‹ Œuvres de CondorcetChapitre 7 sur 90 · ÉLOUF. DH LABBÉ PICARD · texte numérisé non relu

ÉLOUF. DH LABBÉ PICARD

cré. Le reste de l’ile était occupé par des cultivateurs qu’il avait appelés , et qui ne dépendaient que de lui; car Frédéric avait couronné tous ses bienfaits par le don plus précieux encore d’une indépendance entière. Tycho passa vingt ans dans cette terre heureuse, attaché sans distraction à ses travaux astronomiques. Mais les médecins ne lui pardonnaient point d’oser guérir quelques maladies avec des remèdes chimiques qui leur étaient inconnus, et que Tycho, qui les avait préparés dans son laboratoire , distribuait gratuitement. Les courtisans n’avaient pu voir sans indignation qu’un homme qui, né pour la cour, l’avait dédaignée , se fût élevé par son seul génie à une considération qu’ils n’avaient pu obtenir par des bassesses. Tous le calomnièrent auprès de Christiern, successeur de Frédéric; on lui ôta son île, et il fut obligé d’aller chercher la paix auprès de l’empereur Rodolphe, celui des princes de sa maison qui parait avoir le mieux senti l’avantage de gouverner des hommes éclairés. Tycho mourut dans son palais, laissant au nom de Brahé un éclat plus grand que celui de ses titres, et qui, lié à l’histoire de l’esprit humain, ne dépend point des vicissitudes des empires.

L’abbé Picard alla, en 1671, visiter l’ileHuène, et y chercher les restes d’Uranibourg. A peine en trouvat-il quelques vestiges: personne ne put lui fournir d’éclaircissements. Ce ne fut qu’à l’aide du plan que Tycho en avait donné qu’il put retrouver quelques positions. Il vit que l’erreur de la latitude était d’une minute, et celle de la longitude de plu-

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sieurs; et il revint avec la satisfaction d’avoir rendu à l’astronomie un grand nombre d’observations importantes, devenues inutiles par l’incertitude du lieu où elles avaient été faites.

L'élévation du pôle à Paris était un élément nécessaire pour les observations astronomiques, et les réfractions rendaient cet élément assez difficile à déterminer avec la précision rigoureuse qu’on commençait à exiger des astronomes. L’abbé Picard s’en occupa avec succès. Il n’y avait point de travaux qui fussent au-dessus de son courage ni au-dessous de son zèle, dès qu’il les jugeait utiles au progrès des sciences.

On n’avait pas imaginé avant lui qu’il fut possible de voir les fixes , lorsque le soleil est sur l’horizon : il apprit aux astronomes le moyen de les observer en plein jour. On ne peut pas trouver en astronomie une nouvelle classe d’observations, qu’il n’en naisse sur-le-champ ou de nouvelles découvertes, ou des moyens de donner à la théorie une plus grande exactitude.

C’est à l’abbé Picard qu’on doit la première exécution de l’ouvrage intitulé la Connaissance tles temps. Il le donna pour la première fois en 1679, et continua jusqu’à sa mort de le donner chaque année. Il n’a point été interrompu depuis. Ces éphémérides épargnent aux observateurs des calculs ou des recherches pénibles, en exposant, d’après les théories connues, les phénomènes qui doivent arriver chaque année. Par là, les astronomes sont à portée de saisir dans ces théories des erreurs qui 11e les

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auraient pas frappés, et les corrections que ces erreurs rendent nécessaires deviennent bien plus faciles. Enfin , chaque astronome y trouve quelles peuvent être dans l’année les observations intéressantes pour les objets de ses recherches. Aussi l’Académie des sciences a-t-elle toujours eu soin de charger de ce travail un savant, dont le nom, connu dans l’Europe , lui assurât la confiance des astronomes. Entre les mains de M. de Lalande, cet ouvrage n’est plus borné à l’utilité des simples éphémérides ; il est devenu un recueil précieux d’observations et de tables astronomiques.

