hommefs qu'autant que les hommes aiment son Fils : Jpse enim Pater amai vos, qmâ Hos me amatis. (JoAir., 16.) Je dis plus, et quand même j'aimerais Dieu, sans l'amour dé Jésus-Christ, je tie serais rien, et je ne mériterais rien : Dieu ne se tiendrait pas honoré de mon amour, parce qu'il ne veut être aimé de moi que dans Jésus-Christ, comme il ne veut me sauver que par Jésus-Christ. D'où vient que saint Paul, parlmt de la charité de Dieu, lui donne toujours ce caractère particulier d'être renfermée en JéSùs-Christ : Gratia Dei in Chrislo Jesu. (1. Cor,, 1.) Car, coinmô raisonne saint Thomas, b'est à Dieu de me prescrire comnlent il veut que je l'aime; Bt c'est à ihoi de l'aimer selon la fot*me qu'il m'a prescrite. Or, il ttf a déclaré expressément qu'il voulait que je l'aimasse dans la personne de ce Sauveur; c'est donc dans la personne de ce Sauveur que je dois désormais chercher Dieu, aimer Dieu, espérer en Dieu. Hors de ce Sauveur, il n'y a plus de Dieu pour moi , plus de grâ^ , phis de miséricorde, plus de salut pour moi , parce qu'il n'y a plus, dit l'Écriture,. d'autre nom sous le ciel par OÙ nous puissions parvenir à la vie bienheureuse. ' Or , un momentde réflexion , mon cher auditeur; et considérez, mois considérez-le attentivement, si , vivant comme vous vivez dans les engagements du monde, dans les intrigues du monde, au milieu des écueils et des tentations du monde, vous avez pour Jésus-Christ cet attachement d'esprit et d cœur qu'exige de vous la religion que vous professez. Examinez bien si , dans l'embarras et le tumult j

brAlant de zèle : Nonne cor nosirum ardens era^ * .des affaires tumaines, vous conserv4;z pour Jcéus

«OOaDALOUE. — T. U.

SUH ÙASGENSION DE JÉSUS-CHRIST.

Christ toute la reconnaissance qui lui est due comme à YOtre Rédempteur ; si vous êtes zélé pour la gloire de son nom, si les intérêts de son Église vous sont ohers, si vous suivez ses maximes, si vous imitez ses exemples, si vous pratiquez sa loi : car voilà les marques d'un véritable et solide amour. Du reste, qpA ce ne soit pas un amour sensible ; que cet amour solide et véritable ii*opère pas dans vous les mêmes effets que dans certaines âmes spédalement choisies et favorisées de Dieu; il n'importe : ce serait une erreur de mesurer par là soit robligation , soit même la perfection de cette divine charité qui nous doit unir à Jésus<Ihrist : c'est une des plus subtiles illurions dont se sert Fennemî de notre salut pour désespérer les ûdbies et pour endurcir les libertins. Je dis que vous devez à Jésus-Christ votre amour, mais je ne dis pas que vousledevez sentir, cet amour, car fl peut être dans vous, quoique vous ne le sentiez pas. n doit être dans la raison, et non dans le sentiment; il doit être dans la pratique et dans Taotion , et non dans le goût ni dans la douceur de Faffectîon : il peut même quelquefois être plus parfait , lorsque , sans être ni sensible, ni doux, il est généreux et efftcace, embrassant tout, et ne goûtant rien ; surmontant la nature par la pure grâce , et dans les aridités et les sécheresses, soutenant une exactitude et une fidélité qui ne se dément jamais. Et voilà , chrétiens, de quoi vous consoler d'une part, quand Dieu ne vous donne pas ces sentiments tendres et affectueux que Ton voudrait quelquefois avoir : mais aussi , voilà de quoi vous condamner , lorsque vous n'avez pas cet amour chrétien et raisonnable que je vous demande. Car cet amour, tout divin qu'il est, ne 8*allumera pas dans vous sans vou»-méme. Dieu, indépendamment de vous , saura bien vous y porter par de secrètes inspirations ; mais le consentement que vous donnerez aux inspirations de Dieu, les actes d'amour que vous formerez , et qui ne peuvent être méritoires sMls ne sont libres , doivent être les effets de votre coopération. Tandis que, sans rien fure, vous vous contenterez de dire, comme tant d'âmes mondaines : Je n'ai pas encore pour Jésus- Christ cet amour fervent et agissant, mais c'est un don que j'attends du ciel ; vous l'attendrez en vain , et Dieu éternellement lancera sur vous ce terrible arrêt qu'il a prononcé par la bouche de saint Paul : SiquU non anuU Domimim nostrum Jesum Chrlstum, sU ancUhema ( 1. Cor. , 16 ) ; Que celui qui n'aime pas le Seigneur Jésus soit anathème.

