‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 177 sur 287 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ZENOBIE^ sous le nom d*IsMBirxE; PHËNICE.

ZENOBIÏ.

An ! laisse-moi , Phénice ; à mes mortels ennuis ; Tu redoubles Tborreur de Fëtat où je suis : Laisse-moi. Ta pitié , tes conseils et la vie ,■ Sont le comble des maux pour la triste Ismënie. Dieux justes ! ciel vengeur, effroi des malheureux ! liC sort qui me poursuit est-il ass<ez affi^eux ?

PHÉNIÇE.

Vous verrai-je toujours , les yeux baignésoe larmes ,

294 RHADAMISTHE ET ZÉNOBIE.

Par d'éternels transports remplir mon cœur d'Slarmes?

Le sommeil en ces lieux versé en v^in ses pavots;

La nuit n'a plus pour vous ni douceur ni repos.

Cruelle ! si l'amour vous éprouve inflexible ,

A ma triste amitié soyez du moins sensible.

Mais quels sont vos malheurs ? Captive da ns des lieux

Où l'amour soumet tout au pouvoir de vos yeux ,

Vous ne sortez des fers oh vous fûtes nourrie ,

Que pour vous asservir le grand roi d'Ibérie.

Et que demande encor ce vainqueur des Romains ?

D'un sceptre redoutable il veut orner vos mains.

Si , rebuté des soins où son amour l'engage ^

Il s'est enfin lassé d'un inutile hommage ,

Par combien de mépris , de tourments , de rigueur ,

N'avez-vous pas vous-même allumé sa fureur !

Flattez , comblez ses vœux, loin de vous en défendre ;

Vous le verrez bientôt plus soumis et plus tendre.

ZENOBIE.

Je connois mieux que toi ce barbare vainqueur , Pour qui, mais vainement, tu veux fléchir mon cœur. Quels que soient les grands noms qu'il tient de la victoire. Et ce front si superbe où brille tant de gloire ; Malgré tous ses exploits , l'univers à mes yeux N'offre rien qui me doive être plus odieux.

J'ai trahi trop long-temps ton amitié fidèle : Il faut d'un autre prix reconnoître ton zélé , Me découvrir. Du moins , quand tu sauras mon sort , Je ne te verrai plus t'opposer à ma mort.

Phénice , tu m'as vue aux fers abandonnée , Dans uti aBSiisseinent où je ne suis point née.

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