LA FIDÉLITÉ A TOUTE ÉPREUVE
Une nymphe de l'Opéra, Leste, fringante, et caetera, Après avoir joué le rôle d'Immortelle, Craignait de se crolter pour retourner chez elle.
Fort à propos, un élégant marquis Arrive, lorgne, admire, offre son vis-à-vis.
Fouette, cocher ! L'on part, et soudain la cruelle De demander : « Que fait votre main là?
— Chut! ma boucle s'accroche à votre falbala.
— Ah! monstre! Je crierai; j'y suis très- résolue.
— Eofanœ! — Mon honneur ! — Gomment, voas en avez?
— Quel affront! — Quel plaisir! — Je suis... je sais vaincue! 11 était temps, ma foi ; nous sommes arrivés.
— Mais je monte chez vous; pourquoi ces révérences?
— Non, monsieur. — Entre amis, ridicule à ce point?
— Fidèle à mon amant, je ne me permets point... — Quoi? — De nouvelles connaissances.
LK CONNAISSECR
Que de sots renommés pour Tesprit, pour le goût,
N*ont eu que de grands airs, du jargon, de l'audace !
(^est ainsi qu*autrefois maint courtisan surtout
Cachait bien peu de fond sous beaucoup de surface.
Nous avons tous connu le célèbre Milfleur,
Né, comme ses aïeux, duc, riche et connaisseur ;
Il devait des talents se montrer idolâtre.
Aussi dans son palais avait-il un théâtre,
Des bronzes, des tableaux, des médailles en or :
Mais son plus cher trésor Élait un pavillon tapissé de gravures.
Il en faisait d*abord admirer les bordures, Le sujet, le dessin ; ensuite il s'écriait :
« Remarquez, s*il vous pbit, Que toutes sont avant la lettre, »
Or, comme il retenait, '
Ou bien qu'il écrivait peut-être.
Ce qu'en le visitant chaque amateur disait.
Et qu'il le répétait ; Effleurant des beaux-arts la surface agréable, 11 semblait marier la palme du savant
Au bouquet séduisant
Du petit- maître aimable.
Une de nos Laîs, un joar, dit-on, s'y prit; Et son^cŒur partageait rerreor de son esprit, Lorsque Milfleur, voulant brusquer cette conquête, Écrivit an billet, mais si plat, mais si b^te,
Qne la nymphe en rougit,
Et que, dans son dépit, Sur Fenveloppe elle se borne à mettre :
c Vous n'êtes plus avant la lettre. »