‹ Œuvres de ChamfortChapitre 28 sur 32 · DIALOGUES PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

DIALOGUES PHILOSOPHIQUES

/^ À. Comment avez-vous fait pour n'être plus sensible? —^ B. Cela s'est fait par degrés. — A. Comment? — B. Dieu m'a fait la grâce de n*être plus aimable; je m'en suis aperçu, et le reste a été tout seul.

/^ A. Vous ne voyez plus M. . ? — B. Non, il n'est plus possible. — A. Comment? — B. Je Tai vu tant qu'il n'était que de mauvaises mœurs ; mais, depuis qu'il est de mauvaise compagnie, il n'y a pas moyen.

/^ A. Croiriez-vous que j'ai vu madame de ^.... pleurer

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son ami, en présence de qmnse personnes? — B. Quand je vous disais que c'était une femme qui réussirait à tout co qu'elle voudrait entreprendre !

^% A. Vous marierez-vous? — B. Non. — A. Pourquoi?

— B. Parce que je serais chagrin. — A. Pourquoi? — B. PaTce que je serais jaloux. — A. Et pourquoi seriez- vous jaloux ? — B. Parce que je serais cocu. — A. Qui vous a dit que vous seriez cocu? — B. Je serais cocu, parce que je le ménlerais. — A. Et pourquoi le niériteriez-vous? — B. Parce que je me serais marié.

/^ LE CUISINIER. Je n'ai pu acheter ce saumon. — le docteur EN soRRONNE. Pourquoi? — LE CUISINIER. Un conseiller le marchandait. — le docteur en sorbonne. Preudsces cent écus. et va m'adieter le saumon et le conseiller.

^\ A. Vous êtes bien au fait des intrigues de nos ministres? — B. C'est que j'ai vécu avec eux. — A. Vous vous en êtes bien trouvé, j'espère? ■— B. Point du tout. Ce sont des joueurs qui m'ont montré leurs caries, qui ont même, en ma présence, regaitlé dans le talon, mais qui n'ont point partagé avec moi les profits du gain de la partie.

/^ A. Il a cherché à vous humilier. -^ B. Celui qui ne peut être honoré que par lui-même n'est guère humilié par personne.

^% LE VIEILLARD. Vous étes misauthropc de bien bonne heure. Quel âge avez-vous? — le jeune homme. Vingt-cinq ans. — LE VIEILLARD. Comptoz-vous vivre plus de cent ans?

— LE JEUNE HOMME. Pas tout à fait. — LE VIEILLARD. Croyez-^ vous que les hommes seront corrigés dans soixante - quinze ans? — LE JEUNE HOMME. Cela serait absurde à croire. — LE VIEILLARD. Il faut que vous le pensiez pourtant, puisque vous vous emportez contre leurs vices... Encore cela ne serait-il pas raisonnable quand ils seraient corrigés d'ici h

SM GHAMFOftT.

soixMite-quiuaeans; car il ne vous resterait plus de temps pour jouir delà réforme que vous auriez opérée. — le jeuhe HOMiiE. Votre remarque mérite quelque considération : j*y penserai.

^\ A. La femme qu'on me propose n'est pas riche. -^ B. Vous l'êtes. — A. Je veux une fionme qui le soit. Il faut bien s'assortir.

^% A. Je Tai aimée i la foKe ; j'ai cru que j'en mourrais de chagrin. — B. Mourir de chagrin! mais vous Tavez eue?

— A. Oui. — B. Elle vousaimait? — A*' A la fureur! et elle a pensé en mourir aussi. — B. Eh bien, OMument donc pottviei-vous mourir de chagrin? — A. Elle voulait que je Tépousasse. — B. Eh bien, une jeune femme, belle et riche, qui vous aimait, dont vous étiez fou ! — A. Cela est vrai ; mais épouser, épouser! Dieu merd, j'en suis quitte à bon marché»

/^ A. Ces deux femmes sont fort amies, je crois. -. — B. Amies! là... vraiment? — A. Je le crois, vous dis-je; elles passent leur vie ensemble : au surplus, je ne vis pas assez dans leur société pour savoir si elles s'aiment ou se haïssent.

^\ A. H. de R... parle mal de vous. — B. Dieu a mis le contre-poison de ce qu'il peut dire dans Topinion qu'on a de ce qu'il peut faire.

/^ A. Vous connaissez M. le comte de.... ; est-il aimable?

— B. Non. C'est un homme plein de noblesse, d'élévation, d'esprit, de ccmnaissance : voilà tout.

/^ A. Je lui ferais du mai volontiers. — B. Mais il ne vous en a jamais tut. — A II faut bien que quelqu'un commence.

/^ AÀMOii* Clitandre est plus jeune que son âge. Il est trop exalté. Les maux publics, les torts de la société, tout Tirrite et le révolte. — cÉuiiàHE. Oh ! il est jeune encore, mais il a un bon esprit; il finira par se faire vingt mille livres de rente, et prendre sou parti sur tout le reste.

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^*^ à. 11 paraît que iaak le mal dit par vous sur madame de.... n*est que pour vous conformer au. bruit public, car i| me semble que vous ne la connaissez poiut? :— B. Moi, point du tout.

