ÉLOGE DE SI. DE VAUCANSON
ses alors en Europe; mais M. de Vaucanson croyait se devoir à sa patrie; il résista non*seuleinent à des offres avantageuses, mais au désir si naturel d’être auprès d’un prince, juge éclairé du mérite réel, et il garda le silence sur cette proposition honorable, sans chercher à faire valoir un sacrifice qui lui avait peu coûté ; mais il ne put se refuser la satisfaction d’en instruire le cardinal île Fleury, et de lui montrer quelle estime les princes étrangers savaient faire d'un talent qu’en France on avait vanté et négligé.
Peu de temps après, ce ministre attacha M. de Vaucanson à l’administration, et lui confia l’inspection des manufactures de soie, qui forment une des branches les plus importantes de notre commerce : cet objet occupa depuis M. de Vaucanson presque tout entier, et même il n’a pas étendu ses recherches au delà des moyens de perfectionner les préparations que doit subir la soie avant d’être employée ; il regardait, avec raison, ces premiers travaux comme la partie de l’art la plus importante, la plus difficile, et jusqu’alors la plus défectueuse.
Il existait pour ces différentes opérations des procédés ingénieux ; mais ces procédés ne conduisaient ni à donner à volonté aux diverses espèces de soie le juste degré d’apprêt qu’on voulait qu’elles eussent, ni à rendre cet apprêt égal pour toutes les bobines ou tous les écheveaux d’un même travail, et pour toute la longueur du fil qui formait chaque bobine ou chaque écheveau : cette régularité dans le travail exigeait une précision qui obligea M. de Vaucanson à imaginer non-srulemenl les machines en
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elles-mêmes, mais encore les instruments nécessaires pour exécuter avec régularité, et d’une manière uniforme, les différentes parties de ces machines. Ainsi, par exemple, une chaîne sans fin donnait le mouvement à son moulin à organsiner, et M.deVaucanson inventa une machine pour former la chaîne de mailles toujours égales. Cette machine est regardée comme un chef-d’œuvre ; toutes les courbures que peut avoir le fil de fer sont redressées; toujours coupé de la même longueur, il reçoit deux plis toujours égaux; à chaque extrémité un crochet toujours semblable est destiné à recevoir le fil qui formera la maille suivante, et lorsque la chaîne est faite dans toute sa longueur, une autre machine plus simple réunit les deux mailles extrêmes, et achève la chaîne sans fin; si quelques mailles viennent à briser, la même machine sert à les remplacer, et à réunir cette partie nouvelle aux deux extrémités de ce qui reste de l’ancienne chaîne.
On n’a fait contre les machines de M. de Vaticanson qu’une seule objection : on a dit que le prix de la soie préparée par sa méthode ne dédommageait point des dépenses qu’elle entraînait. Quand même cette objection serait fondée , elle ne nuirait pas à sa gloire ; il a vu les défauts des méthodes employées avant lui; il a donné les moyens non-seulement de les corriger, mais de porter dans cette fabrique une égalité, une perfection supérieure à ce qu’on aurait à peine osé désirer, et dès loi* il a rempli tout ce qu’on doit attendre du génie d’un mécanicien. C’est à ceux qui s’occupent de la pratique des arts, à con-