ACTE IV, SCÉNÉ IV. idg
ATR^E.
C'eût été pour Atrée une perte funeste , S'il eût fallu te rendre à d'autres qu'à Thyeste. Le destin ne pouvoit (ju'en te donnant à lui , Me consoler d'un bien qu'il m'enlève aujourd'hui. Euristhène , sensible aux larmes de ta mère.
Est celui qui me fit de son bourreau ton père : Instruit de mes fureurs , c'est lui dont la pitié Vient de vous sauver tous de mon inimitié.
(à Thyeste.)
Thyeste, après ce fils que je viens de te rendre , Tu vois si désormais je cherche à te surprendre. Reçois Je de ma main pour garant d'une paix Que mes soupçons jaloux ne troubleront jamais. Enfin, pour t'en donner une entière assurance. C'est par un fils si cher que ton frère commence. En faveur de ce fils , qui fut long-temps le mien, De mon sceptre aujourd'hui je détache le tien. Rentre dans tes états sous de si doux auspices , Qui de notre union ne sont que les prémices.
Je prétends que ce jour, que souilloit ma fureur. Achève de bannir les soupçons de ton cœur.
Thyeste , en çroiras-4:u la coupe de nos pères ? Est-ce ofifrir de la paix des garants peu sincères 7 Tu sais qu'aucun de nous , sans un malheur soudain ; Sur ce gage sacré n'ose jurer en vain; C'est sa perte , en un mot : cette coupe fatale Est le serment du Styx pour les fils de Tantale. . Je veux bien aujourd'hui , pour lui prouver ma foi , En mettf e le péril entre Thyeste et moi :
igo ATRÉE ET THTESTE.
Veut-il bien , à son tour ^ que la coupe sacrée Achève l'union de Thyeste et d' Atrée ?
THYBSTÉ»
Pourriez-youâ m'en offiîr un gage plus sacré
Que de me rendre un fils? Mon cœur est raséuré;
Et je ne pense pas que le don de Plisihène
Soit un présent, seigneur , que m'ait fait votre haine.
J'accepte cependant ces garants d'une paix
Qui fait depuis long-temps mes plus te&dres souhaits.
Non que d'aucun détour un frère vous soupçonne j
A la foi d'un grand roi Thyeste s^abàtidotme 5
S'il en reçoit enfin des gages en ce jour ,
C'est pour vous rassurer suf la sienne à son tour.
ATRÉE
Pour cet heUreut moment qu'en ces lieux tout s'apprête; Qu'un pompeux sacrifice en précède la fête j Trop heureux si Thyeste , assuf é de la paix > Daigne la regarder comme un de mes bienfaits I Vous qui de mon courroux avez sauvé Plisthèné , C'est vous de ce grand jour que je charge, Euristhène; J'en remets à vos soins la fête et les apprêts : Courez tout préparer au gré de mes souhaits.
Mon frère n'attend plus que la coupe sacrée j * Offrons-lui ce garant de l'amitié d'Atrée.
Puisse le nœud sacré qui doit nous réunir Effacer de son cœur un triste souvenir !
. Pourra-t-il oublier. ...
TltYESTÉ.
Tom , jusqu'à sa mîsère.
Il ne se souvient plus que d'un fils et d'un frère.