NEUTRES DIVERSES
En foveur de Lacédémone; Jurant que le bon roi grison (i) En auroit tout du long de Taune, Et que tous ceux de sa maison En seroient un jour à Taumône.
Hûs de l'autre côté Cypris Donna congé pour lors aux ris , Aut jeux, aux plaisirs, à la joie, Et, prenant llntérét de Troie, S'arma pour défendre Paris.
Le bonhomme aussi Neptunus , Gagné par sa nièce Vénus, Et Phébus , Taroher infaillible , Devant qui le fils de T^éUs Ne se trouva pas invincible , Firent tous deux tout leur possible Pour les murs qulls avoient bâtis.
Voilà lliistoire. Que t'en semble?
Crois-tu pas qu'un homme avisé Voit par là quil n'est pas aisé D'accorder trois femmes ensemble.
Fais-en donc ton profit; surtout, Tiens-toi neutre, et, tout plein d'Homère, Dis-toi bien qu'en vain l'homme espère Pouvoir jamais venir à bout De ce qu'un grand Dieu n'a su faire.
(i)PriBm.
RONDEAU Sue les Métahoephosbs d'Oyidb
Mises en rondeaux par Benserade.
la fontaine où Ton puise cette eau Qui fait rimer et Racine et Boileau Je ne bois point ou bien je ne bois guère.
Dans un besoin si j'en avois affaire.
J'en boirois moins que ne fait un moineau.
Je tirerai pourtant de mon cerveau Plus aisément, sll le faut , un rondeau, Que je n'avale un plein verre d'eau clûre A la fontaine.
De ces rondeaux un livre tout nouveau A bien des gens n'a pas eu l'heur de plaire ; Mais quant à moi, j'en trouve tout fort beau. Papier, dorure, images, caractère , Hormis les vers, quH falloit laisser faire A La Fontaine (i).
(i]Toicf ce qu^on lit dans le MinagUna^ t. a, p. 375, au sujet de cette petite pièce : « Dans le temps qtt*on faisoit les présents des Métam^hosei d'OMt m
LETTRE
A MONBIBUE LB MaeQUU DB JoNZAC.
her marquis, les vers qu'au beau Maine De Tagréable Pivangou Fait couler ton heureuse veine, Vertu, non de Dieu , mais de chou,
Ne sont pas vers à la douzaine.
Quiconque rime ainsi sans peine.
Après avoir bu comme un trou ,
Doit avoir au moins pour marraine
rondeaux y noavellement imprimées au Louvre, M. de Benaerade, qui en est i^aaieur, en envoya un exemplaire très bien relié à un de ses amis, avec une lettre où il le prioit de loi en écrire son sentiment. Cet ami lui envoya quelques jours après ce rondeau (le rondeau suit). » Après quoi M. de La Monnoie igoute : Ce rondeau, qu*on attribue à Chapelle, est irrégulier; il n*est pas clos et ouvert, et les rimes n*y sont pas dans leur ordre au troisième couplet; mais le sens des vers y est d'une grande finesse. Tout ce qu'on pourroit dire , c'est que la maîtresse pensée en parott empruntée du AtfjMii bonrgeoitde Furetière, p.i4 :« Cela » seroit bien aussi nécessaire que tant de figures de » combats, de temples et de navires, qui ne servent de
Œuvres diverses. %oj
Celle (i) qui causa la migraine Dont Jupin crut devenir fou.
Mais encor te faut-il dire ou Nous avons lu Tépître tienne.
Ce fut à la Croix-de-Lorraine (2), Lieu propre à se rompre le cou , Tant la montée en est vilaine , Surtout quand, entre chien et loup , On en sort, chantant Mirdondûne,
Or là nous étions bien neuvaine De gens valant tous peu ou prou.
