‹ Œuvres de Chapelle et de BachaumontChapitre 10 sur 67 · LE DESSUS · texte numérisé non relu

LE DESSUS

Ninon, de qui la beauté Méiitoit une autre aventure j Et qui devrolt avoir été Femme ou maîtresse d'Epicure.

LA LETTRE

Si c'est à bonne mtention Qu'à tes loix tu veux me soumettre.

Réponds à mon affection Lorsque tu réponds à ma lettre.

Mon cœur pour toi forme des vœux, Mes yeux te trouvent sans seconde, Et, si je ne suis amoureux.

Je suis le plus trompé du monde.

Hon Ame langmt tout le jour; J'admire ton luth et ta grâce.

J'ai du chagnn, j'û de l'amour :

Dis-moi, que veux- tu que j'en fasse?

l58 OEUYRES DIVERSES.

. Ton entretien attire à soi ; Je n'en trouve point qui le vadlle ; Il pourrait consoler un roi De la perte d*uhe bataille.

Je me sens toucher jusqu'au vif Quand mon âme voluptueuse Se pAme au mouvement lascif De ta sarabande amoureuse.

Socrate , et tout sage et tout bon , N'a rien dit qui tes dits égale; Au prix de toi , le vieux barbon N'entendoit rien à la morale.

Tu possèdes les qualités Dont un cœur ne peut se défendre.

Peut-on avoir tant de beautés, Et n'en avoir point à revendre.

Je sais quel nombre de galants De ton affection se pique.

Trop de Médors, trop de Rolands, Font l'amour à mon Angélique.

Je modère ainsi mon courroux De ne pouvoir fûre des rimes :

Je les voudrois dignes de vous , Et de pareils souhaits ne sont pas légitimes.

SONNET

mi, je ne pais ressentir Les maux que ton esprit projette ; Quoique tu fasses le prophète, Je pourrai te faire mentir.

Je sais que Ninon est parfaite, Que ses trûts se font bien sentir; Mcds , lût-elle cent fois mieux faite , Je ne saurois y consentir.

Son esprit , Tirets , qui te trompé , Cherche Téclat, court à la pompe Et ne saurôit être indulgent.

J'aime mieux, et crois être sage, Que Targent serve de visage Qu'un visage serve d'argent.

SONNET

înon , ma compagne très chère , Pourroit vaincre le plus brutal, Et je yeux être mis en bière Si le mal qu'elle fût n'est mal.

Je suis pourtant fort en arrière , ■ Et tiens cela fort inégal , Car j'enrage et me désespère De me voir seul et sans rival»

Je sais bien qu'elle est fort poupine , Mus c'est trop peu pour la cuisine ; Et puis, pour un homme indigent,

Ninon , vous me contez fleurette :

Si vous me comptiez (i) de l'argent , Je tiendrois votre affadre faite.

(i) Compter et conter s*écri voient assez généraletnent alors de la même manière, et Saint-Marc a conserré ici cette ortographe : nous avons cru devoir en user autrement.

ËPIGRAMME

■RM^A 1 ne faut pas qu'on s'âtoni ^S MS Si souvent elle rûsonno K^ jSSm ^^ lo sublime vertu "SfH& Dont Platon fut rovétu ; r Car, A bien compter son Age, .

Elle peut avoir vécu Avec ce grand personnage (i).

LETTRE

Ecrite de La Bourdaisiëre , où M™« de Pelissari l'avoit amené de Yéret, et où il avoit quitté M»» de Yalentiné, à laquelle il adresse cette Lettre.

adame , qu'il m^a coûté cher Cet adieu sur le bord du Cher, Dont rindifférente maaière Ne me put lors jamais cacher Combien j*ayois à me fâcher Contre ma bonté coutumière , Qui me fait toujours relâcher Si vite à la moindre prière !

L'heure que , trop aimable et fière , Je vous vis brusquement marcher Et passer, sans moi, la rivière, Devoit bien être ma dernière.

Si j'ad su me le reprocher, J'en prends à témoin la lumière De l'astre qui me vit coucher Et passer la nuit tout entière , Sans pouvoir jamûs attacher Sur mes yeux mouillés ma paupière.

Non , ce n'a point été le bruit De cent et cent tailleurs de pierre , Ni l'abbé , dont le nez au lit Gronde plus qu'au ciel le tonnerre;

OËUtHES DIVERSES. l63

Bien moins «ncor tout ce qu'on dit

De Brandebourg , qui vient grand'eire,

Ni du Suédois, qui le suit ,

Qui m'a tourmenté cette nuit ,

Et fût bien plus mortelle guerre

Qu'ils ne feront, et qu'on ne fit

Jamais ni sur mer ni sur terre.

Ah , nuit de tristesse et d'ennui!

Croirsd-je que cet aujourd'hui Ne me soit pas encore pire , Et que je n'aie point ce soir Cette horrible réponse à lire?

