SCÈNE ly
ATRÉE, THYESTE, PLISTHJENE,.T»ÉODAMIE, EURISTHÈNE, THESSAHPRE, LÉONIDE,
GARDES
PLISTHENE, àAtrée.
Ciel ! qu'est-ce que j'entends ? quelle fureur soudaine De votre voix, seigneur, a rempli tous ces lieux? Qui peut causer ici ces transports furieux ?
, TH^ODAMIE, àPlUthène.
Ces transports où l'emporte une injuste colère , Ne menacent, seigneur , que mon malheureux père. Sauvez-le, s'il se peut, des plus funestes coups.
PLISTHÈNE.
Votre père , madame ! O ciel ! que dites-vous ?
(àAtréc.)
A l'immoler, seigneur, quel motif vous engage? De quoi l'accuse-t-on ? Quel crime , quel outrage De l'hospitalité vous fait trahir les droits? Auroit-il à son tour violé ceux des rois ?
Étranger dans ces lieux , que vous a-t-il fait craindre ^ A le priver du jour qui puisse vous contraindre ?
ATRÉE
Étranger dans ces lieux ! Que tu le connois mal ! De tous mes ennemis tu vois le plus fatal.
C'est de tous les humains le seul que je déteste. Un perfide, un ingrat; en un mot, cest.Thyeste.
ACTÏH, SCÈNE IV. i65
PLISTHÈNE.
Qu'ai-je entendu, gr&nds Aeux ! lui Thyeste, seigneur? Eh bien! en doit-il moins fléchir votre rigueur? Calmez l'tôi^eur, cahnez'cettie fhreur extrême.
■ ATREE. *
Que voifr-je I quoi ! mon fils armé contre moi-même î Quoi ! celui qui devroit m'en venger aujourd'hui Ose , à mes yeux encor , s'intéresser pour lui ! Lâche , c'est donc ainsi' qu'à ton devoir fidèle , Tu disposes ton bras à servir ma querelle?
PLISTHÈNE.
Plutôt tnourir cent fois ; je n'ai point à choisir : Dans mon sang, s'il le faut, baignez-vous à loisir. Seigneur, par ces genoux que votre fils embrasse^ Accordez à meis vœux cette dernière grâce.
Aprè^ l'avoir sauvé des ondes en courroux , M'en coûtera-t-41 plus de le sauver de vous?
A mes justes désirs que vos transports se rendent. Voyez quel est le sang que mes pleurs vous demandent ; C'est le vôtre , seigneur , non un sang étranger. C'est en lui pardonnant qu'il faut vous en venger.
ATRÉE
Le perfide ! si près d'éprouver ma vengeance, Daigne-t-il seulement implorer ma clémence !
THYESTE
Que pourroit me servir d'implorer ton secours. Si ton cœur qui me hait veut me haïr toujours? Eh ! que n'ai^je point fait pour fléchir ta colère! Qui de nous deux , cruel ! poursuit ici son frère?
i66 ^ATRÉE ET THYESTE.
Depuis vingt ans entiers y que n'ai-je point tenté Pour calmer îes transports de ton cœur irrite? Surmonte , eomme moi , la vengeance et la haine ; Bègle tes sqins jaloux sur les soins de Plisthène ; Et tu verras bientôt, si j'en donne ma foi, Que tu n'as point d'ami plus fidèle que moi.
ATHEE
Quels seront tes garants , lorsque le nom de firèr^ N'a pu garder ton coeur d'im amour téméraire ? Quand je t'ai vu souiller par tes coupables feux Les autels où l'hymen allpif; combler mes vœux , Que peux-^m m'opposer qui parlei en ta défend? Les droits de la nature , ou biçn dp l'innocence ?
THYESTE
Ne me reproche plus mou crime ni mes feux ; Tu m'as vendu bien cher cet amour malheureux. Pour t'attçndrir eufîn ^ auteur de ma misère , Considère un moment ton déplorable frère.
Que peux-tu souhaiter qui te parle pour moi ? Regarde en quel état je parois devant toi.
PLISTHENE.
Ah ! rendez-vous , seigneur ; je vois que la nature Dans votre cœur sensible excite un doux n^urmure : Ne le combattez point par des soins odieux ; Elle n'inspire rien qui ne vienne des dieux.
C'est votre frère enfin ; que rien ne vous arrête : De sa fidélité je réponds sur ma tête.
ATHEE
Plisthène , c'en est fait ; je me rends à ta voix ; Je me sens attendri pour la première fois.