‹ Œuvres de ChamfortChapitre 21 sur 32 · BARCAROLLE · texte numérisé non relu

BARCAROLLE

IMITÉE DE l'italien.

Aux bords fleuris d'une fontaine ' J'ai vu, dans les bras du sommeil.

Des cœurs la jeune souveraine, L'œil demi-clos, le teint vermeil :

Ah! qu'en dormant elle était belle !

Que son réveil me charmera !

Désir d'amour dort avec elle !

Avec elle il s'éveillera!

Sa bouche a l'éclat de la rose.

Qu'au premier souffle du printemps Avril respire, fraîche éclose Du sein des frimas expirants.

Ah! qu'en dormant elle était belle!

Que son réveil me charmera !

Désir d'amour' dort avec elle !

Avec elle il s'éveillera.

Sur sa main sa tête appuyée Ressemble au lis qui mollement,

334 CHAMFOMT.

Sur M tige anx vents déployée, Reste penché languissamment.

Ah ! qu'en dormant elle était belle !

Que son réveil me charmera !

Désir d'amour dort avec elle ; Avec elle il s'éveillera.

Et sous cette gaze mouvante, Que soulève un zéphyr malin, Palpite une gorge naissante Qu'envierait la fleur du matin.

Ah ! qu'en dormant elle était belle !

Que son réveil me charmera !

Désir d'amour dort avec elle ; Avec elle il s'éveillera.

Sa longue et blonde chevelure, Errant au caprice du vent, Tantôt flotte sur sa figure, Et tantôt sur son col descend.

Ah ! qu'en dormant elle était belle !

Que son réveil me charmera !

Désir d'arnour dort avec elle ; Avec elle il s'éveillera.

L'HEDREDX TEMPS

Temps heureux où régnaient Louis et Pompadour ! Temps heureux où chacun ne s'occupait en France Que de vers, de romans, de musi<[ue, de danse, Des prestiges des arts, des douceurs de l'amour! Le seul soin qu'on connût était celui de plaire; On dormait deux la nuit, on riait tout le jour;

POËSIfiS. 255

Varier ses plaisirs était Tunique affaire.

A midi, dès qu'on s'éveillait.

Pour nouvelle on se demandait Quel enfant de Thalie, ou bien de Melpomène, D'un chef-d'œuvre nouveau devait orner la scène; Quel tableau paraîtrait cette année au Salon ; Quel marbre s'animait sous Part de Bouchardon ;

Ou quelle fille de Gythère, Astre encore inconnu, levé sur l'horizon, Commençait du plaisir l'attrayante carrière.

On coucait applaudir Dumesnil bu Clairon, Profiter des leçons que nous donnait Voltaire, Voir peindre la nature à grands traits par Buffon. Du profond Diderot l'éloquence hardie Traçait le vaste plan de l'Encyclopédie; Montesquieu nous donnait l'esprit de chaque loi ; Nos savants, niesurant la terre et les planètes, Eclairant, calculant le retour des comètes.

Des peuples ignorants calmaient le vain effroi. La renommée alors annonçait nos conquêtes ; l'es dames couronnaient, au milieu de nos fêtes, Les vainqueurs de Lawfeld et ceux de Fontenoy. Sur le vaisseau public, les passagers tranquilles Coulaient leurs jours gaiement dans un heureux repos, Et, sans se tourmenter de soucis inutiles, Sans interroger l'air, et les vents, et les flots,

Sans vouloir diriger la flotte.

Ils laissaient la manœuvre aux mains des matelots, Et le gouvernail au pilote.

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