‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 117 sur 287 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ATRÉE, THYESTE, gardes.

ATRÉE

Cher Thyc8te , approchez. D'où nait cette frayeur?

Quel déi]laisir si prompt peut troubler votre cœur ?

Vous paroissez saisi d'une douleur secrète ,

Et ne me montrez plus cette âme satisÊdte

Qui sembloit respirer la douceur de la paix :

Ne seroit-elle plus vos plus tendres souhaits ?

Quoi ! de quelques soupçons votre âme est-elle atteinte?

Ce jour , cet heureux jour est-il fait pour la crainte ? .

Mon frère, vous devez la bannir désormais ;

La coupe va bientôt nous unir pour jamais.

Goûtez-vous la douceur d'une paix si parfaite ?

Et la souhaitez^vous comme je la souhaite ?

N'étes-vous pas sensible à ce rare bonheur?

THYESTE

Qui? moi , vous soupçonner ou vous haïr, seigneur !

Les dieux m'en sont témoins , ces dieux qu'ici j'atteste.

Qui lisent mieux que vous dans l'âme de Thyeste.

Ne vous offensez point d'une vaine terreiu-

Qui semble malgré moi s'emparer de mon coeur.

Je le sens agité d'une douleur mortelle :

Ma constance succombe ; en vain je la rappelle ;

Et depuis un moment mon esprit abattu

Laisse d'un poids honteux accabler sa vertu.

Cependant près de vous un je ne sais quel charme

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