‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 123 sur 287 · TRÉE · texte numérisé non relu

TRÉE

A ce prix j'accepte le présage :

Ta main , en t'inunolant , a comblé mes souhaits ; Et je jouis enfin du firuit de mes forfaits.

ELECTRE

TRAGÉDIE

Représentée pour la première fois le i4 décembre 1708.

Se louer ou se plaindre du public, style ordinaire des préfaces. Jamais auteur dramatique n'eut une plus belle occasion de suivre un usage que la va* nité de ses confrères a consacré dès long-temps. En effet , je sais peu de pièces dont on ait parlé plus diversement que de celle-ci ; et il n'y en a peut-être point qui ait mieux mérité tout le bien et tout le mal qu'on en a dit. Mes amis d'une part, les critiques de l'autre , ont outré la matière sur cet article. C'est donc aux gens indifférents que ceci s'adresse , puisque ce sont eux qui doivent être précisément à notre égard ce qu'on appelle public. On me reproche des longueurs dans mes deux premiers actes , trop de complication dans le sujet Je passe condamnation. La sortie d'Electre de dessus la scène , dans le premier acte , y laisse un vuide qui le £siit languir dans tout le reste. Une bonne partie du second tient plus du poëme épique que du tragique : en un mot , les descriptions y sont trop fréquentes. Trop de complication ? A cela , je n'ai qu'une chose à répondre : le sujet ^Electre est si simple de lui-même , que je ne crois pas qu'on puisse le traiter avec quelque espé-

2o8 PRÉPAIÎIE.

rance de iuctès ; er^ le tJéhtiàûftPé^iSdcîéy. Il irtagît de faire périfr les lùetit^triei»^ d'Agatriëtûikdn'fdfci n^attend pottF cela que le retôlrt' tFOi^îsIte.'Ortlitè' arrivé , sa reconttoissàtice fiaifè aved Islà iéWui'/vbilâ la pièce à son déflouètneiit; QiïelqatI pdhe'qfd'attt l'action à être une^^ttrmi'tant d'intéihêfe diWrtV j'aime imeux encere «tôlr fchâi^gë mbh'stijét^é'éfil^ socles que de déclamations: lyarllèwstiotre tbé&tre soutient malaisémehtcette'sitti|rlicité fe*e&étîe*desr anciens : non qu'elle ne soitbonrie',''mftlis dtl n'est pas toujours sur Ae plaire en lày ârtacfaànt"é)iaé^ tement P^ur l'aaiftchronisme qa*orf'ni4n)ptrtt* suf r4ge d'Oreste , ce seroit foire itijure à'ceûic quionf fait cette critiqwe , que d'y répc^ndw. Il dut ùe -pas* entendre le théatreyp^wr n^pas sîlvt^^'qttela^sôiit nos droits sur les époques. Je renvoie là-des^s à Xipharès , dans Mithridate ; à Narcisse , dans Bri-^ iannicuif. FairenaîtreOrest» avant ou^aprèo 1« siège de Troie , n'est pfeis un point qui' doive être-liik gieux dans un poëme. 9'ai inen un a^tre |iroi^à soutenir contre les zélateurs^ de l'antiquité ^«plu^ considérable selon euxv plt»- léger encore ^sefton moi que le précédent : c'esH Fafnoor«d'Éleotre;*c'6st l'audace que j'ai eue de lui donner des sentiments* que So]^hocle s'est bien gardé de* Itti donner: Ilest vrai qu'ils n'étoient point en usage sur la scène de son temps ; que, s'il eût vécu du nètre , il eût peut*

PRÉFACE; ^g

être feit comme moi. Cela ne laisse pas d'être u» attentat jusque-là inouï , qui a soulevé contre uto moderne inconsidéré toute cetjte région idolâtre où il ne manque plus au culte qu'on y rend aux anciens, que des prêtres et des victimes. En vain quelques sa^es protestent contre cet aljus : les préjugés prévalent; et la prévention va si loin , que tels qui ne connoissent les anciens que de nom, qui ne savent pas seulement m, Sophocle étoit Grec ou François , sur la foi des dévots de l'antiquité ant prononcé hardiment contre moi Ce n'est point la tragédie de Sof^hode ni celle d'Euripide que je donne; c'est la mienne. A-t-on fait le procès aux peintres qui depuis Apelles ont peint Alexandre autrement que le foudre à la.main ?

