MUSCHENBROEK
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d’expériences bien faites, et dont les résultats ont été calculés avec précision ; un grand nombre de faits bien vus et décrits avec exactitude, plusieurs appareils d’expériences, ou inventés ou perfectionnés par lui, et surtout une excellente méthode de philosopher. Lorsque ses recherches ne conduisent point à des résultats généraux, il se contente d’exposer ses expériences toutes nues, et il aime mieux risquer de passer pour un physicien sans vues, que de donner des systèmes pour des vérités.
Il y a cependant un reproche à lui faire, c’est d’avoir adopté quelquefois, dans ses explications, les principes obscurs et vagues de cette physique qu’avaient créée dans le dernier siècle les partisans de la philosophie corpusculaire.
Nous devons à Muschenbroek un commentaire sur les expériences de l’Académie del Cimento, des recherches expérimentales, très-étendues, sur l’aimant, sur la cohésion et sur l’attraction, sur les qualités générales des corps dont les lois nous sont encore inconnues, sur l’électricité, enfin, cette propriété si générale et si active de la matière.
Leyde, où Muschenbroek enseigna longtemps la physique, après l’avoir enseignée d’abord à Utrecht, s’était remplie de physiciens qu’il avait formés. C’est dans cette école d’observateurs de la nature que fut découvert le fait singulier de la commotion électrique, si connu sous le nom d’expérience de Leyde, et qui a conduit à la connaissance de la nature du tonnerre, et aux moyens d’en détourner ou d’en imiter les effets. Les jeunes gens destinés aux sciences
KLINGKKSTIERNA.
venaient de toutes les parties de l’Europe se former à Leyde , sous Muschenbroek. Les leçons d’un savant sont souvent plus utiles que ses ouvrages : tandis que ses livres ne contiennent que de froides vérités , l’enthousiasme qui anime ses leçons excite celui de ses auditeurs. Répandus ensuite sur tout le globe, ils y observent sur le même plan, d’après les mêmes vues, et la vérité échappe plus difficilement à leurs efforts réunis.
Ainsi, MM. de Jussieu et de Linné, nos illustres confrères, ont rempli toutes les nations de leurs élèves, et c’est au nom de ces hommes célèbres que la nature s’entend interroger avec tant d’ardeur et de fruit, depuis les glaces des terres australes jusqu’à celles de la Sibérie.
Mort en 1761.
KLIN GENSTIERNA (1).
La Suède, occupée à réparer les pertes que les revers et même les victoires de Charles XII lui avaient fait essuyer , négligeait l’encouragement des sciences, espèce de luxe politique qui semble ne convenir qu’à des États heureux et tranquilles. M. Klingenstierna fut obligé d’aller chercher chez les étrangers les instructions qui manquaient dans son pays. Pendant son absence, on le nomma à une
(i) Né en 1689 à Toleferns, près Linkoeping, en Suède.
KM1YGENSTIERNA.
chaire de mathématiques; mais il 11e revint l’occuper qu’après avoir vu tout ce qu’il y avait en Europe d’habiles mathématiciens, et mérité l’estime du petit nombre de juges qu’il pouvait avoir. A son retour, la considération qu’il avait acquise chez les étrangers en inspira à ses compatriotes pour sa personne, et, par une suite naturelle, pour les sciences qu’il cultivait. La noblesse de Suède s’empressa de s’instruire par ses leçons. Il lui apprit qu’il y avait pour elle une autre gloire que celle des armes, et que le génie bienfaisant des sciences contribuerait à réparer les maux que le génie destructeur de la guerre avait faits à la Suède.
Bientôt M. Klingenstierna fut appelé à «les fonctions plus importantes. O11 crut que c’était au plus savant homme de la Suède qu’il appartenait d’instruire l’héritier du trône.
La santé de M. Klingenstierna ne lui permit pas de garder longtemps une place si importante, et que les progrès de son auguste élève rendaient si agréable à remplir. Il fut forcé de la quitter; mais en la quittant il la vit occuper par un savant digne de lui succéder, M. Ferner, et il eut du moins la consolation d’avoir vu naître et d’avoir peut-être contribué à développer dans l’âme du prince ces deux qualités si nécessaires aux rois et si utiles à leurs peuples, l’amour de la gloire et ce sentiment d’estime, j’oserais même dire de vénération, que tous les grands princes ont eu pour les grands hommes. On a toujours vu les princes vraiment dignes «l’être les dépositaires de la félicité publique, accueil-
KM NGKNSTIEKN A.
lir et honorer ces hommes qui, donnant à leur siècle des exemples de vertu, préparent, par leurs lumières, le bonheur des siècles futurs; ces hommes qui, éclairant le monde et ne le troublant jamais , ne lui font point acheter leurs bienfaits; ces hommes enfin qu’on appelait philosophes, avant que ce nom fût devenu ou une accusation ou une injure. Nous ne craignons point de réclamer ici contre cette injustice, sous un prince qui, depuis qu’il règne, n’a voulu accorder sa confiance qu’à des amis des lumières et des vertus, c’est-à-dire, qu’à des philosophes, en prenant ce terme dans son acception la plus littérale et la plus vraie.
Le roi de Suède a consacré un monument à la mémoire de M. K-lingenstierna. Le restaurateur des sciences en Suède, et l’instituteur du prince royal, méritait cet honneur. Depuis, ce même prince a fait élever à Descartes un mausolée qui lui manque encore dans sa patrie. La vue de ces tombeaux inspire à la jeunesse suédoise le désir de mériter de pareils honneurs; elle console l’homme de génie des clameurs de l'envie, et elle le fortifierait contre les atteintes de la persécution, si, sous un roi vraiment éclairé, le génie avait des persécutions à craindre.
Mort le octobre 1765.