CHAPITRE X
Partcmcu À 'Vfîîtoft que nous fufmes arriuez à Tadou-
dc Tadoufac L\ f ^ 1 r 11
pouraiicrà £ \ lac, nous nous embarquaimes pour aller a c.Khcpay. Q^çhçpay^ q U j ç ([ diftant dudicT: Tadoufac cn-
uiron cent lieuës. Le trcizicfme iour dudid mois,
(0 I.C vendredi était le l I du mois de juillet. I 12
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Les Voyages de Champlain. 49
nous rencontrafmes vne troupe de fauuagés qui "TôôTT cftoicnt cabanncz du cofté du Su, prefque au mi- Rencontre lieu du chemin de Tadoufac à Gachepay. Leur dc Sauu *8«- Sagamo qui les menoit s'appelle Armouchides, qui eft tenu pour l'vn des plus aduifez & hardis qui foit entre les fauuages. Il s'en alloit à Tadoufac pour troquer des flefches, & chairs d'orignac, qu'ils ont pour descaftorsôc martres des autres fauuages Montaignes, Eftechemains & Algoumcquins.
Le 15. iour diidid mois, nous arriuafmes à Gachepay, qui eft dans vne baye, comme à vne lieue "hcpay. & demye du cofté du Nort(i); laquelle baye contient quelque fcpt ou huict lieuës de long, & à fon entrée quatre lieues de large. Il y a vne riuiere qui va quelques trente lieues dans les terres; puis nous vifmes vne autre baye, que l'on appelle la Baye des De u baye Moluës(2), laquelle peut tenir quelques trois lieues dcsMo,uc *dc long, autant de large à fon entrée. De là l'on vient à l'Ifle Percée, qui eft comme vn rocher fort haut, L'MePcrefleuée des deux coftez, où il y a vn trou par où les ccc * chaloupes 8c bafteaux peuuent paffer de haute mer; & dc baffe mer, l'on peut aller de la grand' terre à laditte ille, qui n'en eft qu'à quelques quatre ou cinq cens pas. Plus il y a vne autre ille, comme au fucrt de l'ifle Percée enuiron vne lieuë, qui s'appelle Pifle de Honnc-aduenture, & peut tenir de long vne l'îHc de demye lieuë. Tous cefdits lieux de Gachepay, Baye '
Bonne-aduenturc.
(1 ) C'est-à-dire, comme à une lieue et demie du côte du nord de la baie.
(z) Cette haie est au sud dc celle dc Gaspc; on l'appelle aujourd'hui la Malbaic. Ce mot parait être une corruption de l'expression anglaise Mniut Buy. Des j 545, Jean Alphonse parle de la baie des Molucs et dc toute cette côte, comme d'un lieu fréquente depuis longues, années pour l'abondance et l'excellente qualité de la pêche. »Kt le cil le poill'on, dit-il, bien meilleur que celui dc la difte terre neufuc.» (Cosmogr. univ. )
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1603. des Molucs & Ille Percée, font les lieux où il le fait la pefche du poifîbn fec & verd.
PafTant l'Ille Percée, il y a vnc baye qui s'appelle De i> bave la Baye de Chaleurs(i), qui va comme à l'oueftdeChiicu». f oroue ft. q Ue lq UCS quatre vingts licuës(2) dedans les
terres, contenant de large en fon entrée quelques quinze lieues. Les fauuagcs Canadiens difent qu'à la grande riuiere de Canadas, enuiron quelques foixante lieuës rangeant la cofte du Su, il y a vnc petite riuiere qui s'appelle Mantanne, laquelle va quelques dix huitl lieuës dans les terres ; 6c eftans au bout d'icelle, ils portent leurs canots enuiron vne lieuë par terre, & fe viennent rendre à laditte baye de Chaleurs, par où ils vont quelquefois à Pille Percée. Aufli ils vont de laditte bave à Tre-
SirTSv. i gate(3)&àMif a michy(4).
Continuant ladi&e cofte, on range quantité de Ri ftTs° ù rm * eres > & vient-on à vn lieu où il y a vne riuiere Preuen. " qui s'appelle Souricoua(5), où le fleur Preuert a efté pour dcfcouurir vne mine de cuiure. Ils vont auec leurs canots dans cette riuiere deux ou trois iours ; puis ils trauerfent quelque deux ou trois lieuës de terre, iufques à laditte mine, qui eft fur le bord de la mer du cofté du Su. A l'entrée de laditte riuiere, on trouue vne ifle(6) enuiron vne lieuë dans la mer;
(i) Ainsi nommée par Jacques Cartier en I>J+. «Nous nommâmes laditte baye, la Baye de Chaleurs. u (Prcm. Voy. de Cartier, Rclat. originale, Paris, 1867. ) ( z) Environ trente lieues.