Les travaux de Versailles exigeaient des nivellements immenses, dont on confia la direction à l’abbé Picard. Cet art n’était qu’une pratique grossière : il la corrigea ; et, dans son traité du nivellement, il mit les praticiens en état de parvenir, par le moyen de ses tables et d’opérations très-simples , à une exactitude supérieure à celle qu’exigent nos besoins.

Les anciens Mémoires de l’ Académie contiennent une excellente gnomonique de l’abbé Picard, et des recherches curieuses de dioptrique; il a aperçu le premier le phosphore qu’on voit dans la partie vide du baromètre, lorsqu’on y agite le mercure.

11 était né à la Flèche, on ignore en quel temps; mais on a de lui des observations faites en 1659. Dès 1680, il n’était plus en état d’exécuter par luimême les grands travaux dont il avait fait agréer le projet à Colbert ; et il termina en 1 684 une carrière toute remplie d’occupations utiles, qui lui donnent plus de droits à la reconnaissance des hommes qu’à

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la gloire , et dont les fruits s’étendront peut-être au delà de sa mémoire.

Nous ne connaissons de son caractère qu’un seul trait. Dans son voyage d’Uranibourg, il connut Roëiner, dont il devina le génie. Il l’appela en France, et lui procura la protection de Colbert et les bienfaits de Louis XIV. Moins sensible à l’intérêt de sa réputation qu’au plaisir de donner à sa patrie un homme qui lui serait utile, il ne fut point frappé de la crainte d’y avoir un rival occupé du même objet, et qui pouvait être dangereux pour sa gloire.

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Edme Mariotte naquit à Dijon, ou du moins il y passa une partie de sa vie. C’est de Dijon qu’il a daté plusieurs de ses ouvrages, et entre autres celui où il prouve que le nerf optique n’est pas l’organe de la vue. Peu de villes ont produit un plus grand nombre d’hommes de mérite, parce que peu de villes ont senti avec autant d’enthousiasme le prix des talents, et leur ont autant décerné d’hommages publics (i).

Mariotte est le premier philosophe français qui se soit livré à la physique expérimentale. D’un côté , il était assez profond dans la géométrie pour savoir faire usage des découvertes des géomètres ; de l’autre,

(i) Savoir si ce que je dis ici de la ville de Dijon est vrai ou non.

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il avait l’esprit assez philosophique pour ne tenter que les expériences qui pouvaient servir à faire mieux connaître la nature; en sorte qu’il sut déduire de ses expériences, avec une égale sagacité, ou des théories nouvelles, ou des preuves incontestables de théories déjà connues.

Les lois du choc des corps avaient été trouvées par une métaphysique et par une application de l’analyse, nouvelles l’une et l’autre, et si subtiles, que les démonstrations de ces lois ne pouvaient satisfaire que les grands mathématiciens.

Mariotte chercha à les rendre, pour ainsi dire, populaires, en les appuyant sur des expériences. Pour les faire avec précision, il fallait donner à des corps une direction et une vitesse déterminées. Mariotte employa le mouvement circulaire des corps graves , suspendus à un point. La théorie de ce mouvement, trouvée par Galilée, était encore peu connue; et il fallait, pour l’appliquer avec succès à des expériences, savoir vaincre ces petites difficultés de détail, que les inventeurs négligent presque toujours d’éclaircir. Les résultats des expériences de Mariotte furent exactement conformes aux lois que les géomètres avaient découvertes. Ainsi il donnait de ces lois une preuve que toutle monde pouvait entendre, et il montrait en même temps aux mathématiciens que la nature offre une foule de corps qu’ils peuvent, sans erreur sensible, regarder comme exactement durs, ou comme parfaitement élastiques.

Mariotte s’est fort occupé de la théorie des eaux, et il a cherché, comme dans tous ses autres ouvrages,

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à appuyer sa théorie sur des expériences auxquelles il put appliquer tout ce que la géométrie de son temps lui fournissait de secours. Son livre traite de l’hydrostatique, ou de la science de l’équilibre des liqueurs, et l’expérience lui en donne les premiers principes et les lois. Galilée et Pascal venaient de ressusciter cette science connue des anciens, et négligée des philosophes de l’école; et les expériences étaient alors la seule espèce de démonstration qui pût étendre la connaissance de ses principes.

