‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 105 sur 106 · LE PARADI-. CHANT XXXII · texte numérisé non relu

LE PARADI-. CHANT XXXII

iaiit, à mosare que dans la rose je vais te les nommant de feuille en fouille.

M Et du septième degré en bas, comme du haut à ce septième degré, se succèdent les Juives en partageant toutes les feuilles de la fleur;

)' Parce que, selon le regard que la foi fixa sur le Christ, Li^s femmes sont le mur par lequel sont séparés les échelons sacrés.

» De ce côté où la fleur est fournie de toutes ses feuilles, sont assis ceiLx qui crurent dans le Christ à venir;

» De l'autre côté où les demi-cercles sont interrompus par des vides, se tiennent ceux qui tournèrent les yeux vers le Christ venu sur terre.

» Et comme de cette part le glorieux siège de la Dame du ciel, et les autres sièges inférieurs, forment une si grande séparation,

» Ainsi, à l'opposite, celui du grand Jean, qui, toujours saint, soufl'rit la solitude, le martyre et l'enfer durant deux ans*;

» Et, au-dessous de lui, sont aussi, formant à dessein une séparation, François, Benoît, Augustin et les autres, descendant jusqu'ici de cercle en cercle.

» Or, admire la haute providence divine, car l'un et l'autre expert de la foi rempliront également ce jardin.

» Et sache que, de ce degré qui tranche par le milieu les deux divisions jusqu'au degré le plus bas, nul ne siège pour son propre mérite,

» Mais pour le mérite d'aulrui sous de certaines conditions : car tous ceux-ci sont des esprits détachés de l'enveloppe terrestre, avant qu'ils pussent choisir la vraie foi.

» Tu peux bien t'en apercevoir à leur visage, et aussi à leurs voix enfantines, si tu les regardes bien et si tu lei écoutes.

» A celle hciu*e tu doutes, et doutant tu gardes le sUenrr : mais je te dégagerai des liens dans lesquels t'élreiguent W-s •ubtiles pensées.

' 0«o« les Limbe», où il allcndil deui ans la v»Due du ChrisU

LA DIVINE COMÉDIC.

uaiis (CL immeiK-e royaume un cas fortuit ne peut «voir place, et non plus la tristesse, ou la soif, ou la faim ;

M Car, d'après une loi éternelle, s'est établi tout ce que tu vois, si bien que tout convient à sa place comme la bague au doigt;

>) Donc cet essaim, venu hâtivement à la vie véritable, n'est pas sine causa plus ou moins haut placé.

» Le Roi par lequel ce royaume se maintient dans un si grand amour et une si grande félicité, que nul désir n'ose aller plus loin,

» En créant tous les esprits sous son regard joyeux, les dota diversement de la grâce, selon son plaisir; et que l'effet produit te suffise.

» Ceci vous est expressément et clairement prouvé dans l'Écriture sainte, par les jumeaux qui, au ventre de leur mère, tressaillirent de colère '.

» Or, c'est d'après la couleur des cheveux que la trèshaule lumière doit accorder la couronne de la grâce.

>^ Donc, sans égard pour leurs œuvres, ils ont été placés sur des degrés dilférenis ; et leur seule différence est dans l'infusion de la grâce première.

M Dans les premiers siècles, il suffisait, pour le salut, d'avoir avec l'innocence la foi des parents.

» Quand furent accomplis les premiers âges, les enfants nifiles eurentbesoindela circoncision pour rendre la force à leurs ailes innocentes;

» Mais, le temps de la grâce venu, tous ces innocents, s'ils n'avaient le baptême parfait du Cuhist, étaient retenus dans les limbes.

)) Maintenant regarde dans la face qui ressemble le plus h celle du Chhist; seule, par sa clarté, elle peut te disposer à voir le CnnrsT. »

Je vis sur elle pleuvoir tant d'allégresse portée par I'f esprits saints, créés pour voler cette sublimité,

1 Ésaïi, qui était roux, et Jacob, qui était brun.

