‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 182 sur 287 · ACTE I, SCENE II. 3or · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II. 3or

Ah! madame y est-il vrai qu'un roi fier et terrible Aux charmes de vos yeux soit devenu sensible? Que l'hymen aujourd'hui doive combler ses vœux ? Pardoniiez aux transports d'un amant malheureux. Ma douleur vous aigrit : je vois qu'avec contrainte D'un amour alarmé vous écoutez la plainte.

Ce n'est pas sans raison que vous la. condamnez : Le reproche ne sied qu'aux amants fortunés.

Mais moi , qui fus toujours à vos rigueurs en butte , Qu'un amour sans espoir dévore et persécute ; Mais moi> qui fîis toujouBpà vos lois si soumis, Qu'ai-je à me plaindre, hélas! et que m'a-t-on promis? Indigné cependant du sort qu'on vous prépare. Je me plains et de vous et d'un rival barbare. L'amour, le tendre amour qui m'anime pour vous. Tout malheureux qu'il est , n'en est pas moins jaloux.

ZÉNOBIE

Seigneur, il est trop vrai qu'une flamme funeste

A Êdt parler ici des feux que je déteste :

Mais, quel que soit le rang et le pouvoir du roi ,

C'est en vain qu'il prétend disposer de ma foi.

Ce n'est pas que , sensible à l'ardeur qui vous flatte,

J'approuve ces transports où votre amour éclate.

ARSAME.

Ah ! malgré tout l'amour dont je brûle pour vous , Faites-moi seul l'objet d'un injuste courroux : Imposez à mes feux la loi la plus sévère , Pourvu que votre main se refuse à mon père.

Si pour d'autres que moi votre cœur doit brûler, Donnez-moi des rivaux que je puisse immoler,

3o2 RHADAMISTHE ET ZÉNOBIE.

Contre qui ma fureur agisse sans murmure.

L'amour n a pas toujours re^>ecte la nature : Je ne le sens que trop à mes transports jaloux. Que sais-je, si le roi devenoit votre époux , Jusqu'où m'emporteroit sa cruelle injustice?

Ce n'est pas le seul bien que sa main me ravisse. L'Arménie , attentive à se choisir un roi ^ Par les soins d'Hiéron se déclare pour moi.* Ardent à terminer un honteux esclavage , Je venois à mon tour vous en faire un hommage; Mais un père jaloux , un rital inhumain , Veut me ravir encor ce sceptre et votre main. Qu'il m'enlève à son gré l'une et l'autre Arménie^ Mais qu'il laisse à mes vœux la charmante Isménie. Je &isois mon bonheur de plaire à ses beaux yeux^ Et c'est l'unique Uen que je danande aux dieux.

zÉNOBlE.

Et pourquoi donc ici m'avez-vous amenée ?

Quelle que fôt ailleurs ma triste destinée,

EUe oouloit du moins dans l'ombre du repos.

C'est vous , par trop de soins , qui comblez tous mes maux.

D'ailleurs, qu'espérez-vous d'une flamme si vive?

Tant d'amour convient*il au sort d'une captive?

Vous ignorez encor jusqu'où vont mes malheurs.

Rien ne sauroit tarir la source de mes pleurs.

Ah ! quand même l'amour uniroit Fun et l'autre ,

L'hymen n'unira point mon sort avec le vôtre.

Malgré tout son pouvoir, et son amour fetal.

Le roi n'est pas , seigneur, votre plus fier rival :

Un devoir rigoureux, dont rien ne me dispense ,

V ACTE I, SCÈNE IL 3o3

Doit forcer pour jamais votre amour au silence. J entends du bruit : on cmvre. Ah^ seigneur ! c'est le roi. Que je crains son abord et pour vous et pour moi !

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