‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 124 sur 287 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

E LE C T RE ^ «eule.

lÉ MOIN du crime affreiix que poursuit ma vengeance^

nuit ! dont tant de fois j'ai troublé le silence ,

Insensible témoin de mes vives douleurs ,

Electre ne vient plus te confier des pleurs ;

Son cœur , las de nourrir un désespoir timide ,

Se livre enfin sans crainte au transport qui le guide-

Favorisez, grands dieux, un si juste courroux ;

Electre vous implore , et s'abandonne à voua.

Pour punir les forfaits d'une race funeste ,

J'ai compté trop long-temps sur le retour d'Oreste :

C'est former des projets et des vœux superflus ;

Mon frère malheureux, sans doute, ne vit plus.

Et vous , mânes sanglants du plus grand roi du monde ^

Triste et cruel objet de ma douleur profonde,

Mpn père , s'il est vrai que sur les sombres bords

3i4 ELECTRE.

Les malheurs des vîyaDts poissent tonclier les morts ^

Ah ! combieo doit frémir ton ombre infortunée

Des maux où ta Êimille est encor destinée T

C'étoît peu que les tiens, altérés de ton sang ,

Eussent osé porter le couteau dans ton flanc ;

Qu à la face des dieux le meurtre de mon père

Fût , jKJur eotnMe dTiorreurs , le crime de ma mère y

C'est peu qu'en d'autres mains la perfide ait remis

Le sceptre qu'après toi deyoit porter ton fils.

Et que dans mes malheurs Égisthe qui me brave ,

Sans respect , sans pitié , traite Electre en esdaye :

Pour m accabler encor ^ son fils audacieux ,

Itys , jusqu'à ta fille ose lever les yeux.

Des dîeusL et des mortels Electre abandonnée

Doit ce jour à sou sort s'unir par l'hyménée ,

Si ta mort, ui mspirant un courage nouveau ,

N'en éteint par mes mains le coupable flambeau.

Mais qui peut retenir le courroux qui m'anime ?

Clytemnesu^e osa bî^i s'armer pour un grand orîrae.

Imitons sa fiireur par de plus nobles oaup3;

Allons à CCS autels , où m'attend son époux ,

Immoler avec lui Famant qui nous outrage ;

C est la le moindre effort digne de mon courage.

Je le dfiïis-. ., D où vient donc que je ne le fais pas?

Ali I si c'étou l'amour qui me retint ie bras !

Pardonne , Âgam^nnon ; pardonne , ombre trop chère:

Mon cœur n'a point bràlé d'une flamme adultère j

Ta fille, de concert avec tes assassins,

A a point puii? sur toi de parricides mams ;

J ai tout tait pour venger ta perte déplorable.

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