ACTE V, SCÈNE IL àj
Si je pouvois payer tant d'amour de ma haine.
ITYS
Je ne suis point haï î Comblez donc toud les voeux
Du cœur le plus fidèle et le plus amoureux.
Vous n'avez plus de haine ! Eh bien ! qui vous arrête ?
Les autels sont parés, et la victime est prête :
Venez sans différer, par des nœuds éternels.
Vous unir à mon sort aux pieds des immortels.
Égisthe doit bientôt y conduire la reine ;
Souffrez que sur leurs pas mon amour vous entraîne : '
On n'attend plus que vous.
ELECTRE, à part.
On n'attend plus que moi!
Dieux cruels ! que ce mot redouble mon effroi I
(haut.)
Quoi ! tout est prêt, seigneur?
ITYS
Oui , ma chère princesse/
ELECTRE
Hélas!
ITYS
Ah ! dissipez cette sombre tristesse.
Vos yeux d'assez de pleurs ont arrosé ces lieux : Livrez-vous à l'époux que vous offrent les dieux. Songez que cet hymen va finur vos misères ; Qu'il vous fait remonter au trône de vos pères j Que lui seul peut briser vos indignes liens , Et terminer les maux qui redoublent les miens. Le plus grand de mes soins, dansl'ardeur qui m'anime. Est de vous arracher au sort qui vous opprime.
!^6^ ELECTRE
Mycènes vous déplaît : eh bien ! j'en sortirai ; Content du nom d'époux, partout je vous suivrai , Trop heureux , pour tout prix du feu qui me consume. Si je puis de vos pleurs adoucir l'amertume ! Aussi touché que vous du destin d'un héros....
ELECTRE
Hélas ! que ne fait-il le plus grand de mes maux I Et que ce triste hymen où ton amour aspire.... Cet hymen.... Non, Itys, je ne puis y souscrire. J'ai promis; cependant je ne puis l'achever.
Ton père est aux autels , je m'en vais l'y trouver ; Attends-moi dans ces lieux.
• ITXS.
Et vous êtes sans haine !
Aux autels, quoi ! sans moi? Demeurez, inhumaine ; Demeurez , ou bientôt d'un amant odieux Ma main fera coider tout le sang à vos yeux.
Vous gardiez donc ce prix à ma persévérance ?
ELECTRE
Ah ! plus tu m'attendris, moins notre hymen s'avance.
ITYS, se jetant à ses genoux!
Quoi ! VOUS m'abandonnez à mes cruels transports !
ELECTRE
Que fais:tu, malheureux? Laisse-moi mesTcmords; • Lève-toi : ce n'est point la haine qui me guide.