ACTE I, SCÈNE IL
Qu'un prince désigne pour régner en ces lieux , Du moment qu'il obtient ce titre glorieux^ Peut du roi qui le nomme exiger une grâce ^ A laquelle, sans choix ^ il faut qu'il satisfasse. Artaxerce mon fils, trop instruit de ses droits^ Vient de m'en imposer les tyranniques lois.
Il prétetpd dès ce jçur obtenir de son père Le. seul bien que ma main réservoit*à son firère; 11 exige, en un mot, la princesse Amestris, Des exploits d'un héros unique et digne prix.
ARTABAIT.
Quoi! seigneur, Darius oseroit y prétendre?
XEttXES.
Jamais, si je l'en crois, amour ne fut plus tendre. Je vais te découvrir un funeste secret Qu'à ta ndélité je cachois à regret.
Darius autrefois soupira pour Barsine.
ARTABAN
Pour ma fille î
Je sais quelle est son origine, Ami ; mais je craignis, s'il s'allioit à toi , Qu'il ne s'en fit un jour un appui contre moi, Contre un fils qui m'est cher. Enfin, dès leur naissance^ Je combattis ses feux de toute ma puissance.
Je priai , menaçai; je fis plus, je feignis Que j'étois devenu le rival de mon fils.
A la fin je forçai son amour à se taire , Et le contraignis même à t'en Ëdre un zaystére.
368 XÉHrXÈS.
Je fis Vienir alors la prmfietie Amestris.
 son aspect diarmant mon fils parut «urpris : Soit qu'en efifet son cœur brûlât pour la princesse ^ Ou qu'il crût à ce prix regagner ma tendresse^ Soit qu'il fiit rebute (Tun amour malheureux. Je crus voir Darius brûler de nouveaux feux.
D'un si juste penchant bien loin de le distraire , J'offris à son amoiu* la fille de mon ifrère ; Mais, de Barsine encor respectant les attraits. Ses feux furent toujours inconnus et secrets z Artaxerce lui-même en ce moment ignore Qu'Amestris soit l'objet que Darius adore.
Enfin, d'un prompt hymen je flattai son ardeur. Si de nos ennemis il revenoit vainqueur.
11 en triomphe; et moi, pour toute récompense. Après l'avoir privé des droits de sa naissance. Je lui ravis encor le prix de sa valeur I Qui pourra triompher de sa juste fureur?
Tu vois de quels soucis mon âme est accablée : Calme par tes conseils l'effroi qui l'a troublée.
. ▲RTABAN.
Quels conseils vous donner, seigneur, lorsque les lois Sont le plus ferme appui de la grandeur des rois ? Respectez un pouvoir au-dessus de tout autre. Si vous voulez, seigneur, qu'on respecte le vôtre. Si Darius se plaint , qu'il s'en prenne à la loi , Qui seule vous contraint à lui manquer de Toi.
Quand il pourroit céder à cette loi suprême ,