‹ Œuvres de CondorcetChapitre 6 sur 90 · II · texte numérisé non relu

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l8 ELOGE DE L’ABBÉ PICARD.

Un projet si utile et surtout si grand méritait d’être adopté par Colbert: il le fut; la méridienne fut continuée. Les travaux, interrompus par la mort de ce ministre, ont été repris dans la suite. C’est à l’abbé Picard que nous avons la première obligation de la carte de la France, que MM. de Cassini ont poussée à une si grande perfection.

Les télescopes n’avaient servi , depuis leur découverte, qu’à mieux voir les corps célestes et à en découvrir de nouveaux. Il aurait été encore plus utile de savoir employer ces instruments à déterminer la position des astres, c’est-à-dire d’appliquer les télescopes au quart de cercle. En effet , les étoiles vues avec les télescopes sont débarrassées de leurs rayons; les planètes y paraissent mieux terminées, et dès lors on peut déterminer plus exactement la position des Fixes et le temps de leurs occultations; mesurer avec plus de précision le diamètre des planètes; connaître avec moins d’incertitude la grandeur et la durée d’une éclipse, l’instant précis où elle commence et celui où elle finit. Cette idée s’était présentée à Gascoigne, astronome anglais; mais elle était oubliée. L’abbé Picard, qui l’a renouvelée, qui a rendu ces opérations commodes et sûres, et a fait adopter cette méthode aux astronomes , doit être regardé comme inventeur. La date de cette découverte est l’année 1667.

Nous ne voyons pas les astres dans la direction du rayon qui passe du corps céleste à l’oeil de l’observateur, mais dans celle du rayon qui se brise en traversant l’atmosphère; la réfraction varie avec

ÉLOGF. DF. l’abbé PICARD. ig

la densité de l’air et le poids de l’atmosphère. Les anciens connaissaient cette réfraction et ses changements; mais ce n’est que dans le siècle dernier qu’on se proposa de déterminer avec quelque exactitude, et la quantité réelle des réfractions aux différentes hauteurs, et les lois de leurs variations.

L’abbé Picard eut beaucoup de part aux travaux que les astronomes exécutèrent alors sur cet objet. On a de lui des tables de réfractions , et un grand nombre d’observations faites tant à Paris qu’à Uranibourg. Plusieurs observations avaient conduit à soupçonner qu’il s’était glissé des erreurs dans la longitude et même dans la latitude que 'l’ycho-Brahé avait données à cette dernière ville.

Ce monument, le plus grand qui ait jamais été élevé aux sciences, ne subsistait plus. Maître de l’ile d’Huène, que Frédéric II, roi de Danemark, lui avait abandonnée , riche des bienfaits de ce prince et de son propre patrimoine, Tycho (i) y avait fait construire un magnifique observatoire qui dominait tout l’horizon ; un vaste édifice, consacré à des expériences dans toutes les parties des sciences naturelles, était près de l’observatoire. Tycho avait placé ses domestiques dans un bâtiment séparé, pour laisser tout entier aux sciences le temple qu’il leur avait consa-

(i) Tycho épousa une paysanne du village où il était né. Ce mariage le brouilla avec sa famille, et il fallut que Frédéric employât son autorité pour le récoucilier avec ses parents. Cette paysanne s’appelait Christine, et son nom est encore connu ; au lieu qu’on a parfaitement oublié et le nom des demoiselles qu’ont épousées les parents de Tycho, et meme celui de ces parents.

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