SCÈNE PREMIÈRE
ARTABAN, seul.
JLe soleil Ta bientôt chasser d'ici la nuit ^
Et de mon crime heureux éclairer tout le fruit. ,
Darius est perdu : sa tête infortunée
Sous le couteau mortel va tomber condamnée.
De ma fureur sur lui rejetant les horreurs ,
De la soif de son sang j'ai rempli tous les cœurs.
De leur amour pour lui je ne crains plus l'obstacle :
Sa tête , à ses sujets triste et nouveau spectacle ,
Va mè servir enfin , dans ce jour éclatant ,
De degré pour monter au trône qui m'attend.
Il ne me reste plus qu'à frapper Arlaxerce :
Il est si peu fameux , si peu cher à la Perse ,
Que , parmi les frayeurs d'un peuple épouvanté ,
A peine ce forfait me sera-t-il compté.
A travers tant de joie un seul souci me reste ;
C'est de mes attentats le complice funeste ,
Le lâche Tissapherne , indigne d'être admis
A l'honneur du forfait que ma main a commis.
Je l'ai vu , dans le temps que mon cœur magnanime
S'immoloit sans frémir une illustre victime ,
Pâlir d'efifroi, m'offrir, d'une iremblanle main^ Le secours égaré d'un vulgaire assassin.
On eût dit , à le voir, dans ce moment terrible Où le sang et les cris me rendoient inflexible , Considérer l'autel , la victime et le lieu.
Que S£^ main sacrilège alloit frapper un dieu. Dès qu'à de tels forfaits l'ambition nous livre , Tout complice un moment n'y doit jamais survivre C'est vouloir qu'un secret soit bientôt révélé. Ou complice, ou témoin, tout doit être immolé. Tandis qu'ici la nuit répand encor ses ombres. Précipitons le mien dans les royaumes sombres* Il faut que de ce fer, teint d'un si noble sang, Pour prix de sa pitié je lui perce le flanc.
Allons.... Mais quel objet à mes yeux se présente?