» rien qu*à faire acheter plus eher les livres. Ce n*esl » pas qve je vemUe blâmer les images, car on diroit » que je voudrois reprendre les plus beaux endroits de » nos ouvrages modernes.» Quoique TopinioD commune soit qne le rondeau qu'on vient de lire est de Chapelle, on lui donne pourtant un autre auteur dans le livre intitulé : La vie de Pierre du Bose^ ministre du Saint Evangile, enrichie de lettres, harangues, dissertations et autres pièces importantes qui regardent ou la théologie ou les affaires des Eglises réformées de France, dont il avoit été long-temps chargé. Roterdam, Leers, 1694, in-80. A la page 577 commence un recueil de vers grecs, latins et françois, composés par M. du Rose en diverses occasions , avec quelques autres faits à sa louange. Notre rondeau termine ce recueil , sans que réditeur donne aucune preuve qu^ soit du sieur du Rose, dont les vers sont bien éloignés d'avoir la finesse et la légèreté de ce petit ouvrage. {S.^Mêre.)
(1) Pallas.
(a) Enseigne d'un célèbre traiteur où Chapelle et plusieurs de ses amis s'assembloient.
308 OEVVRBS
J*entends, pour expliquer mon ouy Moi valant peu, car la huitaine Yaloit assurément beaucoup.
Mais aurois-tu pour agréable , Toi qui sais ce que nous valons , Que je f apprisse aussi les noms Et les rangs que tenoient à table Ces neuf modernes Epulons?
Llllustre chevalier Qu'Importe Etoit vis-à-vis de la porte , Joignant le comte de Lignon, Homme à ne jamais dire non, Quelque rouge bord qu'on lui porte.
Après lui, Fabbé du Broussin, En chemise montrant son sein , Remplissoit dignement sa place, Et prenoit soin d'un seau de glace Qui rafiraichissoit notre vin.
Molière, que bien connoissez,
Et qui nous a si bien farces
Messieurs les coquets et coquettes ,
Le suivoit, et buvoit assez
Pour, vers le soir, être en goguettes.
Auprès de ce grand personnage Un heureux hasard avoit mis Du Toc, d'entre nous le plus sage.
Ravi de voir les beaux esprits,
Diverses. 209
Quitter Manûs et marécage Pour venir dans son voisinage Boire à l'autre bout de Paris*
Quant à notre illustre et grand maître Le très philosophe Barreaux (1) En ce moment il fit paroitre . Que les anciens ni les nouveaux N'ont encore jamûs vu ndtre Homme qui sût si bien connottre La nature des bons morceaux.
Le petit monsieur de la Mothe, Non celui qui toujours a botte Et d'un grand prince est précepteur (2), Mais son frère, qui toujours trotte.
Et qui, comme il est grand trotteur, En mille endroits par jour buvotte De ce bdn vin, et de la grotte Etoit le célèbre inventeur.
Aussi faisoit-il le neuvième Avecque moi, qui bien fort Tûme Et suis son humble serviteur.
C'est là donc qu'on lut ta légende»
Que l'on trouva pleine de grande Gentillesse et facilité.
Ensuite avec solennité
(t) Le célèbre Des Barreaax.
(a) François Le Yayer de la Mothe étoit précepteur de Monsieur, frère unique de Louis XIT.
aïO OEUTiiBS DIVERSES.
Toute Dotre bachique bande But un grand verre à ta santé.
A cet agréable repas
Petitral ne se trouva pas.
Et sais-tu bien pourquoi? C'est parce
Qull est toujours avec sa garce.
Ou que sans cesse il court après.
Pour Là Planche, attendu Fabsenoe De tant dlvrognes d'importance, n craignit fort pour le Marais, Et jugea quil falloit exprès Y demeurer pour sa défense.
Ton cousin, Taimable Dampierre, Qui m'a dit, s'en allant grand'erre, QuH te devoit voir a Jonzac , M*a promis, cher marquis, de mettre Cette longue et méchante lettre Dans sa valise ou dans son sac.
Et c'est ce qui m'a fait la faire , Car elle ne vaut, ma foi, guère.
Et, sans mentir, je plaindrois fort Ce qu'il coûteroit pour le port De renvoyer par l'ordinaire.
