‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 226 sur 287 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

Qu'un prince désigne pour régner en ces lieux , Du moment qu'il obtient ce titre glorieux^ Peut du roi qui le nomme exiger une grâce ^ A laquelle, sans choix ^ il faut qu'il satisfasse. Artaxerce mon fils, trop instruit de ses droits^ Vient de m'en imposer les tyranniques lois.

Il prétetpd dès ce jçur obtenir de son père Le. seul bien que ma main réservoit*à son firère; 11 exige, en un mot, la princesse Amestris, Des exploits d'un héros unique et digne prix.

ARTABAIT.

Quoi! seigneur, Darius oseroit y prétendre?

XEttXES.

Jamais, si je l'en crois, amour ne fut plus tendre. Je vais te découvrir un funeste secret Qu'à ta ndélité je cachois à regret.

Darius autrefois soupira pour Barsine.

ARTABAN

Pour ma fille î

Je sais quelle est son origine, Ami ; mais je craignis, s'il s'allioit à toi , Qu'il ne s'en fit un jour un appui contre moi, Contre un fils qui m'est cher. Enfin, dès leur naissance^ Je combattis ses feux de toute ma puissance.

Je priai , menaçai; je fis plus, je feignis Que j'étois devenu le rival de mon fils.

A la fin je forçai son amour à se taire , Et le contraignis même à t'en Ëdre un zaystére.

368 XÉHrXÈS.

Je fis Vienir alors la prmfietie Amestris.

 son aspect diarmant mon fils parut «urpris : Soit qu'en efifet son cœur brûlât pour la princesse ^ Ou qu'il crût à ce prix regagner ma tendresse^ Soit qu'il fiit rebute (Tun amour malheureux. Je crus voir Darius brûler de nouveaux feux.

D'un si juste penchant bien loin de le distraire , J'offris à son amoiu* la fille de mon ifrère ; Mais, de Barsine encor respectant les attraits. Ses feux furent toujours inconnus et secrets z Artaxerce lui-même en ce moment ignore Qu'Amestris soit l'objet que Darius adore.

Enfin, d'un prompt hymen je flattai son ardeur. Si de nos ennemis il revenoit vainqueur.

11 en triomphe; et moi, pour toute récompense. Après l'avoir privé des droits de sa naissance. Je lui ravis encor le prix de sa valeur I Qui pourra triompher de sa juste fureur?

Tu vois de quels soucis mon âme est accablée : Calme par tes conseils l'effroi qui l'a troublée.

. ▲RTABAN.

Quels conseils vous donner, seigneur, lorsque les lois Sont le plus ferme appui de la grandeur des rois ? Respectez un pouvoir au-dessus de tout autre. Si vous voulez, seigneur, qu'on respecte le vôtre. Si Darius se plaint , qu'il s'en prenne à la loi , Qui seule vous contraint à lui manquer de Toi.

Quand il pourroit céder à cette loi suprême ,

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