CHAPITRE XII
Sauuagcs que nous trouual-
coupent les telles » leu ennemis.
ARriuant à Tadoufac, nous trouuafmes les fauuages que nous auions rencontrez en la leiquchnous riuiere des Irocois, qui auoient faict rencontre contrez i la au premier lac, de trois canots irocois, lelqucls le WoL " battirent contre dix autres de Montaigncz, Se apsauuages portèrent les teftes des Irocois à Tadoufac, & n'y eut qu'vn Montaigne/ blcffé au bras d'vn coup de flèche, lequel fongeant quelque chofe, il falloit que tous les 10. autres le meiiîent à exécution pour le rendre content, croyant aufli que la playe s'en doit mieux porter. Si ce diet fauuage meurt, fes parents vengeront fa mort loit lur leur nation, ou fur d'autres, ou bien il tant que les capitaines lacent des prelcnts aux parents du dclïunct, affîn qu'ils foyent contens, ou autrement, comme i'av d\à\, ils vferoient de vengeance, qui cft vnc grande melch an ce té entre eux.
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Les Voyages de Cha.mplain. 57
Premier que lefdicls Montaignez panifient pour TôcTJT aller à la guerre, ils s'aflemblerent tous, auec leurs plus riches habits de fourrures, caftors & autres peaux, parez de patenoftrcs & cordons de diuerfes couleurs, & s'aflemblerent dedans vne grand' place publique, où il y auoit au deuant d'eux vn Sagamo qui s'appeloit Begourat, qui les mcnoit à la guerre; & eftoient les vns derrière les autres, auec leurs arcs & flefches, mafîucs & rondelles, de quoi ils fe parent pour fe battre ; & alloient fautant les vns après les autres, en faifant plufieurs geftes de leurs corps, ils faifoient maints tours de limaçon. Après, ils commencèrent à danfer à la façon accouftumée, comme i'ay di& cy-defTus; puis ils firent leur tabagie, & après l'auoir faicl:, les femmes fe defpouillerent toutes nues, parées de leurs plus beaux matachias, & fe mcirent dedans leurs canots ainfi nues en danfant, & puis elles fe vindrent mettre à l'eau en fe battant à coups de leurs auirons, fe iettant quantité d'eau les vnes fur les autres. Toutesfois elles ne fe faifoient point de mal, car elles fe paroicnt des coups qu'elles s'entre-ruoient. Après auoir faicT: toutes ces cérémonies, elles fe retirèrent en leurs cabanes, & les fauuages s'en allèrent à la guerre contre les Irocois.
Le feiziefme iour d'aouft, nous partifmes de Ta- Partcment doufac, & le 18. dudicl: mois arriuafmcs à l'ifle deTadouf - Percée, où nous trouuafmes le fieurPreuert,deSaincT: Malo, qui vcnoit de la mine où il auoit cfté(i) auec
(1) Le sieur Prcvcrt n'avait point vn par lui-même ce qu'il rapporte ici à Champlain; il s'était contenté d'envoyer deux ou trois de ses hommes, avec quelques sauvages, à la recherche des mines. Il ne faut donc pas s'attendre à trouver beaucoup d'exactitude dans tout ce récit. «Il nous faut, a dit Lcscarbot, liv. m, ch. xxviu, «retourner quérir Samuel Champlcin... afin qu'il nous dife quelques nouvelles de ce qu'il aura veu & oui parmi les fauvages... Et afin qu'il ait vn plus beau champ pour rejouir
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58 Les Vo»yages dk C mam plain.
1603. beaucoup de peine, pour la crainte que les fa images auoient de lairc rencontre de leurs ennemis, qui lont mouchicoiT l es Armouchicois, lefqucls font hommes faimages du tout monftrucux pour la forme qu'ils ont(i); car leur telle eft petite, 6c le corps court, les, bras menus comme d'vn fchelet, & les cuilfcs fcmblablement, les iambcsgrofics&. longues, qui font toutes d'vnc venue; $c quand ils font alfis lur leurs talons, les genoux leur paiTcnt plus d'vn demy pied pardeffus la telle, qui ell choie e 11 range, & lemblent élire hors de nature. Ils lont neantmoins fort dilpos & déterminez, & (ont aux meilleures terres de toute la Difrours cofte d'Arcadie(2): aufli les Sourieois les craignent k fi'ur pr" f° rt - Mais, auec raiïeurance que ledicl fieur de Prc- M r .io C S n iI uert ^ cur donna, il mena iufqu'à laditte mine, où dcfcoûucr- les faimages le guidèrent (3). C'cft vne fort haute èortVd'AV montaigne aduançant quelque peu fur la mer, qui eft «die. f ort rc l u if ante au foleil, où il y a quantité de verd de
v^ de 8 m gris, qui procède de laditte mine de cuiurc;
en quantité. ^ ^.^^ ^ laditte montaigne, il dit que de balle eau
fes auditeurs, ic voy le ficur Prevcrt de Sjinft Malo oui l'attend à Pille Percée, en intention de lui en bailler d'vnc; Se s'il ne <c contente oc cela, lui bailler encore avec la faille des Armoudiiquuis la plaifante hitloirc du C>v s '?.v, qui (ait peur aux petits cnfans, afin que par après l'Hilloriographc Cayct (oit aulli de la partie en prenant cette monnove pour bon aloy.» 11 n'y a là-dessus qu'une remarque à faire : il était beaucoup plus facile à ! .es car bot, cinq ou six ans plu.» tard, de tourner en ridicule la crédulité de C'Iiatnplain, qu'à celui-ci de bien discerner du premier coup ce qu'il pouvait y avoir de vrai ou de faux dans les récits d'un homme dont il n'avait peut-être pas de raison alors de soupçonner la véracité.
