‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 198 sur 287 · ACTE III, SCÈNE II. 3a · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II. 3a

Je ne suis pas le seul de ce sang invincible Qu'ait proscrit en naissant sa rigueur inflexible. J'eus un frère , seigneur", illustre et généreux , Digne par sa valeur du sort le plus heureux.

Que je regrette encor sa triste defstinée !

Et jamais u n'eu £Ut de plus infortunée, . . * Un père , conjuré contre son propre sang , Lui-même lui porta le couteau dans le flano.

De ce jeune hérgs partageant la disgrâce, ]^eUI-^re qu'aujQUitfhtii même sort me menace : Plus coupable en effet, tfen auends-^je pas moins. Mmce n'egt pas, seigneur, le plus grand de mes soins; Non , la mort désormais n'a rien qui m'intin;iide : Qu'un soin bien cUfierent et m'^te et me gi&de !

Quels que soient vos desseins, vous pouvez sans e£frôi,

Sûr d'un appui sacré , vou» confier à moi.

Plus indigné que Vous contre un barbare père ,

Je sens à son nom seul redoubler ma colère.

Touché de vos vertus, et tout entier à vous.

Sans savoir vOSr malb^tirs, je lé» partage tous. \

Vous calmeriez bi^t^ la doideur qui vous presse,

Si vous saviez pour vous jusqu'où je m^intéresse.

Parlez , prince : êitt-rU contre un père intiumain

Armer avec éclad tout l'empire ron^aîn?

Soyez sûr qu'avec voua mon cœur d'intelligence

Ne respire aujourdliui qu'uac même vengeance.

S'il ne faut qu'attira* Corbulon en ces lieux ,

Quels que soient vos projets , j'ose attester les dieux

Que nous aurons bientôt satisfait vcftre envia ^ • . • -

324 RHADAMISTHE Eï ZÉNOBIE.

Fallût-il potir vous seul conquérir FAmiénie-

, * ' . I • »■ . fil 1 W iH i<

AÈ.SAME. ' '

Oue me proposez-vous ? quels conseils \ Ah ! seieneur , Oue vous peùetrez mal dans le fond de mon cœur ! Oui ? moi ! que , trahissant mon père et ma patrie , J attire les Romains au sein de 1 Ibene,!

Ah ! SI jusqu a ce point il faut trahir ma foi , Que Rome en ce moment n attende rien de moi : Je n'en exige rien , dès qu'il faut par un crime Acheter un bienfait que j'aî cru lëgitihife ;" ' * ' " Et je vois bien , seigneur; qu lime flftit aujmit^hiii Pour des infortunés chercher un autre appui.

Je croyois , ébloui de ses. titres çinpi^éiaes , Rome utile aux mortel autant que lea dieux mêmes; Et , pour en obtenir un secours générçux > J'ai cru qu'il suffiaoit que l'on fut ûi;^eureux*. J'ose le croire encore f et , sur cette esp^rax^ce. Souffrez que des Romains j'im|)lQre l'assistance^ . C'est pour une captive asservie à nos lois , Qui , pour vous attendrir, a recoursà pia voix : C'est pour une eaptii^ aimable / infortunée , Digne par ses appas d'une autre destinée* Enfin , par ses vertus à juger de son rang, On ne sortit jamais d'un plus illustre sang.

C'est vous instruire assez de sa haute naissance , Que d'intéresser Rome à prendre sa défensef.

Elle veut même ici vous parier sans témoins ; Et jamais on ne fut plus digne de vos soins.

Pharasmane , entraîné par un amour funeste, Veut me ^avir , seigneur, ce seul bien xpjà me reste ,

ACTE III, SÇÈrflÇ It • SaS l^e seul où je faiâpis 'consisner mon bonheur , Et le seul que pouvoit lui disputer mon cœilr. Ce n'est f^s ^cpi^^.plus fi€;r d'un secours (jue j'espère , Je prétende à mpii tou^r renlé;vcjr a mon père : Quand même il cederoit sa captiye a ines (eux , Moh sort n'en seroit bas plus cloui ni plus heurieuî. Je ne veux au eloiener cet p^iet que i adore , Et même sans espou- de le revoir encore.

Suivi de peu 4f^, lî>içp?i, ^^f pouvoir oie je suis , Vqp« x>ffrir| m #wj€,^t(t9i^ cç, içiue }çt puis.

Et tout ce (jt^fè'Vetft f îrioh âme efeU' satisfaite. Je vaî«tbCi%dkfk>WV stig^^r, pbttr sa retraite. Je ne sais ; létiBlis ,*'|)t«essë -d'tm tî^tiveîhent secret , J'abaridaiitfe'lSttiéÀië avec^mbins'de regret. Pour calitoer te'*doùletir de mon^^e inquiète , Il suffit irjti^eiï Ws ïïi^^'Arsâme la remette t Encor si je pOttV<3&iJ, attt'd5^ns'dte?mes jours , M'acqtiîttéi^HehVert^ Wttà d'ÙJl gëti^l'eut secours ! Mais je ne |yéffi5''yî*B»/dattSftiao« Wal^^ extrême , Pour prix d'titt t^ bienfeit, que le bi^^t lui-même.

^' " ' RHADAMISTHE.

Je n en demande pas, cher prince, un prix plus doux : Il est digne c^e ^moi , s'il n'est digne de vous. Souffrez que désormais je vous serve de frère. . Que je vous plains d'avoir un si barbare père ! Mais de ces vains transports pourquoi vous alarmer ? Pourquoi quitter l'objet qui vous a su charmer?

32fl RHADAMISTHE ET ZÉNÔBIÉ.

Daignez me confier ^ «on sort ©t le vàire ; Dans un asile sûr siûve^i^moi l'uii ei l'autre* Sensi}>le à ses JCQalheurs , je ne puis.saM eâirq^ Abandonner Arsame aux £ureur9<lê son roi.

Prince , vous dédaignez ua conseil qui i/jous blesse: Mais si vous connoissies celui <{l^. vons enpresse....

ARSAME.

Donne2-moi des conseils qui soient j^us ^nëreux ,

Dignes de mon devoir, et (Kgnes de tous deui:.

Le roi doit dès dexMÎn partir pour l'Armënie : "

Il s'agit à ses vceux d'enkv^ Isméttieé

Mon père en ce moment peut l'éloi^er de nous ,

Et sa captive en pje.urs n'espère plus qu'en vous.

Déjà sur vos bontés pleine de (K>nfiance,

Elle attend votre vue avec impatience.

Adieu, seigneur, adieu : je craindrois de troubler

Des secrets qu'à vous seul elle veut révéler.

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