SCENE PREMIÈRE
IDOMÉI^E, seul.
On siii«-je? quelle horreur m*épouTante et me suit ! Quel tremblement , à ciel ! et quelle affreuse nuit! I>ieux ^uissans , épargnez la Crète infortunée.
IDOMÉNÉE , SOPHRONYME
SoPHaomrKE , est-ce toi ?
BOPHRONTME.
Que Tois-je ? Idoménëe !
Ah Sôgnenr ! de quel bruit ont retenti ces lieux 1
%o IDOMÉNÉE.
Arez-vons pa trahir des noms si glorieux ?
Qai fit donc snccomber votre yerta ?
iDouàviE..
Les dieax.
•OPHROlfTME.
Qael forfait peut sar tous attirer lear colère ?
Oo n*est pas innocent lorsqu'on peut leur déplaire : Les dieux sur mes pareils font gloire de leurs coups ; D'illustres malheureux honorent leur courroux. Entre le ciel et moî^sois juge , Sophronyme : Il prépara du moins s*il ne fit pas mon crime. Par YÎngt rois dès long>temps vainement rassemhlét Les Troyens à la fin se virent accablés ; De leurs bords désolés tout pressait la retraite : Ainsi, loin de nos Grecs , je voguai vers la Crète. Le princft Mérion , prompt à m*y devrancer.
Sur mon trône peut-être aurait pu se placer.
Si mon fils n'eAt dompté l'orgueil de ce rebelle. A Samos , par tes soins , j'en reçus la ntfovelle. Je peindrais mal ici les transports de mou cœur Lorsque j'appris d'un traître Idamante vainqueur : La gloire de mon fils me causa plus de joie Que ne firent jamais les dépouilles de Troie. Après dix ans d'absence , empressé de revoir Cet appui de mon trône, et mon unique espoir, A regagner la Crète aussitôt je m'apprête.
Ignorant le péril qui menaçait ma tète.
Sans que je te rappelle un honteux aoavenir.
ACTEI, SCENE II. si
Ni qae de nof affronts je t*aille entretenir.
Ta sais de quels forfaits ma race s'est noircie.
Comme Pasiphaé , Phèdre au crime endurcie
Tf e signale que trop et Minos et Vénus.
Tous nos malheurs enfin te sont assez connus.
Ifé de ce sang fatal à la déesse en proie ,
J*aTais 'encor sur moi la querelle de Troie :
Juge de la vengeance , à ce titre odieux.
Ce fut peu de sa haine , elle arma tous les dieux.
La Crète paraissait , toat flattait mon envie ;
Je distinguais déjà le port de Gydonie :
Mais le ciel ne m'offrait ces objets ravissans
Que pour rendre toujours mes désirs plus pressaus.
Une effroyable nuit sur les eaux répandue
Déroba toat-à>coup ces objets à ma vue ;
La mort sente y parut.... Le vaste sein des mers
IVons entr'ouvrit cent fois la route des enfers.
Par des vents opposés les vagues ramassées ,
De rabtme profond jusques au ciel poussées ,
Dans les airs embrasés agitaient mes vaisseaux ,
Aussi près d'y périr qu'à fondre sous les eaux.
D*nn déluge de feux l'onde comme allumée
Semblait rouler sur nous nue mer enflammée ;
Et Neptune en. courroux à tant de malheureux
IT'ofIrait pour tout salut que des rochers affreux.
Que te dirai-je enfin ? Dans ce péril extrême ,
Je tremblai, Sophronyme, et tremblai pour moi-même.
Pour apaiser les dieux je priai.... je promis....
Non, je ne promis rien : dieux cruels ! j'en frémis....
1) IDOMÈNÉE.
Neptune » Tinstrameat d*uae indigne faiblesse »
S'empara de mon cœur, et dicta la promesse :
S*il n'en eût inspiré le barbare dessein ,
Non , je n'aurais jamais promis de sang humain.
« Sauve des malheureux si ▼oisins du naufrage »
Dieu puissant, m'écriai-je, et rends-nous au rivage i
Le premier des sujets rencontré par son roi
A Neptune immolé satisfera pour moi... »
Mon sacrilège .yœu rendit le calme à Tonde :
Mais rien ne put le rendre à ma douleur profonde ;
Et y Teffroi succédant à mes premiers transports ,
le me sentis glacer en revoyant ces bords.
Je les trouvai déserU , tout avait fui l'orage :
Un seul homme alarmé parcourait le rivage ;
Il semblait de ses pleurs mouiller quel<{ue6 débris s
J'en approche en tremblant.... hélas! c'était mon fils.
A ce récit fatal tu. devines le reste.
Je demeurai sans force à cet objet funeste ;
Et mon malheureux fils eut le temps de voler
Dans les bras du cruel qui devait l'immoler.
soraaoïfTMK.
Ai-je bien entendu? Quelle horrible promesse ! • Ah ! père infortuné !
IDOMBSil.
Rebelle à ma tendresse , Je fus près d'obéir : mais Idamante enfin Mit mon ame au-dessus des dieux et du destin ; Je n'envisageai plus le voeu ni la tempête ; Je baignai de mes pleurs une si chère tête.