LE PAIvADIS. CHANT XXXII, 583

Que tout ce que j'avais vu auparavant ne m'avait pas laisi d'une telle admiration, et ne m'avait montré de Dieu une telle ressemblance.

Et cet amour * qui le premier descendit eh chantant JtY, Maria gratià plena, étendit ses ailes devant elle.

Et au divin cantique répondait de toutes parts la cour bienheureuse, si bien que chaque figure en devint plus sereine.

« O Saint Père *, qui daignes pour moi te tenir ici-bas, laissant le doux lieu où tu sièges pour l'éternRé,

» Quel est cet ange qui, avec tant de joie, regarde dans les yeux de notre reine , et si énamouré qu'il paraît de feu? »

Ainsi je recourus encore aux instructions de celui qui s'embellissait de la splendeur de Marie, comme du soleil l'étoile du matin.

Et lui à moi : « La confiance et la grâce qui peuvent être dans un ange se trouvent en lui^ et nous voulons qu'il en soit ainsi.

» Car il est celui qui porta la palme à Marie quand le Fils de Dieu se voulut charger de notre fardeau.

» Mais viens maintenant, et, à mesure que je parlerai, remarque des yeux les grands patriciens de cet empire trèsjuste et très-pieux.

» Ces deux qui siègent là-haut plus heureux, parce qu'ils sont les plus près de l'auguste femme, sont quasi les deux racines de celle rose.

» Celui qui touche à sa gauche est le père qui, pour avoir goûlé avidement du fruit, força l'espèc-f humaàriC à goûter de tant d'amertume.

» A sa droite lu vois l'antique père de la sainte Kglise, à qui le Christ confia les clefs de celte fleur de beauté '.

» El celui * q«ii vit, avant de mourii*. tous les lempi

' L'angfi Gabriel.

* Saiul Ueruard.

' Sziiil l'ierrs.

* Saint Jean I Évarf "iilto.

584 LA DIV1^E COMFIME.

(iilTicih^s ( ù devait passer la belle épouse* qui fut conquise par la lance et par les clous,

» Kst assis non loin de lui ; et non loin de l'autre se tient cù chct sous lequel vt^cut de manne la nation ingrate, m bile et opiniâtre.

» Vis-à-vis Pierre lu vois Anne, si beureusé de contempler sa fille, qu'elle ne bouge pas les yeux en cbantant flosanna.

' » Et vis-à-vis du grand-père de famille* est assise Lucie ', celle qui t'envoya ta Dame, quand tu fermas tes paupières au bord de l'abîme.

)) Mais comme le temps de ton rêve s'enfuit, ici nous ferons une pause, comme un bon tailleur qui, selon ce qu'il a de drap, fait le vêtement.

» Et nous élèverons les yeux vers le premier amour, afin qu'en regardant vers lui tu pénètres, autant qu'il est possible, dans sa splendeur.

)) Cependant, de peur qu'en croyant avancer tu ne recules peut-être, tout en remuant tes ailes, il faut que lu en obtiennes la grâce par tes prières,

» La grâce de celle qui peut l'aider; et tu me suivras d'âme et d'intention, si bien que de ma demande ton cœur li»; se sépare en rien. »

Et il commença celte sainte orai€on.

CHANT XXXIII

Dans une fervente oraison, saint Bernard prie la Vierge Marie d'obtenir au poète la yràce de s'clever jusqu'à la vision métne de Dieu. — Après quoi, D^nii'. illuminé, pénètre du regard la lumière divine et l'au^Miste Trinité, ou dans la personne du Verbe, l'Uumanitc jointe à la Divinité.

tt Vierge mère , fille de ton fils, humble et haute plus qu aucune autre créature, terme hxe de la volonté éternelle

» L'Église.

Adam.

Sainte Lucie, de Syracuse, symbole d« la (race illiiaiinaote.

