‹ Œuvres de CrébillonChapitre 3 sur 158 · XIV NOTICE · texte numérisé non relu

XIV NOTICE

moire, Tempécha toujours d^ les confier au papier. Un jour qu*il était fort occapé d'uni de ces romans dont la création charmait sa solitude, quelqu'un entra chez lui brusquement : « Ne me troublez point , lui cria-t-il , je suis dans un moment intéressant ; je Tais faire pendre un ministre fripon , et chasser un ministre imbécile. »

Quoique d'un caractère grave et sérieux , au point d'être accusé lui-même de la noirceur qu'on trouvait dans ses ouvrages , il avait de la gaîté dans l'esprit. Étant tombé dangereusement malade, son médecin , homme fort prévoyant, lui demanda les deux actes de Ca- Tix^iif A qui n'était point encore achevé. L'auteur lui répondit par ce vers deRHADAMisxHB:

Ah! doit-on hériter de ceux qa^on assassine?

Ne seriez-vous point le chartreux qui fait mes pièces? dit>i1 à un jeune homme qui lui répéta sur-le-champ plusieurs tirades d'une scène qu'il n'avaitentendu réciter qu'une seule fois. La malignité avait dit , la sottise avait répété, et l'envie avait feint de croire, que les ouvrages de Crébillon étaient composés par un chartreux.

Il conserva constamment cette fierté d'ame qui honore et fortifie le talent , et qui devrait en être toujours inséparable. Attiré à la cour par des promesses auxquelles il supposait trop

SUR CREBILLON. xr

de sincérité , il lui fallut deux ans pour s'apercevoir qu'il marchait sur une terre d'illusions et de mensonges , et où l'intrigue seule pouvait recueillir ce qui était semé des mains de la flatterie. 11 dédaigna aussi les bienfaits onéreux de ces nombreux Mécènes qui , prétendant protéger le mérite comme s'ils s'y connaissaient, en exigent des complaisances

?ui prouvent qu'ils ne savent point le juger. 1 portait même avec peine le joug de ces bienséances frivoles et trop multipliées dont une fausse politesse a surchargé le commerce de la société, et auxquelles on a rarement le courage de se^ soustraire , de peur d'être accusé de les ignorer. Vers la fin de sa vie , sa profonde solitude n'était partagée que par une foule d'animaux dont l'attachement et la fidélité l'empêchaient de regretter la compagnie des hommes , qu'il connaissait , disait-il , trop bien.

Destiné à être contrarié dans tous ses penchans , il épousa , sans le consentement de son père y une femme qui n'était qu'aimable et vertueuse, et fut déshérité. Sa réputation le réconcilia par la suite avec la vanité de ce vieillard injuste, dont il partagea fort inégalement la succession avec les gens de loi chargés de la liquider. Il ne dut regretter de cette fortune que ce qui était nécessaire pour assurer une indépendance qui lui fut toujours très-chère , et pourvoir aux frais d'une exis-

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XVI NOTICE SUR CRÉBlLlOîT.

tence quiponTait passer pour plus que frugale.

Il laissa un fils qui, dtfus des ouvrages où. Teaprît et le talent ne sont pas toujours avoués par le goût et la décence , a retracé les vices , ou , si l'on vent , la galanterie des Français de son siècle. L'un pergnit les forfaits et les grandes passions , l'autre crayonna les ridicules et les travers de Tesprit.

Crébillon , né très - robuste , après avoir conservé sa force jusque dans l'âge de qua-< tre-vingt-hnit ans, mourut le 17 juin 171)3.

Le gouvernement , qui avait protégé et gêné son talent , lui décerna un mausolée , dont l'exécatioA n'a été terminée que de nos jours.

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