‹ Œuvres de ChamfortChapitre 17 sur 32 · LA GRANDEUR DE L'HOMME · texte numérisé non relu

LA GRANDEUR DE L'HOMME

Qtinnd Dieu, du haut du ciel, a promené sa vue Sur ces mondes divers» semés dans retendue^ Sur ces nombreux soleils, brillants de sa splendeur, H arrête les yeux sur le globe où nous sommes :

Il contemple les hommes, Bt dans notre Ame enfin va chercher sa grandeur.

Apprends de lui, morlel, à respecter ton être. Cet orgueil généreux n'offense point ton maître : Sentir ta dignité, c'est bénir ses faveurs; Tu dois ce juste hommage à sa bonté suprême :

C*est Poubli de toi-même Qui, du sein des forfaits, fit naître tes malheurs.

Mon âme se transporte aux premiers jours du monde • Est-ce là cette terre, au;onrdMini si féconde?

Qu ai-je vu? des déserts, des rochers, des fot^éts: Ta fiiim demande an chêne une vile pâture ;

Une caverne obscure Du roi de Tunivers est le premier palais..

Tout naît, tout s'embellit sous ta main fortunée : Ces déserts ne sont plus, et la terre étonnée Voit son fertile sein ombragé de moissons. Dans ces vastes cités quel pouvoir invincible

Dans un calme paisible Des humains réunis endort les passions?

Le commerce fappdle au bout de Thémisphêre:

L'Océan, sous tes pas, abaisse sa barrière; L'aimant, fidèle au nord te conduit sur ses eaux ; Tu sais Tart d'enchaîner TAquilon dans tes voiles ;

Tu lis sur les étoiles Les routes que le ciel prescrit à tes vaisseaux.

Séparés par les mers, deux continents s'unissent ; L'un de l'autre élonnés, l'un de l'autre jouissent ; •Tu forces la nature à trahir ses secrets ; De la terre au soleil tu marques la dislance,

Et des feux qu'il te lance Le prisme audacieux a divisé les traits.

Tes yeux ont mesuré ce ciel qui te couronne ;

Ta main pèse les airs qu'un long tube emprisonne ;

La foudre menaçante obéit à tes lois ;

Un charme impérieux, une force inconnue,

Arrache de la nue Le tonnerre indigné de descendre à ta voix.

prodige plus grand! ô vertu que j'adore!

C'est par toi que nos cœurs s'ennoblissent encore :

Quoi ! ma voix chante l'homme, et J'ai pu t'oublier !

226 GHAMFORT.

Je célèbre avant toi..« Pardonne, beauté pure.

Pardonne cette injure : Inspire-moi des sons dignes de Texpier.

Mes vœux sont entendus : ta main m'ouvre ton temple ; Je tombe à vos genoux, héros que je contemple, Pères, époux, amis, citoyens vertueux :

Votre exemple, vos noms, ornement de Thistoire,

Consacrés par la gloire.

Élèvent jusqu'à vous les mortels généreux.

Là, tranquille au milieu d'une foule abattue,

Tu me fais, ô Socrate! envier ta ciguë ;

Là, c'est ce fier Bomain, plus grand que son vainqueur ;

G*est Gaton sans courroux déchirant sa blessure :

Son âme libre et pure S'enfuit loin des tyrans au sein de son auteur.

Quelle femme descend sous cette voûte obscure ? Son père dans les fers mourait sans nourriture. Elle approche... tendresse! amour ingénieux ! De son lait... se peut-il? oui, de son propre père

Elle devient la mère :

La nature trompée applaudit à tous deux.

Une autre femme, hélas ! prés d'un lit de tristesse. Pleure un fils expirant, soutien de sa vieillesse ; Il lègue à son ami le droit de la nourrir :

L'ami tombe à ses pieds, et, fier de son partage.

Bénit son héritage, Et rend ^râce à la main qui vient de l'enrichir.

Et, si je célébrais d'une voix éloquente La vertu couronnée et la vertu mourante, Et du monde attendri les bienfaiteurs fameux, Et Titus, qu'à genoux tout un peuple environne,

Pleurent au pied du trône Le jour qu'il a perdu sans faire des heureux?

Oui, j'ose le penser, ces mortels magDaiiimes Sont honorés, grand Dien ! de tes regards snblimes. Tu ne négliges pas leurs sublimes destins ; Ta daignes t' applaudir d'avoir formé leur être,

Et ta bonté peut-^tre Pardonne en leur faveur au reste des humains.

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