‹ Œuvres de CrébillonChapitre 1 sur 158 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

.ttospER JoLYOT DE CRÉBILLON naquit .-le i3 février 1674» à Dijon, Tune des ville» . de la France qui s'enorgueillit d'avoir pro- ^dnit'le plus d'écrivains illustres. Nous ajoo- "Merons , pour ceux qui , en assez grand nombre encore, prennent de l'intérêt aux généa- ' logîes , que deux hommes de son nom avaient .été anoblis en 144s par Philippe-Ie-Bon.

^^ Il fit ses premières études chez les jésuites , «lors en possession de donner des confesseurs aux rois et d'élever une grande partie de la jeunesse. Ces instituteurs, dans la vue peutêtre d'attirer au sein de leur société ceux de leurs élèves qui pourraient l'honorer par dea talens, en tenaient un registre exact, où, à côté de chaque nom , était écrite une appréciation rédigée en latin. La note de Orébillon était : Puer ingeniosiis , sed insignis nebulo : enfant spirituel , mais insigne vaurien. La première partie de ce jugement doit être re-

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gardée comme un horoscope qu'il a parfaitement rempli : la secunde pourrait bien prouver seulement qu'il avait découvert quelque ridicule ou quelque petit défaut dans ses

La nature voulait qu'il fût poëte. La tyrannie de Tusage , l'ambition de son père, sa propre docilité, le contraignirent d'abord à rétude de la jurisprudence. Bientôt il fut enfermé dans le cabinet d*un procuk-eur de Paris appelé Prieur. Heureusement ce procureur avait su franchir les étroites limites de son état; il était iils d*uu homme qui avait mérité que Scarron lui adressât une épître ou il lui accorde un éloge qui n'est pas fréquemment mérité par ceux de cette profession ; il le loue de ne pas faire uab sale usube nu talent DE SON écriture. PHcur s'aperçut bientôt qu'en s'obstinant à disputer son jeune clerc à sa véritable vocation il ferait un vol réel à la poésie, sans aucuu. profit pour la chicane. II osa joindre ses conseils à ceux que Crébilioa recevait de son propre génie , et Crébillon fut poëJe tragique.

La Mort de^ enfans de Bbutus fut le premier sujet qui occupa sa muse encore trop timide et trdp défiante. Cette tragédie , lue aux acteurs de ce temps-là , fut rejetée par un aréopage de qui les jugemens , qu'ils soient bons ou mauvais, ressemblent presque toujours à de la prévention. Découragé

SUR GRÊBILLON. vu

]par un refos dont aucune expression de bienveillance n'avait adouci la rigueur, il fit un serment qui fut heureusement violé par la composition d*lDOM£jrÉB. Le succès de cette pièce , quoiqu*incomplet , le réconcilia aveô le théâtre, et même avec Prieur, dont il avait été , dans son malheur , tenté d'accuser les conseils. Le cinquième acte ayant été accueilli peu favorablement, il en composa un antre avec une promptitude qui prouva une fécondité et sur-tout une docilité qui , par la suite , ne s'est jamais démentie. Le récit de la première scène , écrit , à la vérité , d'un style incorrect , contient de grandes beautés poétiques.

La tragédie d'ÀTREE et Thteste marqua les progrès de notre auteur d'une manière sensible. Le sujet en est plus atroce que tragique. La haine invétérée et, pour ainsi ^ire, intarissable d'Âtrée y est produite sous des couleurs énergiques et vraies qui contrastent mal avec le caractère doucereux et l'amour subit de Plisthène. L'horreur du cinquième acte , qui alors ne fut pas supportée, n'a pu trouver depuis des spectateurs plus indulgens , ou , si l'on veut , plus forts. Au reste, cette production mérita de justes et universels éloges à sou auteur. Prieur , qui , attaqué d'une maladie mortelle, s'était fait porter à la première représentation d'ÀTREE , alla sur le théâtre chercher sop ami ; et l'embrassant avec

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Accusé de donner à ses tableaux une pliy> flionomie trop sombre, Crébillon, quoiqsi'à regret, trempa ses pinceaux dans des couleurs moins noires pour peindre cette Éleelre dont Sophocle lui avait laissé un si beau modèle.

Mais dédaignant mal à* propos de marcher snr les traces de ce grand maître dans l'art dramatique , il s'éloigna de sa noble et toa«» chante simplicité en surchargeant sop djam^ d'nn double amour qui fait Janguir les pre* miers actes . et qui fut réprouvé par le judicieux Oespréaux. Cependant beaucoup de vers heureux, la beauté du caractère d'Éiectre et du rôlf> de Falamède, imposèrent sileneê aux critiques, ou en balancèrent avantagensement la justice.

Le plus beau, et, suivant quelques juges très-sévères , le seul titre de Crébillon à la véritable gloire, c'est Rhadamisthk. Profon* deur dans les conceptions , grandeur dans les caractères , tout s'y trouve soutenu d'une éloquence , d'une énergie, et presque toujours d'une correction de style dont il n'a fait preuve que cette fois à un si haut degré. Son Phaïasmane, aussi ennemi des Romains q«e le Mithi idate de Racine , exprime sa haine en termes plus mâles et non moins poétiques* Crébillon avait pn$ pki^^r i mettre d»ii8 la

SUR CBË SILLON. »

iiouche de ce roi d*Ibérîe ia propre opinion sur ces républieains ttrahs ds l'ujiitbiis.

L'exposition de cette pièce est conopliqnée , obscure , et très-naédiocremest écrite ; tant il est vrai que le style suit toujours la pensée , ou plutôt y qu*il.Be fait qu*nn avec elle. Soileau y dans sa dernière maladie , ayant en-i tendu seulement la lecture des deui premièrea scènes » porta un jngenient qu'on a voulu faussement étendre sur l'ouvrage entier. 11 en eut à coup sûr senti les beautés., s'il l'eût écouté jusqu'à la fin , quelque sur croit que U mauvaise disposition de son corps eût ajouté à sa rigueur accoutumée.

Les arts, enfana de l'imagination , étendent rarement leurs bienfaits- jusque Rur la vieillesse de ceux dont ils ont le plus favorite le jeune âge. Après s'être surpassé, et oonmM épuisé dans RHADSMiSTBBy CrébiUon ne con* serva de ses premiers talens qu'une monotone fécondité. On ne trouva dans Xebxès qi^nn roi bon jusqu'à la faiblesse , confiant jusqu'à l'iraprudence; et dans Artaban qui 4e vcwt détrôner, qu'un scélérat raalbabile à force d'être entreprenant , entouré de difficulté»

qu'il n'a pas su prévoir, et de conjonctures favorables dont il ne sait pas profiter.

SsMiRAMis obtint un plus grand nombre de représentations, mais point assex pour accoutumer les yeux an spectacle d'une mère qui s'obstine dans l'amour «que lai a inspiré

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