ACTE I, SCÈNE I
Je compte autant de rois que je compte d'aïeux , Et le sang dont je sors ne le cède qu'aux dieux, Pharasmane , ce roi qui fait trembler l'Asie , Qui brave des Romains la vaine jalousie , Ce cruel dont tu veux que je flatte l'amour , Est frère de celui qui me donna le jour.
Plût aux dieux qu'à son sang le destin qui me lie N'eût point par d'autres nœuds attaché Zénobie ! Mais, à ces nœuds sacrés joignant des nœuds plus doux, Le sort l'a fait encor père de mon époux.
De Rhadanûsthe enfin.
PHÉNIGE.
Ma surprise est extrême ?
Vous Zénobie! ô dieux !
ZÉNOBIE
Oui, Phénice, elle-même, Fille de tant de rois , reste d'un sang fameux , Illustre, mais, hélas ! éncor*|llus malheureux. AprèiS de longs débats, Mithridate. mon père Dans le sein de la paix vivoit avec son frère. L'une et l'autre Arménie , asservie à nos Ifî^ Mettoit cet heureux prince au rang des plu^|Ppds rois. Trop heureux en effet , si son frère perfide
' D'un sceptre si puissant eût été moins avide ! Mais le cruel , bien loin d'appuyer sa grandeur , Le dévora bientôt dans le fond de son cœiir.
Pour éblouir mon père , et pour mieux le surprendre, Il lui remit son ^ dès l'âge le plus tendre.
Mithridate charmé l'éleva parmi nous,
- Comnae un ami pour lui, pour paçi comme un époux.
396 RHADAMISTHÏ ET ZÉNOBIE.
Je ravoûrai , sensible à sa tendresse extrême , Je me fis un devoir d y répondre de même , Ignorant qu'en effet , sous des dehcH*s heureux , On put cacher au crime un penchant dangereux.
, PHÉNICE
Jamais roi cependaxi| ne se fit dans l'Asie Un nom plus glorieux et plus digne d'^ivie.
Déjà des autres rois devenu la terreur....
ZÉNOBIE
Phénice, il n'a que trop signalé sa valeur.
A peine je touchois à mon troisième lustre , ' Lorsque tout fiit conclu pour cet hymen illustre. Rhadamisthe déjà s'en croyoit assuré , Quand son père cruel, contre nous conjuré , Entra dans nos états, suivi de Tiridate, Qui brûloit de s'unir au sang de Mithridate ; Et ce Parthe , indigné qu'on lui ravit ma foi , Sema partout l'horreur ,fle désordre et l'effroi. Mithridrate, accablé par son perfide fi^ère.
Fit tomber sur le fils les cruaut és du père ; iit, pomymeux se venger de ce Freré mhURLIlB, Promit ■Kridate et son sceptre et ma main.
Rhadamisthe, irrité d'un afifront si fimeste, De l'état à son tour embrasa tout le reste , En dépouilla mon père , en repoussa le sien ; Et, d^s son désespoir ne ménageant plus rien ,, JMalgré Numidius et la Syrie entière , Il força Pollion de lui livrer mon pèse.
Je tentai , pour sauver un père malheureux ^ De fléchir un amant que je crus généreux.