SONNET
A MoNsiBUE LB Marquis db Jonzac (i).
ue dans une petite ville Le saint père est bien obéi ; Et qu*en carême il est facile Qu'un honnête homme y soit haï !
Le chevalier (a) eût dans sa bile Bien juré contre Adonaï, Et par râcreté de son style Rendu Cognac bien ébahi.
Mais ce n'est pas là la manière, Cher marquis, dont j'use pour faire Que personne ne dise^mot.
Quoique ta puissance y soit grande (3),
Il me faut faire le dévot
Pour pouvoir manger de la viande.
(i) Ce sonnet est le début d'une lettre de Chapelle au marquis de Jonzac. Il étoit suiTi d'un autre sonnet de même mesure , et le reste de la lettre étoit mêlé de prose et de vers. Voilà ce qu*on en sait par tradition. Je n*ai pu recouvrer que ce que je donne. {S.^Mare.)
(a) Le chevalier d'Aubeterre, beau-frère du marquis de Jonzac.
(3) Dans Cognac , dont le marquis de Jonzac étok gouverneur.
LETTRE
EN STANCES Ao Duc DB Saint- AiGNAN.;
Messieurs les chevaliers de Lorraine el de Marsan , M. le Grand-Maître , MM. les marquis de Termes , d'Effiat et de Manicant, et MM. du Boulai et Chapelle» ayant demandé à M. le duc de Saint-Aignan sa mai- son de La Ferté-SaintrAignan , près Chambort, pour y faire la Sainte-Hubert , ce duc , qui fait son plus grand plaisir d*obliger de bonne grâce, leur accorda aussitôt ce qu^ils souhaitoient. Us s^y rendirent, et, pour lui en marquer leur'reconnoissance, M. Chapelle lui envoya ces vers..., dans lesquels il fait partout allusion à la chasse d*uu furieux sanglier que M. de Saint- Aignan tua autrefois, et dont le portrait est dans la salle de cette maison. Il parle, sur la fin, d*un autre combat plus périlleux , lorsque ce même duc se défendit avec tant de courage et de valeur contre quatre hommes qui étoient venus Tattaquer. Cette aventure si glorieuse pour lui est sue de tous ceux qyâ ont un peu de commerce dans le monde.
^(Extrait du Mercure golant de nov. 1678.)
Grand duc, en tout tout merveilleux, , Surtout pour être assez heureux D'être, contre ta propre attente ^ 'Sorti de cent dangers affreux; Et non seulement de tous ceux,
QEUYHES DIVERSES. :2l3
Que pour le pays Mars présente , Mais, ce que plus en toi je vante, De mille autres exploits fameux , Que ta grande âme, impatiente De paix, et non jamais contente Qu'elle n'affronte le ti-épas , D'un noble feu toujours brûlante , En tant de périlleux combats.
Dont le seul récit m'épouvante.
Fit naître à tout propos et partout sous tes pas.
Qu'avec plûsir la compagnie, En qui ton accueil gracieux (i) A Toury redoubla l'envie De se voir vite en ces beaux lieux, A présent, surprise et ravie, Y contemple de tous ses yeux Ce monstre vraiment furieux (2), Qui , ;sans ton fer victorieux , Eût partout sa rage assouvie De Cléri jusqu'à Brassieux, Et dont l'écumante furie.
Capable de venger les Cieux
(1) Variante du Recueil des pins lettes pièees des poètes f^Mçois (aitribué à Fonteneile]; Barbin, 169a ; A qui eetjieeueil, ete.-
(a) Merc, gai, :
Y contemple de tous ses yen^L , ■ Dès l'abord surprise et ravie , Ce monstre , etc.
!ll4 OEUTEES
Et d*assembler les demi-Dieux , A tout autre qu^à toi n'eût point laissé la vie.
Mais quoi! la béte d*Erimante, Pour qui la Grèce eut le frisson.
Quelque rude et mauvais garçon Que son Méléagre elle vante, Ni tout ce qu'Homère nous chante De Phénix et son nourrisson , Dont la colère trop constante Et le trop cuisant marrisson Pour la perte d'une servante Combla de tant de morts le Xante, Ne sont de vrai qu'une chanson, Au prix de ce que le Cousson (i) A vu de ta valeur briHante, D'une bien plus guerrière et toute autre façon.