LE PARADIS. CHANT XXXIII. oSi

» lu es ctilie qui as cnnohii Tellement la nature iiumaine, que son auteur n'a pas de'daigné de devenir son propre ouvrage *

» Dans ton sein s'est ralîamé i'amoui dont la chaleur a fait ainsi germer cette fleur dans la paix éternelle.

» Ici tu es pour nous un soleil de charité dans son midi, et là-bas, parmi les mortels, tu es une source vive d'espérance.

» Femme, tu es si grande et tu as tant de puissance, que celui qui veut une grâce et ne recourt pas à toi veut que son désir vole sans ailes.

» Ta bonté ne secourt pas seulement celui qui demande, mais bien des fois elle va libéralement au-devant de la demande.

» En toi se réunit la miséricorde, en toi la pitié, en toi la magnificence, en toi tout ce qu'il y a de bon dans la créature.

» Or celui qui, du plus profond abîme de Tunivers jusqu'ici, a vu les existences des esprits une à une,

» Te supplie en gi*âce de lui accorder assez de force pour qu'il puisse s'élever plus haut du regard vers la félicité •uprême.

» Et moi qui n'ai jamais souhaité pour moi cette vue plus ardemment que je ne fais pour lui, je t'adresse toutes mes prières, et je prie qu'elles ne soient pas vaines,

» Afin que tu dissipes tous les nuages de sa mortalité avec tes prières, en sorte que la souveraine joie se montre à lui.

» Je te prie encore, ô reine qui peux ce que tu veux, que lu conserves entières ses affections après une telle vision.

» Que ta protection triomphe des impulsions humaines. Vois Béatrice avec tous les bienheureux qui joignent les mains pour s'unh' à mes prières. »

Les yeux que Dieu chérit et vénère', fixés sur l'orateur,

Ta ad lit>rranduin fv»c«pturu< lioaaiocm non horruisti virgtnis uterua. Les yeux ()c la Vicrg6

586 LA DIVI^^ comedif.

nous démontrèrent combier'îe? prieras (tinotc^; ^lî ';'^nt agréables.

De là ils se levèrent sur réternellc luintL-n-., (liuis la^ucMe on ne peut croire que l'œÙ d'une créature pénètre aussi perçant.

Et moi qui m'approchais du terme de tous mes vcBui, ainsi que je le devais, je mis fin en moi à l'ardeur du désir,

Bernard me faisait signe et souriait pour que je regardasse en haut ; mais j'étais déjà par moi-même tel qull me voulait,

Car ma vue, devenant plus pure, entrait de plus en plus dans le rayon de la haute lumière qui est vraie par ellemême.

Dès cet instant ma vue fut au-dessus de mes paroles, qui cèdent à une telle vision , et la mémoire cède à un tel excès.

Tel qu'est celui qui voit en rêvant, et qui, après son rêve, garde l'impression produite sans que le reste lui revienne à l'esprit,

Tel je suis, car presque toute ma vision a cessé; et si je me sens encore distiller dans ce cœur la douceur qui naquit d'elle.

Ainsi la neige fond au soleil, ainsi se dispersent au vent sur des feuilles légères les décrets de la sibylle.

0 souveraine lumière! qui t'élèves tant au-dessus des pensées des mortels , prête à mon esprit un peu de ce que tu paraissais,

Et fais ma langue si puissante qu'elle puisse laisser une étincelle au moins de ta gloire aux races futures I

Car, en revenant un peu à ma mémoire et en résonnant un peu dans ces vers, ta victoire sera mieux comprise.

Je crois, d'après la blessure que je reçus ou vif rayon, que j'aurais été aveuglé si mes yeux s'en étaient détournés;

Et je me souviens que j'en fus enhardi à persister jusqu'à ce que j'eusse uni mon regard à la puissance infinie.

0 grâce abondante, par laquelle j'osais plonger mes

Page 1