HOT.CE SUR DANTE
confisqués, sa maison est rasée, et lui condamné à être brûlé vif, «'H reparaît sur le sol de la république.
Los supplices des exilés du ciel, décrits par le poète, surpassent à peine ceux qu'il endura dans son exil de Florence, o C'est le sort » des esprits de mon ordre, fait dire Byron à Dante (amer retour » du barde anglais sur lui-même!) ', d'être torturés pendant la vie, » d'user leurs cœurs, de consumer leurs jours en des luttes sans » fin, et de mourir seuls. » En vain, vers la fin de 1304, eàsaya-t-il de rentrer par un coup de main hardi : vaincu, il se retira à Vérone, d'où il adressa au peuple la lettre fameuse : « l'ofule mi, quid fcci tibi? » Ensuite commença cette vie errante qui semble dans la destinée de tous les épiques. Il parcourut lltalie, la France, l'Angleterre, soutenant ù Paris et à Oxford des thèses de théologie*.
La Divine Comédie, commencée en 1298, dut être la compagne fidèle de ses voyages.
C'est la poésie d'un théologien, d'un philosophe eÉ d'un politique
La théologie, c'est-à-dire la science de Dieu et de l'homme eo Dieu, voilà le côté mystique et le côlé moral de cette triple épopée. Le poëtc reconnaît que la terre est dangereuse, qu'on s'y î:ouille, qu'on s'y égare; il en sort, sauvé par la poésie; il entre dans le monde mystique, s'effraye en Enfer aux supplices de ceux qui dévièrent de la route divine; il se purifie aux feux du Purgatoire : puis il quitte Virgile pour Béatrice : il quitte la poésie, langue humaine, pour la théologie, langue divine; il voit en Paradis briller cette croix formée des âmes de ceux qui donnèrent leur vie pour Jésus; il voit la rose mystique s'ouvrant et se refermant en louant le Très-Haut; arrivé enfin devant le profil même de Dieu, Dante, qui déjà ne trouve plus de voix pour rendre son amour, est ébloui et ne peut lever les yeux.
Le sens politique ou gibelin se trouve sous cette vision. L'Enrer» c'est l'anarchie; le Purgatoire, c'est le passage à l'ordre; le Paradis, c'est la monarchie divine, type de la monarchie impériale.
On a dit de Dante qu'il était le théologien des poêles et le poëte des théologiens. A ne le considérer que counne poêle, Dante, en dehoi^i de sou temps, n'a point de terme de comparaison. L'épopée grecque ne lui peut servir de mesure. Mais si, dans un même siècle, toutei les tendances de l'art sont d'ordinaire parallèles, les lignes gothiques de l'architecte Arnolfo Lapo et d'Orgagna, entourées- des fioritures du campanile de Giotto, feraient deviner laform* dantesque.
' Byron, Prophétie de Dante.
* l'nur l'i'tude curieuse d(> ces pcrcgrinatioos, lire le Voyugt Dantetqtu, éê M. Àfii|>cr«.