Dussent les Grecs encor fondre sur un rebelle ,

je dirai que si j')8ivois quelque chose à imiter de Sophocle , cène seroit assurément pas son Electre^ qu'aux beautés près , desquelles je ne fais aucune comparaison , il y a peut-être dans sa pièce bien autant de défauts que dans la mienne. Loin que cet amour dont on fait un monstre en soit un , je prétends qu'il donne encore plus de forc^ au caractère d'Electre, qui a dans Sophocle plus de férocité que de véritable grandeur : c'est moins la mort de son père qu'elle venge , que ses propices

aïo PB£FACi£.

malheurs. Triste objet des fureurs d'Égisthe et de Clytemnestre ^ n'y a-t-il pas bien à s'étonner qu'Electre ne soit occupée que de Sa yengeance ? Ne faire précisément que ce qu'on doit, quand rien ne s'y oppose en secret , n'est pas une vertu ; mats vainc^Ne un penchant presque toujours insurmontable dans le cœur humain , pour faire son devoir, en est une des plus grandes. Une princesse dans un état aussi eruel que celui oè se trouvé Electre, dira-t-on , être amoureuse! Oui, amoureuse. Quels cœurs sdnt inaccessibles à l'amour ! Quelles situations dans la vie peuvent nous mettre à l'abri d'une passion si involôntail^ ? Plus on est malheureux , plus on a le cœur aisé à attendrir. Ce n'est point un grand fonds de vertu qui nous garantit de l'amour ; il nous empêche seulement d'y succomber. Il y a bien de la différence d'ailleurs de la sensibilité d'Electre à une intrigue amoureuse. Les soins de son amour ne sont pas de ces soins ordinaires qui font toute la matière de nos romans : c'est pour se punir de la foiblesse qu'elle a d'aimer le fils du meurtrier de son père , qu'elle veut précipiter les moments de sa vengeance , sans attendre le retour de son frère. Enfin, selon le système de mes censeurs , il ne s'agit que de rendre Electre tout- à- fait à plaindre : je crois y avoir mieux réussi que Sophocle , Euripide , Eschyle ,

PRÉFACE. an

et tous ceux qui ont traité le même sujet. C'est ajouter à ^horreU^ du sort de Dette princeâsè y ^ué d'y joindre une passion dont la côtm^atdlié ^ les remords ne fcmt pas toujon^ les plus graculA malbeuiN^ Lè^ SèUl défetit die Thartmf dlÊléctn^ , si j'en crois mes amis qui KHtt flattélit te tiloins , c'est qu'il mer produit pi» asMsi d^éyé«eM«nts ém» tenté la pièce ; et c'est en effet tout ce qu'on pefut iraisônnabtetMUt^ me reptt>ebef ^Uf ce diaphre.

PERSONNAGES

CIîYTEMNBSTRE, veuve d'Agamemnon , et

femme d'Égisthe* *

ORESTE, fils d'Agam^nnon et de Clytemnesire,

roi de Mycènes^ élevé sous le nom de Tydée.

ELECTRE, sœur d'Oreste.

ÉGISTHE, fils de Thyesie, et meurtrier d'Agâmemnon.

ITYS, fils d'É^the, mais d'ui&e autre mère (jaê Çlytemnestre.

IPHIANASSE, sœurd'Itys.

PALAMÈDE, gouverneur d'Oreste.

ARC AS, ancien officier d'Agamemnon.

ANTÉNOR, confident d'Oreste.

MÉLITE, confidente d'Iphianasse^.

Gardes.

La scène est à Mycènes , dans le palais de ses rois^

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