‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 174 sur 287 · ACTE V, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IX

VouIe2i-vous me donner la mort, mon cher Oreste?

ORESTE

Ah ! ne prononcez plus ce nom que je déteste.

Et toi que fait frémir mon aspect odieux ,

Nature , tant de fois outragée en ces lieux ,

Je viens de te venger du meurtre de mon père;

Mais qui te vengera du meurtre de ma mère ?

Ah! si pour m'en pimir le ciel est sans pouvoir.

Prêtons-lui les fureurs d'un juste désespoir.

O dieux! que mes remords, s'il se peut, vous fléchissent !

Que mon sang, que mes pleurs, s'il se peut, t'attendrissent.

Ma mère ! vois couler. ...

(Il veut se tuer.)

PALAMEDE, le désarmant.

Ah, seigneur!

ORESTE

Laisse-moi:

Je ne veux rien, cruel, d'Electre ni de toi : Votre cœur, affamé de sang et de victimes.

M'a fait souiller ma main du plus affreux des crimes. ... Mais quoi! quelle vapeur vient obscurcir les airs? Grâce au ciel , on m'entr ouvre un chemin aux enfers : Descendons, les enfers 'n'ont rien qui m'épouvante; Suivons le noir sentier que le sort me présente ; Cachons-nous dans l'horreur de l'éternelle nuit. Quelle triste clarté dans ce moment me luit?

Qui ramène le jour dans ces retraites sombres? Que vois-je? mon aspect épouvante les ombres! Que de gémissements! que de cris douloureux ! « Oreste ! » Qui m'appelle en ce séjour aflfreux ?

2l86 Electre.

Ëgi&the! Ah! c'en est trop, II faut qu'à ma colère.... Que voispje? dans ses mains la tête de ma mère! Quels regards! Où fuirai-je? Ah! monstre furieux. Quel spectade oses-tu présenter à mes yeux ?

Je ne souffi^e que trop ; monstre cruel , arrête ; A mes yeux effrayés dérobe cette tête.

Ah ! ma mère, épargnez votre malheureux fils. Ombre d'Agamenmon, sois sensible à mes cris; J'implore ton secours, chère ombre de mon père; Viens défendre ton fils des fureurs de sa mère ; Prends pitié de l'état où tu me vois réduit.

Quoi! jusque dans tes bras la' barbare me suit!... C'en est fait! je succombe à cet affreux supplice. Du crime de ma main mon cœur n'est point coniplice ; J'éprouve cependant des tourments infinis.

Dieux ! les plus criminels seroient-ils plus punis?

PIN d'blectre.

RHADAMISTHE

ET

ZENOBIE,

TRAGÉDIE

Représentée pour la première fois le i4 décembre 17 ii.

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