Les théories nouvelles les mieux prouvées font peu de progrès, tant qu’elles ne sont appuyées que sur des principes abstraits; même les meilleurs esprits,accoutumés à certaines idées abstraites acquises dans la jeunesse, rejettent toutes celles qui ne se lient pas aisément avec les premières, et toutes les vérités spéculatives dont on ne peut leur donner des preuves sensibles sont absolument perdues pour eux. Ainsi, toutes les fois qu’un homme de génie propose des vérités nouvelles , il n’a pour partisan que ses égaux, et quelques jeunes gens élevés loin des préjugés des écoles publiques : le reste ne l’entend point ou l’entend mal, le persécute ou le tourne en ridicule. 11 ne peut échapper à ce malheur qu’en attaquant, avec des expériences palpables ou par la séduction de l’éloquence, des erreurs que le temps et l’ignorance ont consacrées, et contre lesquelles la raison seule n’agit qu’avec lenteur.

Après avoir mis les principes déjà connus de l*hydrostatique à l'abri de mauvaises objections, Mariotte chercha les lois du mouvement des fluides. Cette

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théorie, la plus difficile de toutes les applications de l’analyse à la mécanique, a été depuis l’objet des recherches de la plupart des grands géomètres. Les premiers ont cherché, comme Mariotte, des lois déduites de l’expérience, et qu’on put employer ensuite pour trouver dans tous les cas les mouvements des masses fluides; d’autres se sont élevés plus haut; et partant d’un seul principe, tel que l’égalité de pression, ou l’incompressibilité, ou la loi du ressort, ils ont déterminé le mouvement des fluides par celui de chacune de leurs particules (t). M. d’Alembert est le premier qui ait osé envisager cette théorie d’une manière si sublime ; il a iiiventé à la fois et le principe mécanique qui donne les équations de ces problèmes, et la nouvelle analyse nécessaire pour les résoudre. Mais cette théorie générale et directe est par elle-même si difficile, que jusqu’ici elle n’a pu servir dans la pratique qu’à montrer la nécessité de se défier de toutes les lois sur lesquelles Mariotte et ses successeurs avaient cru pouvoir établir leurs règles. Celles que Mariotte a déduites de ses expériences ne peuvent pas être employées, même pour l’usage ordinaire. En effet, il n’a examiné que les écoulements par les ouvertures faites à un vase de peu d’épaisseur; et comme, dans ce cas, la contraction de la veine est fort différente de ce quelle est lorsque l’écoulement se fait par des tuyaux additionnels, on a besoin de nouvelles expériences pour savoir calculer quelle est alors la dépense. M. l’abbé

(i) Parler ici de Dauiel Bernoulli.

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Bossut les a faites de manière à ne laisser aucun doute sur l’exactitude de ses résultats, ni sur la certitude des règles qu’il en a déduites. M. le chevalier de Borda et M. l’abbé Bossut ont fait encore, et sur l'action des machines hydrauliques, et sur la résistance des fluides, une suite d’expériences qui manquaient au Traité du mouvement des eaux, et qu’ils ont fondées sur une géométrie bien plus profonde que celle que Mariotte aurait pu employer. Ceux qui voudront juger combien les pas que la géométrie a fait faire à la physique ont été rapides, n’auront qu’à comparer ce Traité du mouvement des eaux de Mariotte, avec l’Hydrodynamique de l’abbé Bossut, ouvrage où l’auteur a su renfermer, dans un petit espace, ce qu’on peut trouver ailleurs de plus intéressant sur cette science, avec une foule de choses nouvelles qui lui appartiennent.

