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mistes ; et si on ne peut pas assurer encore que les alkalis ne soient jamais une combinaison nouvelle des principes de la plante, produite par le feu, au moins est-il certain jusqu’ici que pinson a multiplié les expériences, plus elles se sont accordées à confirmer l’opinion de M. de Bourdelin.
Il examine dans un autre mémoire le sel volatil de succin : il y prouve que ce sel est acide; il trouve même entre cet acide et celui du sel marin des rapports capables d’en imposer : mais en physicien sage, il n’ose prononcer sur l’identité de ces deux acides; et les recherches qu’on a faites depuis ont prouvé combien sa circonspection était fondée, malgré tout ce que les apparences avaient de séduisant.
Ses deux mémoires traitent du sel sédatif, espèce d’acide concret, dont la combinaison avec l’alkali marin forme la substance connue sous le nom de borcui. M. de Bourdelin essaya d’en déterminer la nature; mais ses expériences ne le conduisirent qu’à détruire les conjectures formées par d’autres chimistes, sur l’identité de ce sel et des acides les plus connus. Jusqu’ici personne n’a été plus heureux dans cette recherche; et nous sommes encore dans l’ignorance sur la nature et l’origine de cette substance singulière , de laquelle de savants chimistes se sont occupés , et qui leur a paru offrir des indices de substances cuivreuses, d’acide vitriolique, d’acide marin , enfin d’un acide pareil à celui qu’on retire des graisses.
Le dernier de ces deux mémoires . sur le sel sédatif, est de 1755; et depuis ce temps, M. de Botir- II. 18
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delin n’a rien publié dans nos Mémoires. Il avait vu la chimie changer de face en France, par l’adoption des idées de Beker et de Stahl, à peu près comme dans le siècle dernier l’invention fies nouveaux calculs avait produit une révolution dans les sciences mathématiques.
Dans ce renouvellement de la géométrie, la plupart des géomètres, trop âgés pour se plier à une marche toute nouvelle, s’élevèrent contre l’usage de ce s calculs : M. de Bourdelin fut plus sage, et se contenta de suivre le fil des découvertes dont il ne pouvait partager l’honneur ; et il eut la modestie de ne plus écrire sur une science qui suivait des principes nouveaux, et qui avait adopté une langue nouvelle.
L’exactitude de ses expériences, et l’esprit de doute qu’on remarque dans ses ouvrages, font regretter qu’il n’en ait pas laissé un plus grand nombre; mais le changement arrivé dans la chimie ne fut pas la seule cause de sa longue inaction : l’amour de l’étude n’était pas son unique passion ; il en connaissait une plus forte, la bienfaisance. Il se livra à la pratique de la médecine, et se consacra surtout au traitement des pauvres ; il se dévoua à cette profession pénible, où le spectacle douloureux des malheurs qu’on ne peut soulager l’emporte sur le plaisir du bien qu’on a pu faire; où le médecin est obligé de payer les remèdes qu’il ordonne, et de nourrir les malades qu’il guérit. M. de Bourdelin ne regardait pas le soin qu’il prenait de visiter les pauvres, comme un essai de ses forces, comme une
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étude qui pouvait le rendre plus digne de traiter d’autres malades. S’il est une classe d’hommes devant qui l’inégalité des états doivent disparaître, ce sont les médecins. Témoins ou confidents nécessaires des maladies, des faiblesses et des passions, ils voient combien la nature a rapproché ceux que la différence des rangs ou des fortunes semble séparer le plus : aussi, au milieu de la pratique la plus brillante, M. de Bourdelin donna toujours la préférence ans pauvres, comme à ceux qui avaient le plus besoin de lui, et qui pouvaient le moins recourir à des mains habiles. Cependant, malgré le peu d’éclat que put lui donner la reconnaissance vraie mais obscure de ses malades , sa réputation s'étendit ; le succès des cours qu’il avait faits dans la faculté de médecine lui avait mérité l’estime de ses confrères; et grâces à sa modestie et à la douceur de son caractère, ces succès ne lui avaient point fait d’ennemis : ses discours, ses thèses avaient encore ajouté à sa réputation. On y reconnaît un médecin exact, patient, un sage observateur de la nature , instruit de ce que contient la foule immense des ouvrages de médecine , mais n’en adoptant les assertions que lorsque l’expérience et l’observation les lui avaient confirmées : à ce mérite essentiel se joignait celui d’une latinité élégante.
