‹ Œuvres de CrébillonChapitre 2 sur 158 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

son fils qu'elle ne connaissait pas , lors même qu'elle vient d'être forcée de le reconnaître pour tel* y Voulant s'accommoder au goût , ou , comme il le disait, à la faiblesse du public, Crébillon , dans Pyrrhus , revêtit Melpomène d*ornemens moins lugubres ; il lui ôta jusqu'à son poignard. Personne en effet n'y meurt.

Il dut être content du succès de cet ouvrage, qu'il appelait une ombre de tragédie. On lui tiut compte de la violence qu'il s'était faite pour ne pas ensanglanter la scène.

Trop docile aux instances de quelques amis peu réfléchis, il acheva sa tragédie de GatifiifTA , promise au public depuis vingt ans , et qui contelita difficilement une trop longue attente. Il sentit lui-même que pour faire ressortir davantage Catilina,'à qui il prête des projets ex sur>tout des prétentions exagérées , il avait trop rabaissé lé caractère de Cicéron. Pour réparer cette faute, et à l'insti» gation d'une puissante protectrice qui eût mieux servi la gloire de Crébillon en le récompensant de ses travaux anciens qu'en lui en conseillant de nouveaux , il entreprit le Triumvirat. Sa muse octogénaire ne recueillit de ce derni«;r ouvrage que des marques de respect, que le public peu reconnaissant n'accorde pas toujours à ceux qui , avec le désir de kii plaire, n'en ont pas conservé les moyens.

SUR CRÉBILLON. x^

Peadant le temps qui 8*était écouré entre la tragédie de Xbrxès et celle de Sémiramis , il en avait entrepris une de Cbomwel , cet hy»

pocrite ambitieux qui n*appela seç concitoyens à la liberté que pour devenir leur maître, et qui les força à se reposer dans la forme de gouvernement qu'il leur avait fait proscrire. 11 y peignait avec tant d'énergie la haine des Anglais pour le pouvoir arbitraire , il y faisait sentir avec tant de chaleur les avantages de la liberté fondée sur les lois , qu'on pensa que la représentation en serait dangereuse pour un peuple qui n'avait jamais eu d'autre sauve-garde contre la tyrannie que la modération assez constante de ses rois. Il reçut une défense de continuer sa pièce ; défense à laquelle il se soumit, et qui dut l'affermir dans Tavçl'sion qu'il eut toute sa vie pour toute espèée d'autorité absolue.

Une prévention outrée pour Créhillon , bien moins encore qu'une jalousie aveugle contre ce Voltaire à qui les Frérons d'aujourd'hui contestent encore ses succès, chercha à mettre en opposition ces deux écrivains.

L'auteur de Zaïre sentit l'injustice qu'on lui faisait en lui présentant comme vainqueur celui dont il se jugeait digne d'être au moins le rival. 11 osa reproduire sur la scène plusieurs des personnages que Créhillon y avait fait applaudir; et comme il sut joindre à l'intérêt qui captive au théâtre, le style qui

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XII NOTICB

charme à la lecture « le temps lui a «tHiré la victoire. Ce l'ut Crefaillon lui*iBéra;e c^'il-ilemaoda pour cçnàear de Ja tragédie d^OimsTs; il eti reçut cette réponse au6ai affectueuse que mesurée : « J'ai été -content, lui dit le cen* seur , du succès de mon Éi.bgtbs, je souhaite que le frère vou^ fasse autaut d*hoDiieur que, la .'iœur m'en a fait. »

Crébiilon , loin de se prêter au zèle quelquefois indiscret de Tamitié, n'accepta jamais les petits services qu'elle s'empresse souvent d'offrir ou d'accorder à l'a mour> propre de* auteurs. Quelqu'un lui demandant des billets pour la première représentation deC^TiLUrA :

« Vous savez bien» lui dit-il, que je ne veux pas qu'il y ait personne dans le parterre qui se croie obligé à m'applandir. » Aussi , liiî répoudit son ami, ce n'est pas pour vous faire applaudir que je vous demande ces bilU*is; soyez sûr que ceux à qui je les donnerai seront les premiers à siffler la pièce si elle le mérite. £n ce cas, jrépondit Crébiilon, vous en aurez.

Son entrée à TAcadémie française eu 178 1 fut marquée par uue innovation qui aurait dû commencer plutôt , et dont on ne pouvait que lui savoir gré. Il fit son discours de ré^ ception en vers; mais n'usant pas du privilège tout entier , il se borna à revêtir de formes poétiques les expressions de reconnaissance et les éloges tl'usage » qui avaient Uni

SUR CRÉBILLON. xin

de fois retei^i dans de pareilles circonstances. Lorsqu'il prononça ce vers,

Aucun fiel n*a jamais empoisonné ma plume,

des applaudissemens sans nombre confirmèrent le témoignage qu'il se rendait à lui^mémcw Saos doute on avait alors oublié , ou peat<^tre n'avait-on jamais su , qu'il eût dans sa jeunesse composé nne satire, où , sous l'emblème de dirers animaux , il dépeignait assez bien le caractère et les ridicules de quelques auteurs de son temps. Au reste, il n'autorisa jamais par ses conseils une erreur ou une injustice dont il se repentait sans doute d'avoir donné l'exemple. Un jeune poëte vint un jour le consulter sur nne satire qu'il avait composée. Il l'écouta tranquillement; et quand sa lecture fiit achevée : Jugez , lui dit-ii , combien ce -malheureux geure eut ^cile et méprisable, pni^qu'à votre âge vous y k'éussissex.

Les romans, et sur-tout ceux de La Calprenède , étaient sa lecture favorite. Il disait en avoir tiré d'utiles ressources pour la composition de ses tragédies. C'était là , sans doute , qu'il avait puisé le goût pour les déguisemens de personnages , moyen trop fréquemment employé par lui , et qu'on lui a reproché. 11 avait une passion tellement prononcée pour cette sorte d'ouvrages , qu'il emplojait des journées entières à en composer ; mais aa paresse , aidée d'une prodigieuse mé-

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