S’il n’y a aucune des matières traitées par Mariotte qui n’ait été plus approfondie dans d’autres ouvrages, il ne serait pas juste cependant de laisser le sien dans l’oubli. On y voit briller cette sagacité avec laquelle l’auteur savait faire les expériences, les calculer, en comparer les résultats avec les principes; et l’on y trouve des exemples singulièrement propres à diriger et à développer le talent des expériences dans ceux qui en ont le germe. Ainsi, dans la géométrie pure, quelle que soit la supériorité des nouvelles méthodes; quoique les ouvrages d’Archimède ou de Pascal n’offrent plus, même à un écolier, de vérités nouvelles; cependant il s’en faut bien qu’on doive en négliger la lecture, et que le spec-

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tacle cl’nn génie original , luttant contre les difficultés, puisse jamais être inutile.

Le discours de Mariotte sur la nature de l’air renferme encore une suite d’expériences intéressantes, et qui étaient absolument neuves. Elles prouvent que le ressort de l’air augmente sur la surface de la terre, en raison du poids dont l’air est chargé; et qu’ainsi, quelque fermé que soit un vaisseau, l’effort de cette élasticité sur une colonne de mercure est égal à celui du poids total de l’atmosphère, au moment où cet air en a été séparé. Cette vérité, si simple aujourd’hui, et qui même est devenue triviale, était alors une découverte fine et nécessaire pour répondre aux objections qu’on proposait encore contre les preuves de la pesanteur de l’air. On voit, en lisant le discours sur l’air, que Mariotte avait remarqué dans ce fluide la propriété de se combiner avec l’eau et avec d’autres liqueurs, et qu’il avait aperçu que cette combinaison n’était pas un simple mélange.

La différence essentielle qui existe entre la combinaison chimique et la composition qui naît du mélange, n’a été bien déterminée que dans ces derniers temps, où, en bannissant de la chimie le langage de la physique systématique, on en a banni en même temps les idées vagues ou fausses que ce langage y avait introduites. Mais n’a-t-on pas aussi passé le but ? n’a-t-on pas trop séparé deux sciences qui ne peuvent être que deux branches d’un même tronc? Le génie, qui cherche trop à généraliser, remplit à la vérité les sciences d’erreurs d’autant plus

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dangereuses qu’elles sont séduisantes; mais aussi, quand l’extrême circonspection , se bornant à augmenter la liste des faits isolés, n’ose les rapprocher pour en saisir les rapports et en former des théories, ne ralentit-elle pas la marche des connaissances? Heureusement la nécessité de plaire au public, tour à tour fatigué de systèmes ou ennuyé de compilations , oblige les savants à une alternative d’audace et de timidité, nécessaire au progrès de l’esprit humain.

I>e recueil des ouvrages de Mariotte contient une foule d’autres expériences sur le froid et sur le chaud, sur la vision, sur la lumière, etc. Partout on y trouve des faits nouveaux ou des vérités déjà connues; mais qui avaient besoin detre éclaircies ou prouvées, et sur lesquelles il ne laisse plus rien à désirer; ou des expériences qui détruisent les erreurs accréditées. Dans l’état où le respect superstitieux pour l’antiquité et l’esprit de système avaient mis la philosophie, il n’y avait rien de plus important ni de plus difficile que de la débarrasser de ces préjugés.

Mariotte est peut-être le physicien de son temps chez qui l’on trouve le moins d’opinions données pour des vérités, ou même érigées en principes.

Avouons cependant que lorsqu’il essaya de répéter les expériences de Newton sur la lumière , il les manqua, et qu’il établit, d’après les résultats des siennes, un système tout différent delà théorie de Newton. Dans cette seule occasion, la sagesse de son esprit et sa dextérité dans les expériences semblent

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l’avoir abandonné à la fois. Mais gardons-nous de croire que le désir de trouver des erreurs dans un homme déjà trop supérieur aux autres, ait rendu Mariotte si différent de lui-même. Peu de philosophes ont montré dans leurs écrits un amour de la vérité plus sincère et plus désintéressé.

11 y a un de ses ouvrages moins connu que les autres, et qui semble mériter quelques détails. C'est un essai de logique.