( i ) Les Souriquois étaient sans doute intéressés à donner au sieur Prevcrt «ne aussi mauvaise idée que possible de leurs ennemi?; et, d'ailleurs, le sieur Prévert était assez dispose à en inventer au besoin, cnmmc Chumplain put bientôt le constater par lui-' même. «Les Armouchicois,» dit Lcscarbut, «l'ont aulli beaux hommes ( fouz ce mot « ic comprens aulli les femmes) que nous, bien compotes Si difpos... » (Liv. m, ch. xxi v.)
( ?. } Ce passage donnerait à entendre que, dans l'origine, en comprenait sous ce nom d'Acadic une bien plus grande étendue de côtes, puisque le pays des Armuiichiquois ne commençait qu'au-delà du Kénéhec; cV>t du rmins ce que nous assurent Ch.tmplain et le P. Biard, qui tous deux visitèrent les lieux. (Voir 1613, p. 39.)
(j) Champlain parle ici sur le rapport de Prevcrt.
Les Voyages de Champlain.
mine.
vne cre
il y auoit en quantité de morceaux de cuiure, comme l ( iQ ^ il nous en a monftrc, lequel tombe du hault de la cuiure montaigne. Palîant trois ou quatre licuës plus outre, i Mnutc tirant à la colle d'Arcadie, il y a vne autre mine, DVnc autre & vne petite riuiere qui va quelque peu dans les terres, tirant au Su, où il y a vne montaigne qui eft d'vnc peinture noire, de quoy fc peignent les fau- Peinture uages. Puis, à quelques lix lieues de la féconde mine, en tirant à la mer cnuiron vne lieue proche de la cofte d'Arcadie, il y a vne ille où fe trouue D\ne Me vne manière de mctail qui cft comme brun oblcur, "^1 le coupant il eft blanc, dont anciennement ils vfoient Jjy"™ pour leurs flefehes & coufteaux, qu'ils battoient aucc des pierres; ce qui me fait croire que ce n'eft eftain ny plomb, eftant li dur comme il eft; & leur ayant monftré de l'argent, ils dirent que celuy de ladiclc ille cft femblable; lequel ils trouuent dedans la terre comme à vn pied ou deux. Ledict lieur Preucrt a donné aux fau uages des coins & cifeaux, & d'autres choies neceftaircs pour tirer de ladiclc mine, ce qu'ils ont promis de faire, & l'année qu'il vient d'en apporter, & le donner audict lieur Preucrt.
Ils difent aulîi qu'à quelques cent ou 120. licuës il y a d'autres mines, mais ils n'ofenty aller, s'il n'y a des françois parmy eux pour faire la guerre à leurs ennemis, qui les tiennent en leur poflciiïon.
Cedicl lieu où cft la mine, qui cft par les 44. de- Dcfmptinn grez & quelques minutes (1) proche de ladietc cofte i a "ïitt " ° de l'Arcadie comme de cinq ou lîx licuës, c'eft vne
I l ) Si la description faite par te *icur Prcvcrt, on plutôt par ses hommes, se rapporte au bassin tics Mines, comme le comprit Champlain lui-même i voir édit. 1613, ch. m ), cette latitude est beaucoup trop faible; le bassin des Mines est tout entier au-delà du 4jnar.mtc-cin«|uicinc degré.
Autres mines.
Les Voyages de Champlain.
1603. manière de baye qui en fon entrée peut tenir quelques lieuës de large, 8c quelque peu dauantage de long, où il y a trois riuicrcs qui viennent tomber en la grand' Baye proche de l'ifle de Saine! Iean(i), qui a quelque trente ou trente-cinq lieues de long, &à quelque fix lieuës de la terre du Su. Il y a aufli vne autre petite riuiere qui va tomber comme à moitié chemin de celle par où reuint ledict fieur Preuert, où font comme deux manières de lacs en cette diète riuiere. Plus y a aufll vne autre petite riuiere qui va à la painture. Toutes ces riuicrcs tombent en laditte Baye au Su-Eft enuiron de laditte ifle que lefdi&s fauuages difent y auoir cefte mine blanche. Au cofté du Nort de laditte Baye (2) Bon pou font les mines de cuiure, où il y a bon port pour des
«ux! csva ' f " vaifleaux, & vne petite ifle à l'entrée du port. Le fonds cft vafe & fable, où l'on peut efchouer les vaifleaux.
De ladiéte mine iufques au commencement de l'entrée defdittes riuieres, il y a quelques 60. ou 80. lieuës par terre. Mais du cofté de la mer, félon mon iugement, depuis la fortie de l'ifle de Saincï: Laurent & terre ferme (3), il peut y auoir plus de 50. ou 60. lieuës iufques à la ditte mine. Beau pays. Tout ce pais eft très beau & plat, où il y a de toutes les fortes d'arbres que nous auons veus allant au premier fault de la grande riuiere de Canadas, fort peu de fapins & cyprez.
(1) Aujourd'hui l'ilc du Prince-Edouard.
(2) On croit reconnaître ici, avec Champlain (édit. 1613, ch. 111), l'entrée ou le canal du bassin des Mines, l'ilc Haute, et le port ou havre à L'Avocat, où 11 le fonds cil valcux Se lablonneux, & les vaifleaux y peuuctit elchauer. »
( 3 > De cette sortie, qui est évidemment le détroit de Canscau, jusqu'au bassin des Mines, il y a, par mer, environ cent soixante lieues.
Les Voyages de Champlain. 6i
Voylà au certain ce que i'ay apprins & ouy dire 1603. audicT: fleur Preuert.
D'vn monftre efpouuantable que les Sauuages appellent Gougou, & de noflre bref & heureux retour en France.