‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 42 sur 287 · ACTE ÏII, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE ÏII, SCÈNE V

IDAMAIfTE.

N'accablez poiôt , seigneur, un fils infortuné , A des maux infinis par Fatoaù^ condamné.

Puisque enfin votre coé\ir s eh est laissé surprendre. Jugez si d'Érixène an pfcHitoit se défeild^e. Hélas ! je lië étài^tiàiè, adotàAit ses appas. Que d'ainier titi objet qui ne yàxis pUirtAi pàfs i Et mon cœur, trop éprifs d'iiùé odieuse chatne, Oublioit son déto4r drfrfs^ les fèttt d'Érixène, Mais si Fafîmefr*, iéigtiénf', est uti si gfand forfait, L'Amour iiïëtt pithit Meiï pàf^ les mMt qpTû riiéfkit.

Voilà ruùi({ue fruit qu'il en ÉdQoit attendre. D'un amour criminel qu osie^vous donc prétendre ? Eit quel étoit Fespoir de vos coupables feux , Quand chaque jour le crime augm'entoit avec eux? Qu Érixène à mes yeux fut odieuse ou chère.

Vos feux également offensoient votre père.

Je veux bien cependant , juge moins rigoureux , Vous en accorder, prince, un pardon généreux. Mais pourvu que votre âme, à mes désirs soumise, Renonce à tout Pamour dont je la vois éprise.

IDAMANTEj t

Ah ! quand même mon eœnt oseroit le vouloir.

Aimer, oii n'aimer pas, est-il en Hototti pouvoir? Je combattrois en vain une ardeur téméraire : L'amour m'en a rendu le crime nécessaire.

Malgré moi de ce feu je vis mon cœur atteint,* Peut-être malgré moi je l'y verra» éteint.

96 IDOMÉNÊE.

Mais ce cœur, à l'amour que je n'ai pu soustraire^ Dans le rival du moins aime toujours un père. Par un nom si sacré tout autre suspendu....

Bans le nom de rival tout nom est confondu.

Vous n'êtes plus mon fils ; ou , peu digne de l'être , Je vois que tout mon sang n'en a forme qu'un traître.

IDAMANTE.

Où fîiirai-je? grands diçux ! De quels noms ennemis Accablez-vous, seigneur, votre malheureux fils I Ah ! quels noms odieux me faites-vous entendre I Quelle horreur pour un fils respectueux et tendre ! Songez-vous que ce fils est encor devant vous. Ce fils long-temps l'objet de sentiments plus doux? Brûlant d'un feu cruel que je ne puis éteindre , Vous me devez, seigneur, moins haïr que me plaindre; Et si ma flamme enfin est un crime si noir.

Vous êtes bien vengé par mon seul désespoir.

Cessez de m'envier une importune flamme :

Odieux à l'objet qui sait charmer mon âme.

Abhorré d'un rival que j'aimerai toujours, Seigneur , voilà le fruit de mes tristes amours. Mais, puisque de ce feu qui tous deux nous anime Sur mon cœur trop épris est tombé tout le crime , Je saurai m'en punir ; et je sens que ce cœur Vous craint déjà bien moins que sa propre fureur. Désormais tout en proie au transport qui me guide , Je vous délivrerai de ce fils si perfide.

Si mon coupable cœur vous trahit malgré moi , Mon bras plus innocent saura venger mon roi.

Page 1