SCÈNE IV
XERXÈS, DARIUS, BARSINE, TISSAPHERNE, CyÉONE.
DARIUS
Enfin ,«libre des soins <{ue m'imposoit la guerre , Je puis à vos genoux , monar<jue de la terre. Faire éclater d'un fils la joie et le respect. Qu'il m'est doux«*«*
Porte ailleurs um honmiage suspect ; Et loin de me vanter le respect qui te guide , A ma juste fureur dérobe*toi , perfide.
Et comment oses-tu te montrer à mes yeux ?
Quel ordre de ma part te rappelle en ces lieux ?
DARIUS
Et depuis quand, seigneur, indigne d'y paroitre....
XERxi:s.
Depuis qu'à mes regards tu n'ofiGres plus qu'im traître Que mes ordres sacrés ne peuvent retenir , Et <pie tout mon courroux ne peut assez punir. Mais, malgré tes complots et malgré ton audace , Avant qu'ici du jour la lumière s'eflEace , Malgré les soins.de ceux qui m'ont osé trahir , Je te forcerai bien , perfide , à m'obéir.
384 ' KJCRXBS.
..,". .'sicÈNE V;. - DÂRIUâ^ BA&SIMB, CLÉONE.
Quels discourt q[tielsf tf ànsports! et que viéns-je d'entendu
O ciel ! à Cet acèuëîl atirt)i^-^ dù'm'atteniîre ?
Et depuis quand , cliat^é' de iiomk injurieux ,
DfMrius n'cst-il phis qu\tn objet odieux , '
Madame ? et quel est donc ce fiine^e mystère?
Déplorable jouet (âes'caprièes d'im père ,
Oserois-je un moment à Tobjet de ses vœux
Confier la douleur d'un prince nialliéureux?
Quel que soit motti dé^titi ,'voàs pouvez 'me Fapprendrc.
Je ne veux ^que^savoir ; je ne crâihà point d'entendre.
Vous vous taiâez ! O ciel ! àTexempïe' dû roî,
Tous les cœur* aujourd'hui' sont-As placés pour moi?
Hé quoi ! Barsîtïè atissi coritre moi se déclare !
BARSINE.
Non ; j§ sais n^ux h prix d'mi6 v^rtu si Fare* Croyez , si je régnois ^ur le cœur d^ Xeraès^ Que son amour pour vpus iroit.juç^'à Texcss ; Que du moii^s , à naes y^^^ 7 d'un odieux «apice Vous n'auriez pas, seigoew,.ppnwvéiÀjinjusjtioc; . Et qu'enfin, si son cœur se rçgjoit sur le mien,^ Darius même aux dieux. pQurroit o^'eiyner rien. Interdite et confuse encor:pluS;q%ei\y(Hifnmeme^ Je ne puis revenir de ma surprise extrême :
ACTEai, SCÈNE V. 385
Tout confond à td point mon esprit éperdu ^ Que je ne sais^ seigheur^ ^ j'ai Men entendu : Car enfin ce Xerxès , si fier et si terrible , Jamais à uos désirs u a ' piaru si ^s^siMe.
Hélas ! si vous saviez de quel espoir flatteur En cç même moment il rempKssoit mon coeur !
De la part d'un h^ros chef i delà victoire , Aimable , généreux, et tout brillsiot de gloire, Il venoit m'assurer d'une constante fpi.
Ah ! qu'un retour $i tendre auroit dattriûts pour moi, Si ce même héros, sensible à mes alarmes.
Touché de mes remords, attendri pfir naes larmes, Si Darius enfin^ Tobjet de tant d'ardeur, De mes premiers jdéïjbiins oubl^ift: la rîgimsur, Daignoit^en ce moment nie confirnpier lui-même Qu'on ne m'abuse point quand on me dit q^'il m'aime ! Mon cœur, toujours tremblant sur un espoir si doux , Ne veut tenir, seigneur, cet aiveu, .que de vous. Quoi ! vous baissez les, yeux ! Dieux ! quel afireux silence ! Qu'ai-je dit? où m'emporte une vaine espérance ?
DARIUS
Quelle fureur nouvelle, agitant tous les cœurs, A donc pu le» remplir de si tristes erreurs ? Ai-je bien entendu, Barsine? est-ce vous-même Qui méprisez pour moi l'éclat du diadème ?
Vous qui , de tant d'amour dédaignant les transports. . . .
BARSINE.
Ah I ne redoubl«5 point ma honte et mes remords, Cessez de rappeler des injm^es passées Que mes larmes, seigneur, n'ont que trop efiacées. I. 25
Maïs vouf , qui m'accablez d'un reproche odieux ^ Sans daigner seulement taumer sur m<H les yeux. Parlez : méritez-vous mon amour ou ma haine?
Le roi m'abuse^^il d'une espérance vainc ?
Comme il me Fa promis, «erez-vous monëpoux?
Dois-je enfin vous aimer ^ ou me v«iger de vous?
DARIUS
Grands dieux ! ce que j*ai vu , ce que je viens d'entendre Pouvoit-il se prévoir, et peut-il se comprendre ? Chaque mot, chaque instant redouble mon effroi. Ah ! quel aveu, madame, exigez-vous de moi ?
Peu digne de vos feux et de votre vengeance.
Pourquoi me forcez-votis à vous faire une oflTense? Mais je fus trop longtemps soumis à Vôs attraits Pour vouloir vous tromper par d'indignes secrets : Darius, ennemi d'une injusie cmitrainte.
Ne sait point en esclave appuyer une feinte* Contre un fils malheureux Xerxès peut édaterj Mais , si de notre hymen il a pu vous flatter , Madame, il vous a feit une mortelle injure.
Il ne peut nous unir sans devenir parjure.
Lui-même, à mon départ, confident d'autres feux , Des serments les plus saints a scellé tous mes vœux. Enfin , c'est Amestris pour qui mon cœur soupire , Qui daigna m'accepter sortant de votre empire.... Je la vois; quel bonheur la présente à mes yeux !
BARSINE.
Ah ! c'en est trop , cruel : je te laisse en ces lieux Signaler de tes soins l'inccmstance fatale.
Cependant trendalç, ingrat; je oonnois ma rivale.