SCÈNE V
ATRÉE, THYESTE, gardes.
ATRÉE
Cher Thyc8te , approchez. D'où nait cette frayeur?
Quel déi]laisir si prompt peut troubler votre cœur ?
Vous paroissez saisi d'une douleur secrète ,
Et ne me montrez plus cette âme satisÊdte
Qui sembloit respirer la douceur de la paix :
Ne seroit-elle plus vos plus tendres souhaits ?
Quoi ! de quelques soupçons votre âme est-elle atteinte?
Ce jour , cet heureux jour est-il fait pour la crainte ? .
Mon frère, vous devez la bannir désormais ;
La coupe va bientôt nous unir pour jamais.
Goûtez-vous la douceur d'une paix si parfaite ?
Et la souhaitez^vous comme je la souhaite ?
N'étes-vous pas sensible à ce rare bonheur?
THYESTE
Qui? moi , vous soupçonner ou vous haïr, seigneur !
Les dieux m'en sont témoins , ces dieux qu'ici j'atteste.
Qui lisent mieux que vous dans l'âme de Thyeste.
Ne vous offensez point d'une vaine terreiu-
Qui semble malgré moi s'emparer de mon coeur.
Je le sens agité d'une douleur mortelle :
Ma constance succombe ; en vain je la rappelle ;
Et depuis un moment mon esprit abattu
Laisse d'un poids honteux accabler sa vertu.
Cependant près de vous un je ne sais quel charme