Pourquoi donc tout ce désespoir.

Seigneur Chapelle, ou bien beau sire? Vous avez fait votre devoir; Personne n'y trouve à redire.

Si cela m^arrive , en ce cas Que faire , malheureux ? Hélas !

Quel secours , quel autre remède Pourrai-je appeler à mon sdde , Qu'un soudain et fameux trépas?

Desespéré, n'irû-je pas.

Sur-le-champ et d'un même pas , Chercher quelque affreux promontoire , Et de son plus fier haut-en-bas Me précipiter dans la Loire , Pour me sauver entre ses bras?

Sur une roche âpre et sauvage Id près un saint hermitage

l64 (NEUTRES

M'en offîreun, propre à mon désir.

Le plus déterminé courage Ne peut, sans d'horreur se ssûôr, Regarder le plus bas étage.

La Loire , le vent et Torage L'ont TU , depuis le premier âge »

De mousse et d*écume moisir, Plutôt que céder à leur rage.

A tout désespéré bien sage Il semblera fait à plaisir , Et son nom d'un heureux présage S'accorde à mon .fervent désir D'obtenir des flots l'avantage D'être poussé juste au rivage Que vous avez daigné choisir Pour y recevoir leur hommage.

Mais , comme ce fleuve abandonne (Et, qui pis est, surtout l'automne) Les plus beaux et charmants endroits , J'ai , ma foi, peur, et je soupçonne Qu'un quiproquo , dont je frissonne , .

Pourroit bien, sans ordre et sans obpix, Contre le droit, contre l^s Ipis, Qu'en pareil cas Pamour ordonne, Exposer mes os nus et froids Quelque part aux Sables d'Olçnnei Plus loin même, au bordiroquois; Où, pour une scic^de fois»

Manquant votre admable présence.

Je me redésespér^rois.

Votre Loire es^ ion peu br^tuUoone;

Diverses. 465

Et, franchement, je ne saurais L*espérer si sûre et si bonne Que la mer le fut autrefois Pour Géix envers Alcione.

Craignant donc la me inconnue, 11 me Yàut mieux prendre un bateau y Et, plutôt dessus que sous Teau, Gagner ht charmante wrenue ' Qui meneau soperise diâteati.

Dont sur un xii^e et doux coteau Cent tou^ blanchissent dans la nue.

Là , sitM que f^ùrai lié Ma gribànnë (i) au phis pi^odhûn havre , Me traînant (doucement à pié ^ Jlrai vous faire autant pitié

Et pas si peur quermon cadavre. '

(i) La gribanne est tin petit bftûnieàt de mer portant depuis trente jusqu'à soixants toimeaax , et garni d*ttD mât ayec son hunier, d'une misaine et dHm beaupré. (S.-Jfaiv.)

STANCES Sur uhb Eclipsb db Solbil.

uel moyen de s'en dispenser?

J'allois tout de bon commencer A TOUS composer sur Fédipse Un livre plus gros et plus long Qu'un des tomes de Juste-Lipse »

Tout rempli d'un savoir profond, En beau style d'Apocalypse,

Quand Pallas, la sage pucelle.

Qui m'aime de bonne amitié, S'apparut à mol toute telle Qu'elle est au ciel dans sa ruelle Sur l'estrade et tapis de pié.

Eh quoi, pauvre innocent! dit-elle, Yndment tu me fais grand'pitié D'aller perdre ûnsi la cervelle , Rêvant à cette bagatelle Plus qu'il ne faut de la moitié.

Surprise des impertinences Que l'on débite en ce bas lieu , J'y viens faire des remontrances A ces fous qui, sans connoissances , Raisonnant comme il plaît à Dieu ,

OEUTRES DIVERSES. 167

Gâtent mes plus belles sciences; Et, pour Téclipse À quoi tu penses.

Je te YÛs fsdre voir en peu Que cesforgeurs d'extravagances Tirent cent fausses conséquences D'une chose qui n'est qu'un jeu.

Sache que ce jour-là mon père Fit à déjeuner si grand' chère, Et trouva si bon le nectar.

Que Môme, le dieu des Sornettes, Le voyant être un peu gaillard Et dans ses humeurs de goguettes , Lui proposa que les planètes Jouassent à Colin-Maillard.

a A Colin-Maillard ! dit le maître Du char brillant et lumineux .

Si , par malheur, je l'allois être.

Tous les hommes sont si peureux Qu^ils se croiroient morts quand mes feux Conmienceroient à disparoitre.

Chacun fermeroit sa fenêtre, EtMorin, le plus fou d'entre eux.

En prédiroit quelque bicêtre (t) ».

a Quoi ! tu veux conclure par là.

Répond le grand dieu qui foudroie,

(1) Jean-Baptiste Morin, professeur royal en philosophie et célèbre mathématicien, fort entêté de V trologie Judiciaire. (S.-Jfarc.}

tS8 MSOtRES DITER8E8.

