ACTE II, SCÈNB II, 3i
Elle ne prétend point vous céder l'Arménie.
Je vous déclare donc que César ne veut pas Que vers FAraxe enfin vous adressiez vos pas,
PHARASMANE.
Quoique d'un vain discours je brave la menace^ Je l'avoixrai , je suis surpris de votre audace. De quel front osez-vous, soldat de CorbiJon, M'apporter dans ma cour les ordres de Néron ? Et depuis quand croit-il qu'au mépris de ma gloire y A ne plus craindre Rome insqpiit par la victoire. Oubliant désormais la suprême grandeur.
J'aurai plus de respect pour son ambassadeur; Moi qui, formant au joug des peuples invincibles, Ai tant de fois bravé ces Romains si terribles; Qui fais trembler encor c«8 fameux souverains , Ces Parthes aujourd'hui la terreur des Romains? Ce peuple triomphant n'a point vu mes images A la suite d'un char en butte à ses outrages. La honte que sur lui répandent mes exploits^ D'un airain orgueilleux a bien vengé des rois. Mais quel soin vous conduit en ce pays barbare ? Est-ce la guerre enfin que Néron me déclare?
Qu'il ne s'y trompe pas : la pompe de ces lieux. Vous le voyez assez , n'éblouit point les yeux : Jusques aux courtisans qui me rendent hommage^ Mon palais, tout ici n'a qu'un feste sauvs^e : La nature, marâtre en ces affreux climats^ Ne produit, au lieu d'or, que du fer, des soldats : Son sein tout hérissé n'ofire aux désirs de l'homme Bien qui puisse tenter l'avarice de Rome.
3i8 RHADAMISTHE ET ZÉNOBIE.
Mais y pour trancher ici d'inutiles discours , Rome de mes projets veitt traverser le cours : Et pourquoi y s'il est vrai qu'il en soit informée, N'a-t-elle jias encore assemble son armée?
Que font vos légions? Ces superbes vainqueurs Ne combattent-ils plus que par ambassadeurs?
C'est la flamme à la main qu'il faut dans llbérie Me distraire du soin d'entrer dans FArménie, Non par de vains discours indignes des Romains , Quand je vais par le fei*m'en ouvrir les chemins. Et peut-être bien plus, dédaignant Artaxate, Défier Corbulon jusqu'aux bords de l'Euphrate,
Quand même les Romains, attentifs à vos lois , S'en remettroient à nous pour le choix de nos rois. Seigneur, n'espérez pas , au gré de votre envie. Faire en votre faveur expliquer l'Arménie.
Lefls Parthes envieux, et, les Romains jaloux. De toutes parts bientôt armeroient contre nous. L'Arménie , occupée à pleurer sa misère.
Ne demande qu'un roi qui lui serve de père :
Nos peuples désolés n'ont besoin que de paix; Et sous vos lois, seigneur, nous ne l'aurions jamais. Vous avez des vertus qu'Artaxate respecte :
Mais votre ambiûon n'en est pas moins suspecte ; Et nous ne«soupirons qu'après des souverains Indifierents au Parthe , et souyiis aux Romains. Sous votre empire enfin prétendre nous réduire. C'est moins nous conquérir, que vouloir nous détruire*