Ah! mes frères, prévenons Teffet de cette terrible menace. Que ce Sauveur , ressuscité pour notre justîGcation , ne soit pas une pierre de scandale pour nous, et le sujet de notre condamnation. Faisons-le vivre dans nous comme saint Paul , en sorte que nous puissions dire, après cet apôtre : Ce n'est plus moi qui vis , mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi :

ncoautem,Jam nonego, vwu vero in me ChH* stu8.(Galat.y 3. )Rt cela comment? par un amour sincère , par une vive reconnaissance , par une fidélité inviolable , par une parfaite imitation des vertus de ce Dieu-Homme, notre modèle sur la tene, el notre glorificateur dans rétemité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.

SERMON

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L'ASCENSION DE JÉSUS-CHRIST

BtcumkoedixùtetfVideniibutUUi^elevaiiaetL

Apfèf qa*U eat |>arlé de la sorte, fl tat enlevé à leur vue vere ledel. Acte$ de$ jipdireê, chap. I.

Pourquoi le Sauveur du monde déeouvre-t-il aujourd'hui sa gloire à ses apôtres, et pourquoi vent' il qu'ils soient témoins de son triomphe , après avoir été témoins de ses humiliations et de ses souffrances? Cette question , chrétiens , n'est pas difficile à résoudre; et vous jugez aisément que le Fils de Dieu voulut par là les affermir dans la foi, qu'il voulut les prémunhr eonlre les dangereuses tentations auxquelles ils devaient être exposés, qu'il voulut les préparer aux persécutions et aux croix , et les rendre capables de souffrir eux-mêmes pour lui , non-seulement avec patience, mais avec joie. Cest pour cela qu'il se fut voir à eux dans tout l'éclat de sa majesté : c'est pour cela qu'en leur donnant une si sensible et si haute idée de ce séjour bienheureux où tt va marquer leurs places, il les remplit d'une douceur intérieure et toute céleste , qui les retient sur la montagne, lors même qu'une nuée leur a fedt perdre de vue leur divin mattre. En sorte qu'il faut que deux anges descendent exprès pour les retirer de cette profonde extase où ils demeuraient plongés , et pour les renvoyer à leurs travaux apostoliques : Ecceduo viri asiUertmtJuocta illos in vestibus albis, qui et dixerwU : FiH Galilmi, quid staOs aspidentés in cœlumfi Ad., t,)

Appliquons-nous ceci, mes diers auditeurs; car en qualité de chrétiens , ce mystère nous regarde , et il doit opérer en nous les mêmes dispositions que dans les apôtres. En effet, il y a parmi nous des tièdes et des lâches dans la voie de Dieu, et il est important de les animer. Il y en a qui gémissent sous le poids des adversités et des misères humaines « et il s'agit de les consoler. Peut-être y en a-t-il qui, jouissant d'une tranquille prospérité , sont sur le point de tomber dans des états d'autant plus affligeants et plus douloureux, qu'ils les prévoient moins ; et je dois les y disposer. Or, en voici l'excellent moyen. Nous attendons un Sauveur, qui 9 cooune disait le grand apôtre, transformera notre

SUR UASGENSION DE JÉSUS-CHRIST

oorps 9 et le rendra, tout Til et tout abject qu'il est), oondForme à son corps glorieux : Sahatorem expectamus , qui r^formabit corpus hwnUUatis nostrae corporis darUaiU tu», {PhiUpp., 8. ) Non-seulenent nous Fattendons, mais éclairés des vives lumières qui rqaillissent de son humanité sainte , nous le voyons et nous Tadmirons. Voilà l'objet de nos espérances, voilà le sujetde notreconsolation , voilà ce qui doit allumer notre Hurveur et soutenir notre courage : la vue de ce Sauveur couronné de gloire, Tatteate de cette gloire dont II nous assure la possesaioB. Csat nous sommes d^, selon Texpression de saint Jean , les enfiints de Dieu, Nunc summ Fiiii DH (J0AN.,S); et nous savons que quand Jésus- Christ viendra à la fin des sièeles, et qu'H se montrera dans la même gldre où il paratt en ce jour, nous serons semblables à lui : 5dmiM çttoniom ciHrt apparuerU, similes ei erfmm, (1d. ) Cest là, dis- Je , ce qui nous doit rendre fervents et patients ; fervents dans raccomplissement de nos devoirs, patients dans les afOictions et dans les maux qui nous arrivent par Tordre de la Providence. Mon dessein est donc de vous parler de la gloire du ciel et de vous Ja proposer comme le motif le plus touchant, le motif le plus propre à foire impression sur vos cœurs et à vous faire tout entreprendre et tout supporter dois la vie. Tai besoin de la grâce du Saint- Esprit , et je la demande par rintercession de Marie : Ave, Maria.