/^ A. Bouvez-vous m^ faire le plaisir (Je me montrer le portrait en vers que vous itvez iait de madame de. . . ? — B * Par le plus grand hasard du monde, je Tai sur moi. — À. C'est pour cela que je vous le demande.

/^ DAMOM. Vous me paraissez bien revenu des femmes, bien désintéressé à leur égard. — clitandre. Si bien que, pour peu de chose, je vous dirais ce que je pense d'elles. — DAMON. Dites-le-moi. — glitaupre. Un moment. Je veux attendre encore quelques années. C'est le parti le plus prudent.

/;^ Â. J'ai fait comme. les geus sages, quand ils font une sottise. — B. Que font-ils? — Â. Ils rem^ttepat la sagesse à uoe autre fois.

y% A. Il faut vivre avec les vivants. — B. Gela n'est pas vrai ; il faut vivre avec les morts (avec les livres).

»% A* Non, monsieur, votre droit n'est point d'être enterré dans <^te. chapelle. — B. C'est mon droit; cette chapelle a été bâtie par mes ancêtres. - A. Oui : mais il y a eu depuis une transaction qui ordonne qu'après monsieur votre père, qui est mort, ce soit mon tour. — B. Nou, je n'y consentirai pas. J'ai le droit d'y être enterré, d'y être enterré tout à l'heure.

,\ A. monsieur, je suis un pauvre comédien de province qui veut rejoindre sa troupe : je n'ai pas de quoi . . — B. Vieille ruse ! monsieur, il n'y a point là d'invention, point de talent. — A. Monsieur, je venais sur votre réputati(m... — B. Je n'ai point de réputation» et ne veux point en avoir. — A. Ah ! monsieur. — B. Au surplus, vous voyez à quoi elle sert, et ce qu'elle rapporte.

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^\ A. Vous aimes mademoiselie... eile sera une riche héritière. — B. Je l'ignorais : je croyais ^ulement qu elle serait un riche héritage.

«% LE NOTAiBB. Foft bicB, moiisieurt dix mille écnsde legs; ensuite. — le moitraiit. Deux mille écns au notaire. — LE MOTAiRE. Monsicur, mais oA prendra-tH>n l'argent de tous ces legs? — LEMOCRAMT. Eh! maïs vraiment, voilà ce qui m'embarrasse.

^% A. Madame..., jeune encore, avait épousé un homme de soixante-dix-huit ans qui lui fit cinq enfants. -- B. Ils n'étaient peut-être pas de lui. — A. Je crois qu'ils en étaient, et je l'ai jugé à la haine que la mère avait pour eux.

/^ A. C!onnaissez-vous madame de B...? — B. Non. — A. Hais vous l'avez vue souvent. — B. Beaucoup.

/^ CLiTAHDRE. Maricz-vous. — DAMis. Moi, poiut du tout; je suis Hen avec moi, je me conviens et je me suffis. Je n'aime point, je ne suis point aimé. Vous voyez que c'est comme si j'étais en ménage, ayant mai^n et vingt-cinq personnes à souper tous les jour.'.

/, A. Coucevez-vous M...? comme il a été peu étonné d'une in&mie qui nous a confondus ! — B. 11 n'est pas plus étonné des vices d'autrui que des siens.

/^ A. Jamais la cour n'a été si ennemie des gens d'esprit. — B. Je le crois ; jamais elle n'a été plus sotte : et, <|uand les deux extrêmes s'éloignent, le rapprochement est plus difficile.

/^ D. Pourquoi n'avez-vous rien dit, quand on a parlé de M... ? — C. Parce que j'aime mieux que Ton calomnie mon silence que mes paroles.

DAMfs. Vous marierez-vous? — clitandre. Quand je songe que, pour me marier, il faudrait que j'aimasse, il me paraît, non pas impossible, mais difficile que je me marie ; mais, quand je songe qu'il faudrait que j'aimasse et que je fusse

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aimé, alors je crois qu'il est impossible que je me marie.

/^ MADAME DE B... Qui cst-ce qui vient vers nous? — M. DE c... C'est madame deBer — madame de b... Estce que vous la connaissez? — m. de c .. Gomment! vous ne vous souvenez donc pas du mal que nous en avons dit hier?

^% A Ne pensez-vous pas que le changement arrivé dans la constitution sera nuisible aux beaux arts? — B. Au contraire. Il donnera aux âmes, aux génies, un caractère plus ferme, plus noble, plus imposant. Il nous restera le goût, fruit des hesxux ouvrages du siècle de Louis XIV, qui, se mêlant à rénergie nouvelle qu'aura prise Tesprit national, nous fera sortir du cercle des petites conventions qui avaient gêné son essor.

/» A. Détournez la tête Voilà H. deL... — B. N'ayezpas peur : il a la vue basse. — A. Ah ! que vous me faites de plaisir ! Moi, j'ai la vue longue, et je vous jure que nous ne nous rencontrerons jamais.

SCR UN homme sans GARACTÈBE.

»% dorante. Il aime beaucoup M. de B... — philintb. D'où le sait-iU qui lui a dit cela ?

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