‹ Œuvres de ChamfortChapitre 12 sur 32 · SCENE vni · texte numérisé non relu

SCENE vni

Les PRéciDENTs, UN VIEILLARD TURC.

kàlbd. — Bon, cg n'est rien. C'est un esclave d*ici près.

LE VIEILLARD. — Bonjouf, volsiu *. est-celà votre rcstc?

kâled. -^ Ne m'arrête pas, tu ne m'achèteras rien.

LE YiBiLLAiu). — Jc u'aclièterai rien ! Oh ! vous allez voir.

EALED. — Que veut-il dire ?

DORNAL, à part. — Je tremble.

LE VIEILLARD. — Avez-vous bicu des femmes ? c'est une femme cpie je veux.

KALED. — Quel gaillard, à son âge !

LE viEULARD. — Eh ! il u y en a qu'une?

KALED. — Encore n'est-elle pas pour toi.

LE VIEILLARD. ^— Pourquoi donc cela ?

KALED. — Je l'ai refusée à de plus riches.

LE VIEILLARD. — Vous me la vendrez.

KALED. — Oui ! oui !

DORNAL. — Serait-il possible? Quoi! ce misérable...

LE VIEILLARD. — Gombieiuvaut-ellc ?

KALED. — Quatre cents sequins.

LE VIEILLARD. — Quatro ccuts scquius ! c'est bien cher.

KALED. — Ah dame l c'est une Française : cela se vend bien ; tout le monde m'en demande.

LE VIEILLARD. — Voyons-la.

KALED. — Oh î elle est bien.

LB VIEILLARD. — EUc baisse les yeux ; elle pleure ; elle me touche. C'est pourtant une chrétienne : cela est singulier. Trois cent cinquante !

15ë CHAMFOKT.

KALEO. ^ Pas uu de moins.

LE TlElLLàRD. — LcS VOilà.

KALBD. — Emmenez.

DORNAL. — Arrêtez... Orna chère Amélie!... Arrêtez!

KALED. — Ne vas-tu pas m'empêcher de vendre? vraimeul, je n'aurai pas assez de peine de me défaire de (oi. Vous autres Français, les maris de ce pays-ci ne vous achètent poiut. Vous êtes toujours à roder autour de&séraiis, à risquer le tout pour le tout.

DORHAL. — Vieillard, vous ne paraissez pas tout à fait insensible, laissez-vous toucher. Peut-être avez-vons une femme, des enfants?

LE VIEILLARD. — Non, UOn.

DORNAL. •— Par tout ce que vous avez de plus cher, ne nous séparez pas! C'est ma fenmie.

LE VIEILLARD. — Sa femme? cela est fort diflérent ; mais, vraiment, Kaled» si c'est sa femme, vous me surfaites.

DOBiVAL. — Pour toute grâce, achetez-moi du moins avec elle.

LE VIEILLARD. — Hélas ! mou ami, je le voudrais bien; mab je n'ai besoin que d'une femme.

DORHAL. -* Je vous Servirai fidèlement.

LE VIEILLARD, — Tu mo scrviras I Je suis esclave.

KALED. — Est-ce que tu les écoutes ?

ANDRÉ. -« Mes pauvres maîtres !

AMÉLIE , — mon ami ! quel sort !

DORHAL. — Ne l'achetez pas» Quelque homme riche nous achètera peut-être ensemble.

LE VIEILLARD. — G^cst bien ce qui pourrait t'arriver de pis : il t'en ferait le gardien.

•DORHAL, à Kaled. — Ne pouvez-vous différer de quelques jours?

KALED. — Diiïérer ! ou voit bien que lu ifentends rieuao

LE MARCHAND DE SMYRTiE. 159

commerce. Est-ce que je le puis ? Je trouve mon profit, je le prends.

DORNAL. — ciel ! se peut-il?... Mais que dirai-je pour attendrii* un pareil homme? Quel métier! quelles âmes ! trafiquer de ses semblables !

KALED. — Que veut-3 donc dire? Ne vendez-vous pas de$ nègres? Eh bien, moi je vous vends... N'est-ce pas la même chose? Il n*y a jamais que la différence du blanc au noir.

LE .viEiLMRD, — En vérité, je n'ai pas le courage...

KALED. — Allons , toi , ne vas-tu pas pleurer aussi? Je garde ton argent; emmène ta marchandise si tu veux. Il se fait tard.

AMÉLIE. — Adieu, mon cher Domal !

DORNAL. — Chère Amélie !

AMÉLIE. — Je n'y survivrai pa& !

KALED. — Gela ne me regarde plus.

DOiU)iAL. — J'en mourrai.

KALBD. -^ Tout doucement, toi, je t'en prie; ce n'est pas là mon compte. Ne vas-tu pas faire comme l'Anglais? (it^paussant Damai.)

DORNAL. — Ah! Dieu ! Faut-il que je sois enchaîné!*..

ANDRÉ. — ma chère maîtresse I

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