SCÈNE PREMIÈRE
ZENOBIE^ sous le nom d*IsMBirxE; PHËNICE.
ZENOBIÏ.
An ! laisse-moi , Phénice ; à mes mortels ennuis ; Tu redoubles Tborreur de Fëtat où je suis : Laisse-moi. Ta pitié , tes conseils et la vie ,■ Sont le comble des maux pour la triste Ismënie. Dieux justes ! ciel vengeur, effroi des malheureux ! liC sort qui me poursuit est-il ass<ez affi^eux ?
PHÉNIÇE.
Vous verrai-je toujours , les yeux baignésoe larmes ,
294 RHADAMISTHE ET ZÉNOBIE.
Par d'éternels transports remplir mon cœur d'Slarmes?
Le sommeil en ces lieux versé en v^in ses pavots;
La nuit n'a plus pour vous ni douceur ni repos.
Cruelle ! si l'amour vous éprouve inflexible ,
A ma triste amitié soyez du moins sensible.
Mais quels sont vos malheurs ? Captive da ns des lieux
Où l'amour soumet tout au pouvoir de vos yeux ,
Vous ne sortez des fers oh vous fûtes nourrie ,
Que pour vous asservir le grand roi d'Ibérie.
Et que demande encor ce vainqueur des Romains ?
D'un sceptre redoutable il veut orner vos mains.
Si , rebuté des soins où son amour l'engage ^
Il s'est enfin lassé d'un inutile hommage ,
Par combien de mépris , de tourments , de rigueur ,
N'avez-vous pas vous-même allumé sa fureur !
Flattez , comblez ses vœux, loin de vous en défendre ;
Vous le verrez bientôt plus soumis et plus tendre.
ZENOBIE.
Je connois mieux que toi ce barbare vainqueur , Pour qui, mais vainement, tu veux fléchir mon cœur. Quels que soient les grands noms qu'il tient de la victoire. Et ce front si superbe où brille tant de gloire ; Malgré tous ses exploits , l'univers à mes yeux N'offre rien qui me doive être plus odieux.
J'ai trahi trop long-temps ton amitié fidèle : Il faut d'un autre prix reconnoître ton zélé , Me découvrir. Du moins , quand tu sauras mon sort , Je ne te verrai plus t'opposer à ma mort.
Phénice , tu m'as vue aux fers abandonnée , Dans uti aBSiisseinent où je ne suis point née.