NOTICE SUR DANTE
On le reconnaîtra : presque toutes les idées fondamentales de la Divine Comédie , qui devait être le code impérieux de toute vé rite, sont aujourd'hui ébranlées ou détruites : la physique, la philosophie, et la scolastique du moyen âge, n'existent plus; la politique a changé; le dogme, stable en lui-même, a perdu nombre de ses sujets; les formes même de l'art et de la langue se sont tellement modifiées, que chaque mot, en plusieurs endroits de ce poëme obscur où les détails historiques et la théologie absorbeii Jà poésie, demanderait un commentaire.
Tl n'y a donc pas à s'étonner si, durant notre période classique, Dante est reste dans une éclipse si complète. Boileau n'en fait pas mention, et Voltaire n'en parle guère que pour en rire. Pour le remettre en lumière, et il l'est déjà depuis plusieurs années (par exemple dans sa couleur, grâce à M. Antoni Deschamps), il fallait en parfte cette faculté compréhensive des autres époques que notre siècle allie si bien à l'audace d'innover. De là ces traductions du Faust, de la Jérusalem, des Lusiades ', ou des épopées orientales; ces reproductions des poèmes du moyen âge et des chants populaires; de là, en France (comme déjà à Weimar le firent Goethe et Schiller), les travaux de poètes tels que M. de Vigny et ses amis sur les drames de Shakespeare '; et récemment encore l'exemple donné par M. de Chateaubriand.
Quant à l'auteur de la Divine Comèdr«, quels que soient les changements nouveaux de l'avenir, il remontera toujoursà son rang par la force de l'idée chrétienne sur laquelle il s'appuya, et s'y main> tiendra par ce fond général et humain où tous les poètes marchent sûrement depuis le grand Homère. Le soleil de celui-ci n'a jaraaii pâli.
Fidèle, nous l'espérons, au génie de notre langue, cette traduction s'est efforcée aussi d'être fidèle au génie de l'auteur florentin. Les plis ondoyants .Je l'ancienne toge s'ajusteraient mal, il semble, à une figure semi-gothique. En effet, que demande-t-on, si ce n'est de connaître l'homme de tel siècle et de tel pays; avec le fond, de voir, autant que possible, les particularités de chaque forme? C'est par le même désir de vérité, que la coupe rhylhmique de la terzina (le tercet) a fMé, pour la première fois, conservée dam cette versi(»n : méthode utile à qui voudra suivre le texte italien.
Dante, tout le fait croire, attendait de sa renommée poétique la
' Toves les escelleotcf tradactioat de ee« Iroii poêmet dan* la DibtiothèqiH Ckarpeniter.
* Homio et Juliette ri Mcuhtth, par M. Emile DcKbampt Jukt-Céfft ftt V. Aa^tute Barbier. Uamltt, par M. kéoo d* Wailly.