La logique, selon lui, est l’art de découvrir des vérités et de les prouver. Dans la recherche des vérités, on peut avoir à examiner si une proposition énoncée est vraie ou fausse, et alors c’est un théorème à prouver; ou bien on a seulement deux objets donnés qu’il faut comparer, soit un objet dont on connaît quelques rapports qui doivent servir à trouver les autres, et alors c’est un problème à résoudre. Il y a des moyens d’abréger ces recherches : dans chaque science, on connaît un certain nombre de vérités, ou de manières de comparer ses idées; il n’est plus question que de faire dépendre la vérité cherchée, ou d’une de ces vérités connues, ou d’une de ces opérations. Les sciences sont de trois espèces : les sciences intellectuelles, telles que la géométrie, l’algèbre (Mariotte semble même n’en point reconnaître d’autres, et tire tous ses exemples de celle-ci), les sciences naturelles et les sciences morales. Dans les sciences intellectuelles, la vérité de chaque proposition compliquée dépend de vérités plus simples, et celles-ci d’autres plus simples encore, qu’on appelle principes. ï.a solution de chaque problème

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dépend de même d’une suite d’opérations; d’où il résulte que plus on connaît de ces principes, que plus on est familiarisé avec ces opérations, plus la recherche de la vérité est facile. Les premiers principes des sciences intellectuelles sont les définitions, et il faut surtout y éviter l’abus des mots. Les premiers principes des sciences naturelles sont des faits généraux; ainsi, pour prouver une proposition physique, il faut prouver quelle énonce un fait général , dont la réalité est connue; et résoudre un problème physique n’est autre chose que constater par une suite d’expériences un fait général , soigneusement dépouillé de circonstances étrangères. Iaîs sciences morales ont deux espèces de principes. Les uns sont des propositions fondées sur le droit naturel , et que l’on regarde comme incontestables, quelle que soit l’origine de ce droit. Tels sont les axiomes, ll ne faut pus faire à autrui ce que nous ne voudrions pas

quon nous fil; Les lois doivent être faites pour le

bien de. ceux quelles obligent. Les autres sont des faits généraux qu’on découvre en observant les hommes. Les différents devoirs s’établissent par leur conformité avec les principes de la première espèce, et ceux de la seconde servent à régler notre conduite. Ainsi, c’est par le moyen des principes spéculatifs qu’on examine si un objet qu’on se propose est juste ou injuste; et lorsqu’on a trouvé qu’il est juste, les principes de la seconde espèce doivent fournir les moyens d’y arriver. Mariotte montre, par des exemples, comment on doit chercher la vérité dans les trois espèces de sciences, et dans les diffé-

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rentes hypothèses dont on vient de parler. Dans tous ces exemples , il a soin de n’admettre que des propositions bien prouvées d’avance, et de ne faire que «les opérations sures, des expériences exactes, et des observations justes. L’auteur remarque enfin que c’est l’art de découvrir la vérité qu’il expose, mais qu’il ne prétend pas en donner le talent : il se borne à «léterminer quelles espèces de moyens peuvent conduire à la vérité, et c’est aussi où l’art doit s’arrêter; le génie seul sait choisir entre ces moyens et les employer.

Quant à la manière de prouver les vérités connues, l’ouvrage de Mariotte ne contient rien qui ne soit dans tous les traités de logique. On peut regarder la sienne comme un exposé vrai de la méthode qu’il avait suivie dans ses recherches ; et il est intéressant de pouvoir observer de si près la marche d’un des meilleurs esprits dont l’histoire des sciences fasse mention. Les auteurs de logiques ne ressemblent que trop souvent aux mécaniciens qui donnent des descriptions d’instruments dont ils ne seraient pas en état de se servir.

Mariotte mourut en 1 684 • il était ecclésiastique, et le prieuré de Beaumont fut la récompense de ses travaux. On crut que c’était avoir servi Dieu «pie de s’être rendu utile aux hommes, et qu’ainsi ce ne serait pas faire un usage profane des biens de l’Église que d’en récompenser les services rendus à l’humanité. C’est Mariotte qui , le premier en France, a porté dans la physique un esprit d’observation et de doute, «•t qui a inspiré ce scrupule, cette timidité si néces-

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