Isaîe ravaitdit, et saint Paul , dans les mêmes termes, nous Ta déclaré, que Toeil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu ,.etque le cœur del'homme n'a jamais conçu ce que Dieu, dans les trésors de sa miséricorde, a préparé pour ceux qui l'aiment et qui le servent. Après deux témoignages si authentiques, il n'y a point de prédicateur de l'Évangile qui puisse , sans témérité , entreprendre de donner à ses auditrars une idée juste de la gloire du deL Mais aussi, dit saint Chiysostôme, le prédicateur a-t-il en cela même un grand avantage, puisque l'impuissance où il est rédiût est justement l'idée la plus haute, la plus vraie, la plus exacte que nous puissions avoir sur la terre et qu'il puisse donner de cette gloire. Ne foisons donc point aujourd'hui d'efforts inutiles pour comprendre une gloire dont la plus es^ sentielle propriété est d'être incompréhensible. U nous doit suffire de la connaître comme nous connaissons Dieu, c'est-à-dire de savoir ce qu'elle est, par ce qu'elle n'est pas. Or nous le savons, et j'oserais même ajouter que nous le sentons, lorsqu'il nous arrive , en contemplant l'univers , et le bel ordre des créatures qui le composent, de faire cette réflexion aussi touchante que solide : Tout ce que je vois n'approche pas de ce que j'espère; et tout ce que j'admire en cette vie n'est qu'une ombre obscure et confuse de ce oue Dieu me destine en l'autre. Car

voilà, chrétiens , la plus excellente notion que nous ayons à nous en former. En ^et, c'est ainsi que saint Augustin, voyant la cour des empereurs de Rome si pompeuse et si m'agnifique, se figurait par proportion la magnificence et la beauté de la cour céleste; c'est ainsi qu'au milieu des cérémonies les plus augustes, il s'écriait : Si hmc tampulchra sunt, quaUs ipsef ei H hxc tarUa, quantus ipsef ( AUGUST. ) Si tout ceci est si brillant, si grand , si surprenant, que sera-ce de vous, 6 mon Dieu! et

c'est ainsi que nous en jugerions nous-mêmes, si nous ne nous laissions pas éblouir au vain éclat du monde, et que nous sussions, comme ce grand saint, nous élever des grandeurs visibles et mortelles aux grandeurs invisibles et éternelles. Mais encore une foi tenons-nous-en à la règle du Saint-Esprit, qui nous défend de chercher ce qui est au-dessus de nous, et qui nous ordonne d'être attentifÎB à ce que Dieu demande de nous : Attiora te ne qumsieris; sed qussprœcepU tibi Deus, iUa cogita semper; c'està-dire, sans avoir une vaine curiosité d'apprendre en quoi consiste la gloire des bienheureux, instruisons-nous avec humilité de ce que nous devons faire pour y parvenir. Le voici , mes diers auditeurs, et H n'y a personne qui ne doive se rappliquer. Le Sauveur du monde nous foit connaître, par son exemple, que cette gloire est une récompense, et il nous tait au même temps entendre que cette récompense est surtout le fruit et le prix des souffrances* Arrêtons-nous à ces deux pensées, et faisons-en le partage de ce discours. Cette gloire où nous appdie après lui Jésus-Christ est une récompense; il foui donc la mériter : ce sera la première partie. Cette récompense est surtout le fruit et le prix des souffrances , c'est donc en particulier par le bon usage des souffrances qu'il la faut mériter : ce sera la seconde partie. Ainsi le Fils de Dieu l'a-t-il méritée lui-même. Et voilà en deux mots ce qu'il nous a révélé de notre gloire future , et ce qu'il nous est nécessaire de ne pas ignorer. Tout le reste sontchoses ineffables, mystères cachés, secrets qu'il n'est pas permis même à saint Paul de nous découvrir, et qu'il est beaucoup moins en mon pouvoir de vous expliquer : Arcana verba qum non Ucei homini lo» qui. (3. Cor.j 12. ) Mais pour votre édification et pour satisfaire à ce que vous attendez de moi, je dois vous dire , et je vous le dis avec tout le/ièle que Dieu m'inspire, que si vous voulez arriver à la même gloire que Jésus-Christ, vous devez la mériter comme Jésus-Christ , première proposition ; et que si vous voulez la mériter comme Jésus-Christ, vous devez souffrir comme Jésus-Christ, seconde pro-, position. Je vous demande pour l'une et pour l'autre . une attention favorable. Elles sont simples; mais dans leur simplicité , elles renferment les plus îm« portantes instructions.

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«UR L'ASCENSION DE JÉSUS-GBBIST

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