(3) Tregaté, ou Tracadic. Ce lieu, qu'il ne faut pas confondre avec celui qui porte le même nom dans la Nouvcllc-Écowc, cic situe à mi-chemin environ entre la haie des Chaleurs et celle de Miramichi.
(4) Aujourd'hui, on dit MtramUbi.
< 5) Vraisemblablement, la rivière de Cédait", ou CttJiac. On l'qrclait alors Souriroua, ?ans doute parce que c'était le chemin des Souriquois. (6) I.'ilcdc Chcdiac.
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de laditte ifle iufqu'à l'Ule Percée, il y a quelque 1603. foixante ou feptante lieues. Puis continuant laditte colle, qui va deucrs l'Eft, on rencontre vn deftroicl Dcftroia qui peut tenir deux lieuës de large & vingt-cinq de g^nd/terre long(i). Du cofté de l'Eft eft vne ifle qui s'ap- * vne iile pelle Sainét Laurens(2), où eft le Cap-Breton, & où vne nation de fauuages appelez les Souricois Jj ri J°"* hyuernent. Partant le deftroit de l'ifle de Saine! uernent. Laurens, coftoyant la cofte d'Arcadie(3), on vient dedans vne baye(4) qui vient ioindre laditte mine De 1» mine de cuiure. Allant plus outre, on trouue vne r i dcciilurc uiere(5) qui va quelques foixante ou quatre vingts ^'J^ lieues dedans les terres, laquelle va proche du lac d j c o "J[ 1 c a ; t ] des Irocois, par où lefdicls fauuages de la cofte d'Ar- des Irocois. cadie leur vont faire la guerre. Ce ferait vn grand bien, qui pourroit trouuer à la cofte de la Floride quelque paffage qui allaft donner proche du fufditf grand lac, où l'eau eft falée, tant pour la nauigation des vaiiTeaux, lefquels ne feroient fubiecls à tant de périls, comme ils font en Canada, que pour l'accourciiTement du chemin de plus de trois
< l) Par le contexte, oo voit que l'auteur parle du détroit de Canscau, qui n'a cependant ni autant de longueur, ni autant de largeur.
(2) Le nom de Cap-Breton a prévalu.
(3) A cadie. Il cit possible que Champlain ait cru retrouver, dans ce mot, un nom de la vieille Europe; mais il ne tarda pas a revenir de cette idée, si toutefois ce n'est point ici une simple faute de typographie. La commission de M. de Monts, qui est du 8 novembre de cette année 1603, renferme, entre autres, le passage suivant : «Nous étans des long temps a, informez de la fituation Se condition des pats te territoire de la Cadie...» On lit, dans Jean de Laet, en tête d'un chapitre de sa Description des Indes Occidentales : «Cintrées Je la Nouvelle- Franee qui regardent le SuJ, lesquelles les François appellent Cadie su A cadie. » Si nous tenons ce nom des premiers voyageurs français, il est très-probable qu'ils le tenaient eux-mêmes des sauvages du pays : car ce mot se retrouve dans plusieurs noms de l'endroit ou des environs, comme Tracadie, Choubenacadie, qui sont certainement d'origine sauvage.
(4) La baie Française, aujourd'hui la baie de Fundy.
(5) La rivière Saint-Jean, que les sauvages appelaient OuigtuJi. (Voir édit. 1613, ch. 111).
Les Voyages de Champlain.
1603. cens lieuës. Et cft trcs certain qu'il y a des riuicrcs en la colle de la Floride que l'on n'a point encore defcouucrtcs ; lefquelles vont dans les terres, où le pays y eft très bon & fertille, & de fort bons ports. Le pays & cofte de la Floride peut auoir vnc autre température de temps, plus fertille en quantité de fruids & autres chofes, que celuy que i'ay veu; mais il ne peut y auoir des terres plus vnics ny meilleures que celles que nous auons veuè's.
Report fait Les fauuages difent qu'en laditte grande baye de
des Sauuagcs ~, , ., ° . . . . ° ,'.
d-vnc riuiere Chaleurs il y a vne nuiere qui a quelques vingt lieues ?"» t V crrt n au dans ' es terres, où au bout clt vn lac( i ) qui peut conb u"i]ciMb tcmr q ue ls ucs vingt lieuës, auquel y a fort peu trouucvDc d'eau; qu'en efté il attache, auquel ils trouucnt
manière de . i . • -loi
mctaii. dans la terre enuiron vn pied ou vn pied & demy, vne manière de metail qui rclTcmble à de l'argent que ie leur auois monftré; & qu'en vn autre lieu " proche dudict lac, il y a vnc mine de cuiure. Voilà ce que i'ay appris defdicts fauuages.
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