‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 157 sur 287 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

ELECTRE

Et quel est-il , seigneur ?

Que dis*je ^puis-*je çncor méconnottre inon frère ? Wen doutons plus , c'est lui.

O RESTE

Madame , c'efct mon père.

ELECTRE

Votre père , seigneur ! et d'où vient qu'aujourd'htd Oreste à mon secours ne vient point avec lui ? Peut-il abandonner une triste princesse ?

Est-ce ainsi qu'à me voir son amitié s'empresse ?

ORESTE

Vous le savez, Oreste a vu les sombres bords ; Et l'on ne revient point de f empire des m#rts.

ELECTRE

Et n'avez-vous pas cru ,%eigneur, qu'avec Oreste

Palamède avoit vu cet empire funeste ?

Il revoit cependant la clarté quîf nous luit :

Mon frère est-il le seid que le destin poursuit?

Vous-même , sans espoir de revoir lé rivage ,

Ne trouvâtes-vous pas un port dans le naufrage ?

Oreste, coqu^tous, peut en être échappé.

Il n'est ^poki^ffSfM, seigneur, vous vous êtes trompé.

J^ai vu dans ce palais une marque assurée

Que ces lieux ont revu le petit-fils d'Atrée ,

Le tombeau de mon père encor mouillé de pleurs.

Qui les auroit versés ? qui l'eût couvert de fleurs ?

Qui l'eût orné d'un fer ? quel autre que mon frère

L^eût osé consacrer aux mânes de mon père ?

254 ELECTRE

Mais quoi ! vous vous trouble? !^Âh ! mon frère est icL

Hélas ! qui mieut que vous en doit être ^lairci ?

Ne me le cachez point ^ Oreste vit encQWSi

Pourquoi me fuir? pourquoi vouloir qpp j^ Tignore?

J'aime Oreste, seigneur; un .malheureux amour

N'a pu de mon espr^ le bannir un seul jour :

Rien n'égale l'ardeur qui pour lui m'intéresse.

Si vous saviez pour lui jusqu'où va ma tendresse ^

Votre cœur frémiroit de l'état où je suis ,

Et vous termineriez mon trouble et mes ennuis.

Hélas ! depuis vingt ans que j'ai perdu mon père ,

N'ai-je donc pas assez éprouvé de misère?

Esclave dans les lieux d'où le plus grand des rois

A l'univers entier sembloit donner des lois ,

Qu'a fait aftx dieux cruels sa malheureuse fille ?

Quel crim^ contre Electre ariiie enfin sa famille?

Une mère en fureur la hait elf la poursuit ;

Ou son frère n'est plus , ou le cruel la fuit.

Ah ! donnez-moi la mort, ou me rendea^ Oreste ;

Rende^moi, par pitié, le seul bien qui me reste.

ORESTE

Eh bien ! il vit encore ; il est même <^ ces lieux. Gardez-vous cependant. , . . ^^P^

ELECTRE

Qu'il paroisse à mes yeu3{.

Oreste , se peut-il qu'Electre te revoie ?

Montrez-le-moi , dussé-je en expirer de joie. Mais , hélas ! n'est-ce point lui-mênae que je voi ? C'est Oneste , c'est lui , c'est mon frère et mon roi.

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