Cousson, dont Tonde claire et pure (2)
Tantôt brille et tantôt se perd
Sous l'épaisse et fraîche verdure
Du long et fidèle couvert
Qui forme ta belle bordure.
Par ta divinité je jure
Que jamais rien ne s'est offert
Au petit talent de nature
Qui souvent assez bien me sert
Pour oser faire une peinture,
(1) Petite riYîère qui passe à la Ferté Saint-Aignan. (9} Rec. de Barb. :
Roisteaa dont l'onde» etc.
Diverses. %i5
Rien, difrje, tel que raventure, Dont fut témoin Taffreux désert Où même encor je sens que dure Une horreur dont seul me rassure L'aspect toujours riant et vert De ton cours qui de loin m*en trace la ceinture.
Et, n'étoit que la modestie Est la grande et digne partie Du héros à qui Ton écrit , Cousson, il faut que je le die(i), Comme jamais le ciel ne vit Rien d'égal à tout ce qull fit Dans ce bel endroit de sa vie.
Rien aussi n'auroit pu me donner plus d'esprit.
(0 Rec. de Barh« : « Il ùmt que je te die. »
RÉPONSE Du Duc DB Saint-Aignan.
imable et biillant Chapelle, Enfin , suivant mon souhait , Ta lettre savante et belle Vient me rendre satisfait.
Car, sans blâmer le génie
De ceux de ta compagnie,
Dont les talents sont divers,
Si ma raison n*est trompée,
La pointe de leur épée
Vaut bien celle de leurs vers.
Ce n^est pas que ta flainberge Ne pût prouver ta vigueur, ' Et qu'en mon petit auberge Elle ne fît voir ton coeur, Les sangliers de mes bocages Y demeureroient pour gages ; Hais yaX de très forts soupçons Que tu crois plus raisonnable
(i) Dans le Mercwe gâlani , cette pièce soit la lettre de Chapelle, avec ce titre : Répinwi impron^i»»
(KlcYRES DIVERSES. ai;
De les percer sur la table
Que dans leurs affreux buissons.
J*eii reviens donc à ta muse.
Et je soutiendrai ce point, Qull faudroit être bien buse Si Ton ne Testimoit point Comme on tient pour des menreilles Les firuits de tes doctes veilles, Quand Phébus vient Vembraser ; Ton humeur libre et galante Par mille agréments enchante Ceux qui t'entendent jaser.
Tes beaux vers sont, sur mon âme.
Dignes d'admiration.
De MoHSiBUR et de Madame
Ils ont l'approbation.
D'un prince tout plein d'estime (i),
De qui l'esprit est sublime,
Ils feront tout l'entretien ;
Mais je suis fort en demeure,
Car cette ode d'un quart d'heure
N'y répondra pas trop bien.
Ces chasseurs, dont lar naissance Est égale à la vertu.
Sans doute auront connaissance De ce méchant impromptu.
Dis-leur, illustre Chapelle,
(i) Le grand Condé.
2l8 OECVRBS DITBRSBS.
Que mon cœur, mon àlmneHe, Ma bourse, tous mes amis.
Mon gibier, mes bois , ma plaine, Mes poissons et ma fontaine.
Enfin, tout leur est soumis.
Mais dis de plus, si tu m^aimès»
Au jeune prince lorrain.
Qui par des efforts extrêmes Fit rougir les eaux du Rhin, Que , quand le destin contraire Ramena son bi^re fieère.
Dont chez moi (diàcim pesta.
Mon âme , alors désolée , Ne put être consolée Que paroequ*il y resta.
Chapelle, que j'estime Et que yaime tendrement !
Sois certain que cette rime Est faite dans un pioment.
Allonge ta promenade.
Redouble sauce et grillode Dans mon antique maison.
Et cependant je vus boire Ta santé deçà la Loire; Songe à m'en fûre rsdson*