Dans les siècles d’ignorance, où le latin était la langue usuelle des savants, la nécessité de parler en latin de tout et sur-le-champ avait introduit une latinité plate et barbare, formée de mots, d’expressions, de tours des langues vulgaires, déguisés sous des terminaisons ou une syntaxe latine. Après la
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renaissance des lettres, cette latinité devint ridicule; et les médecins, qu’un poète philosophe avait cherché à corriger de ce qui leur restait d’une ancienne barbarie , s’empressèrent de renoncer au latin des écoles; mais, comme il arrive toujours, on alla un peu au delà du but. A une latinité trop commune, on substitua des expressions recherchées ; ces mots harbares furent remplacés par des termes choisis avec affectation; au style scolastique, succéda un style fleuri, trop peu assorti aux idées qu’il fallait rendre : le style de M. de Bourdelin n’était pas absolument exempt de ces défauts; mais il n’en avait gardé que ce qu’il fallait pour réussir alors.
La réputation qu’il avait acquise, en se livrant à sa bienfaisance, devint bientôt pour lui une ressource nécessaire. Le second mari de sa mère mourut en 173a, après avoir dissipé sa fortune et celle de sa femme; il laissait des dettes considérables, au payement desquelles elle s’était engagée. Quelque étrangères que ces dettes pussent paraître à M. de Bourdelin, elles intéressaient l’honneur de sa mère; il voulut les acquitter; il voulut lui assurer une subsistance indépendante et convenable à son état: ces sacrifices absorbèrent une grande partie de sa fortune.
M. de Bourdelin avait alors un frère encore mineur, à qui les lois 11e permettaient pas de partager les devoirs de son aîné: mais le premier soin du cadet, à l’époque de sa majorité, fut d’obliger son frere à lui accorder l’honneur de la moitié du sacrifice, et il l’obtint. M. de Bourdelin ne mit point
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d’orgueil à le refuser, il sentait que son frere avait le même droit que lui à cet acte de piété filiale ; et comme il était vraiment généreux, il devait être juste. Ces vertus simples et sans effort étaient héréditaires dans leur famille. Cependant, comme ils avaient été élevés loin des yeux paternels, elles n’étaient pas en eux l’ouvrage de l’éducation. Qu’il nous soit donc permis de croire que les vertus peuvent aussi se transmettre par le sang! Et pourquoi la nature nous aurait-elle condamnés à n’hériter de nos pères que des difformités et des maladies ? Pourquoi l’heureuse constitution , qui rend les vertus naturelles et faciles, ne se transmettrait-elle pas comme celle qui donne une santé vigoureuse?
M. de Bourdelin fut obligé de chercher dans l’exercice de la médecine un dédommagement de la perte de sa fortune : heureusement sa réputation était faite d’avance, et il n’eut qu’à en recueillir le fruit. Sa pratique était comme son caractère, simple, douce et patiente. On le voyait toujours suivre la nature, l’aider quelquefois, et ne la contrarier jamais ; nierrf|)loyant qu’avec une sage épargne les secours de l’art, et n’ajoutant qu a regret, aux dangers et aux douleurs de la maladie, les dangers et l’incommodité des remèdes ; aussi occupé de consoler et de soulager ses malades que de les guérir ; traitant chacun comme s’il était son ami et l’unique objet de ses soins; indulgent pour leurs caprices, compatissant pour leurs peines imaginaires , et n’ayant d’indifférence que sur la manière dont ses soins seraient récompensés.