‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 272 sur 287 · ACTE IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VII

Jusqu'où pourroit aller une audace si rare; Mais sous tes propres coups il te faut accabler. Jlegarde, si tu peux ^ ce témoin sans trembler.

( Il lui montre son poigntrd. ) DARIUS.

Grands dieux !

Voyez, seigneur, voyez ce fer perfide^ Que du sang de son père a teint le parricide , Encor tout dégouttant de ce sang précieux Dont Faspect fait frémir la nature et les dieux. Roi des rois , o'est à un que ma douleur l'adresse : Armes-en désormais une main vengeresse; Efface, en le plongeant dans son perfide sein , Ce qui reste dessus du crime de sa main.

PÀRIUS.

Je demeure im^rdU* Dieux puissants , quoi I Ift foudre Ne sort pas de vos mains pour le réduire éo. poudre? Âhl traître, oses->tu bien employer comre moi Ce fer que Tamour seul a commis à ta foi?

Barbare , c'étoit donc a ce funeste usage Que ta main réservoit un si précieux gage l Prince, je n'ai besoin, pour me justifier.

Que de ce même fer qu'il s'est fait confier.

Il a feint qu'Amestris.... '

ARTAXERCE

Ah! misérable frère.

Malheureux assassin de ton malheureux père; Que peux-tu m'opposer qui puisse dans mon cœur Balancer ce témoin de ta noire fureur?

Juste ciell se péut-il que de tels 'sacrifices

De mon règne naissant consacrent les prémices?

DARIUS

C'en est ùit , je succombe'; et mon cœur abattu Contre tant de malheurs se trouve sans vertu.

AMESTRIS.

Défends4oi , Darius ; que ton cœur se rassure : L'innocence a toujours confondu l'imposture.

C'est un droit qu'en naissant elle a reçu des dieux , Qui partagent l'afifront qu'on te fait en ces Ueux.

DARIUS

Je n'en ai que trop dit; et la fière innocence Souflfre malaisément une longue défense.

Quoi ! vous voulez , madame'^ encor m'humilier Au point de me forcer à me justifier I De quel droit mon sujet, paré d'un [dus haut titre ^ Du destin de son roî deviendra-t-il l'arbitre? Né le premier d'un sang souverain en ces Ueux , Je ne connois ici de juges que les dieux.

ARTAXERCK. '

Ne crains point qu'abusant du pouvoir arbitraire Ton frère de ton sort décide en téméraire :

Du sang de tes pareils on ne doit disposer.

Qu'au poids de la justice on ne l'ait su peser. Tout parle contre toi; mais telle est la victime , Qu'il faut aux yeux de tous la convaincre de crime. Pour en décider seul mon cœur est trop troublé..

(àArtaban.)

Allez; que par vos soins le conseil rassemblé

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