Qu*uii fat pôum troubler ma joie ?

Que tnlmpoHe sH en fera Des contes de ma mère l'Oie?

Je jure St^ , dont Tean tournoie Dans le pays de Tartara , Qn*àColin- Maillard on jouera.

Sus , qu'on tire au sort , et qu'on voie Qui de vous autres le sera »i

Le bon Soleil Tavoit bien dit :

Il le fut, selon son présage.

Toute la compagnie en rit; Et , sans différer davantage , Aussitôt la Lune s'offrit A lui bien couvrir le visage ; Ce que volontiers on souffrit , Attendu l'étroit parentage.

Le reste , vous l'avez pu voir. Chacun put lors s'apercevoir Que l'on ne voyoit presque goutte ; Et, sans la Lune, qui sans doute Ne fit pas trop bien son devoir.

Le Soleil fusoit banqueroute , Le matin devenoit le soir ; Vous étiez tous au désespoir.

Croyant la nature en déroute ; Et pas un n'eût pu concevoir Que nous autres làrhaut, sur la céleste voûte, Ne faiiions que crier : Gare le pot au noir.

LETTRE A Messieurs de Naict^uillbt

ET 0E SeRCELLES.

vous , les deux que je chéris

De ramitié dont Toxaris

Veut qu'on s'wme, en son dialogue (i);

A vous , non à d'autres, j'écris; Et sache quiconque à mépris Tient qu'on l'exclue , et m'épilogue , Qu'en vos deux grands noms sont compris Tous ceux qu'en son premier prologue Maître François (a) a si bien mis.

Or je vous écris pour vous dire.

Après un humble grand merci D'avoir bien voulu nous écrire.

Que nous ne fusons rien ici Que dormir, manger, boire et rire »

Bien disputer, mieux contredire. Jouer gros argent, et qu'^si,

{«) L9 dialogue de ■ Lucien isf^iulA Tcsêrti traite de l'amitié. (S.-lfarc.J (9} Rabelais.

170 OEUTRES

Sans à vos procès en rien nuire , * Que votre substitut Plessi N'a garde de ladsser détruk^ , Vous devez , sans mus et sans si , Nous rejoindre au plus tôt y gros sire.

Surtout n*ayez aucun souci De n'y trouver pas de quoi frire.

Vous verrez cuisine reluire Et briller office farci De cent bouteilles de Tessi , Et de tout ce qu'a su produire Provence, et de meilleur élire Pour régaler un prince (1), si Capable de la bien conduire.

L'huile, entre autres , a réussi Si bien , qu'on s'en sert à tout cuire.

Croyez-nous bien fournis aussi Des mets de ce bon pays-ci, Et de tout ce que Rouen tire Du chaud climat et du transi.

Et vous, cartésiens fameux , Sur ce comète tant affreux , Montrez-nous ce qu'eût fait Descartes, De peur que son choc désastreux Ne mit tout notre monde en deux.

N'eût-il point eu les fièvres quartes ? Qu'en pense le monde peureux?

Est-ce aux buveurs , vuideursde quartes ,

(t) Le due de Vendôme. Cette lettre est écrite d'Anet

Diverses. 171

Aux nez rouges et lumineux , Ou plutôt aux beaux doucereux Bien perruques , mangeurs de tartes , Qu'en veut cet astre aux longs cheveux?

Qu'en dit Monn, le songe-creux?

L*envoye-t-il brouiller les cartes Chez les Sarmates? Est- ce entré eux Et les fiers descendants des Parthea Qu'il doit Msser tomber ses feux?

Moi , qui ssds qu'il ne mord ni rue^ Non plus que fortune ou dtitin , Je ne vous en parle qu'afin De mieux savoir de vous l'issue Du diner où , sans retenue, Picard (1) vous aura dans le vin Dit la vérité toute nue.

Contez-nous donc votre festin Si du Parnasse astronomin La troupe en parut fort émue.

Le grand Huygens et Cassin (a), Ont-ils sué soir et matin A luneter, malgré la nue, Dans tout l'Olympe cristallin?

Sa hauteur au juste ont-ils vue?

Ont-ils pu , depuis sa venue , Suivre sa marche et son chemin?

Vous aurez vu l'ami Turlin, Que de bien bon cœur je salue.

(1) Astronome célèhre.

(a) Cassini.

9 OEOTESS DITKBBBS.

Ponr U roir, le boa Rottddn (i).

Point n'Mt baiaii île longue tua.

Si l'arU ▼■', Im'qBi d'mI gme llî WMco]Mr (a) grimeliii, Tou «D nra dittottt 1b fln.

(i) Voa bnrinqoe et Itogé, pour ncnitter ml hOD- BW brt (TM. (S -ir*rr.!

(■) Antre mot {«rgi, p«nr dire ^ le tert da télaMope , de tnncttM <U tonfae tu. (S^Barc.)

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