ÉLOC.F DE M. DE MAUREPAS
qu’elle, est trop compliquée; celle qui est nécessaire à la pratique peut toujours, lorsqu’elle a été développée par les inventeurs , être mise à la portée de la force commune des esprits. M. de Maurepas sentit ces vérités, et crut devoir attacher à la marine des géomètres et des astronomes : non content d’employer ceux que lui offrait la capitale, il y appela le célèbre Bouguer, que sa modestie avait retenu dans sa patrie, et que la voix publique montrait au ministre comme un des hommes qui ont réuni, à un plus haut degré, le génie de l’expérience et de l’observation à des connaissances profondes dans les mathématiques.
L’art de la construction des vaisseaux , qui tient à la fois à tout ce que les sciences ont de plus abstrait et de plus profond, à ce que les arts mécaniques ont de plus difficile et de plus minutieux ; cet art se bornait en France à la simple routine : nos constructeurs n’étaient, pour ainsi dire, que des charpentiers. Non-seulement chacun d’eux s’assujettissait, dans ses constructions , à des plans particuliers que l’habitude, l’instinct ou quelques premiers succès le portaient à préférer ; mais ils faisaient même de ces plans une sorte de secret. M. de Maurepas voulut que l’art de la construction devînt une science, et surtout il crut utile d’en bannir toute espèce de mystère. Il savait que les secrets des arts, dont une politique peu éclairée rend quelques nations si jalouses , ne sont jamais assez bien gardés pour que le mystère soit utile, et qu’ils servent bien moins à donner à un peuple une supériorité exclu-
ÉLOGE DE M. DF. MAURErAS.
sive, qu’à tenir la nation tout entière dans la dépendance de quelques artistes , et opposer aux progrès de ces mêmes arts un obstacle presque insurmontable. Il fut aidé, dans ce projet, par un de ces hommes en qui le talent est indépendant de l’éducation. M. Olivier, constructeur de vaisseaux, vit que son art avait besoin du secours des sciences mathématiques , et il quitta tout pour les étudier. Plus il s’instruisait, plus il sentait le besoin d’une grande réforme. Il s’adressa directement au ministre, auquel il était inconnu; et le ministre, frappé de la justesse de ses vues, appuyées du suffrage de M. Duhamel , s’empressa de les seconder. M. Olivier fut envoyé en Angleterre pour y étudier un art qui alors y était plus avancé qu’en France. M. de Maurepas établit à Paris une école publique pour les constructeurs; il désira que cet art fût développé dans un ouvrage mis à leur portée ; il voulut répandre dans le public la connaissance des bois employés dans la marine, de leurs usages, de leurs différentes qualités. La direction de cette école, la composition de ces différents ouvrages , les expériences nécessaires pour confirmer ou rectifier les connaissances qu’on avait déjà; tous ces objets furent confiés à M. Duhamel , qui depuis longtemps avait mérité la confiance du ministre, par un zèle actif et désintéressé, par des conseils utiles en plus d’un genre, et qui tour à tour chimiste, physicien, botaniste ou mécanicien , a parcouru toutes les branches de l’agriculture et des arts, guidé dans toutes ses recherches par l’utilité publique, et pré-