‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 104 sur 106 · LE PARADIS. CHANT XXX. S · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT XXX. S

fue sa 'circonférence serait pour le soleil une trop large ceinture.

Tout ce qui en apparaît n'est qu'un rayon réfléchi sur le sommet du Premier Mobile, qui prend de là sa vie et sa puissance.

Et, comme dans l'eau de sa base se mire un coteau, pour voir, il semble, sa parure, et combien il est riche et d'herbes et de petites fleurs.

Ainsi, suspendues tout autour, tout autour du fleuve lumineux, je vis s'y mirer, sur plus de mille degrés, toutes les âmes qui de notre monde sont retournées là-haut.

Et si le rang le plus bas concentre en 1 i tant de lumière, quelle n'est pas la splendeur de cette rose dans ses feuilles les plus hautes !

Ma vue ne s'égarait pas dans la largeur ni dans la hauteur de la rose ; mais, dans sa quantité et sa qualité tout entière, elle embrassait cette allégresse.

Là, être près ou loin n'ajoute rien, n'enlève rien; car, où Dieu gouverne sans agents intermédiaires, les lois naturelles sont sans actions.

Alors, vers le cœur doré de la rose éternelle qui se dilate, s'étage et exhale un parfum de louanges au soleil, cause du printemps sans fin,

lîéatrice m'entraîna comme quelqu'un qui se tait et veut parler, et elle me dit : a Regarde combien est grande la réunion des blanches ëtoles *.

» Vois combien notre cité a de circuit ! Vois nos degrés si remplis, que peu de gens désormais y sont appelés !

» Dans ce grand siège, sur lequel tu tiens fixés tes yeux h cause de la .couronne qui déjà est placée au-dessus, s'assoira, avant que tu soupes à ces noces,

» L'âme un jour auguste sur la terre du grand Henri*, lequel viendra réformer l'Italie, avant que cette terre soit disposée à l'accueillir.

* DaUB illi» tinguls ttoUe albv. (ipocttf., Sj ■ H«ori TIL

57() tA DIVINE COMÉDIE.

r. L'avcHigle cupidité qui vous abrutit vous a rendui seinbUibles au petit enfant qui meurt de faim et chasse sa (K)Uirice.

» Alors sera préfet dans le barreau divin * un homme qui ouvertement et à couvert ne marchera pas avec ce roi clans le même chemin.

» Mais peu de temps il sera enduré par Dieu dans le saint office; car il sera plongé là où Simon le magicien est pour ses mérites,

» Et il fera tomber plus bas celui d'Anagni •. »

CHANT XXXI

Le poëte conloaiple encore avec ëblouissement la gloire da Paradis. — Entnite, te loiiriiint vers Béatrice (ou i'Esprit de la Théologie], qui avait repris sou tiéfe céleste, il lui rend grâce de tous les biens qu'il en a reçus. — Par la faveur de saint Bernard, il lui est accordé de voir, dans sa félicité, la reine du ciel, la Tierge Marie.

Donc, SOUS la forme d'une rose éblouissante de blancheur, se montrait à moi la milice sainte dont par son sang le Clirist fit son épouse ;

Mais l'autre milice, qui, tout en volant, voit et chante la gloire de celui qui la rend amomeuse et dont la bonté la rendit si grande,

(Comme un essaim d'abeilles qui tantôt picore sur les (leurs, tantôt s'en retourne là où le fruit de son travail exhale sa saveur ', )

Descendait dans la grande fleur ornée de tant de fleurs, et de là s'élançait encore vers le point où son amour séjourne éternellement.

Ces dînes avaient la face de flamme vive, et les Ailes

CVii-à-diro souverain pontife; il parle de Clément T •■ Ooniface Vlll.

• Qualis apes œstate nova per florca rur»

Rxeroek mh sole labor, etc.

IMrmd.)

LE l'AnAUlS. ClîWr NXXl. oT'î

d'or, et. le rosie d'urie telle blancheur, qu'aucnnc^ tieiga :i'y pouriail atteindre.

Lorsqu'elles descendaient dans la fleiir^ do degré en degré, elles épa[idaienf, en agitant leurs ailes, la paix et l'ardeur qu'elles venaient d'acquérir.

fit, pour être interposée entre là-haut et la fleur, cette famille volante n'empêchait ni la vue ni la splendeur.

Car la lumière divine pénètre dans l'univers, selon qu'il en est digne, avec une telle force que rien ne peut*lui faire Dbsîacle.

Ce royaume calme et joyeux, riche d'esprits anciens et nouveaux, avait la vue et l'amour dirigés sur un seul point.

0 triple lumière ! qui, en scintillant dans une seule étoile, réjouis tellement la vue de ces esprits, regarde icibas quelle est notre tempête !

Si les harbares, venus de cette plage que chaque jour couvre Hélice *, en tournant avec son fils qu'elle suit avec amour.

En voyant Rome et ses hauts monuments, restaient tout stupéfaits, alors que Latran s'élevait au-dessus de toutes les choses mortelles *,

Moi qui venais de passer de l'humain au divin, du temps

rétcmel, et de Florence chez un peuple juste et sage.

De quelle stupeur devais-je être saisi! Certes, entre cette stupeur et ma joie, je me plaisais à ne rien entendre et à me tenir muet.

Et tel Un pèlerin qui se récrée en regardant bien le temple où son vœu vient de s'accomplir, et déjà espère redire comme ce temple était fait.

Tel, en contemplant la vive lumière, je promenais mcj>

ux par les degrés, tantôt en haut, tantôt en bas, tanti^t i faisant le tour.

Ktje voyais des visages qui engageaient à la charité.

• La Graodï-Oiirte.

* SatDt Jean <lc Lairan, la première dcf ëglisct de Rome et da monile catli «uc • « Bc«lMtarum urbis et orbit mater el caput. >

578 LA DIVINK COMI DIK.

embV»Ilis(lc la lumière d'en liaul et de leur '^f" •=>

di's p()>es ornées de toulcs grâces.

La forme générale du Paradis, déjà niuii i. unu i .n.m embrassée tout entière, mais ne s'était encore iixé sur aucune partie ;

Aïoi-s je me tournai avec un désir renaissant pour questionner ma Dame sur des points qui tenaient mon esprit en suspens.

Je n^'attendais à une chose, et une autre m'arriva; je croyais voir Béatrice, et je vis un vieillard vêtu comme la famille glorieuse.

Dans ses yeux et sur ses joues était répandue une joie bénigne , et il avait l'attitude pleine de douceur qui convient à un tendre père.

« Et où est-elle ? » lui dis-je aussitôt. Lui alors: « Béatrice m'a envoyé de ma place pour mettre fin à ton désir;

» Et si tu regardes là-haut, au troisième cercle * du suprême degré, tu la reverras siu* le trône où l'ont placée ses mérites.

Sans répondre je levai les yeux, et je la vis qui se faisait une couronne en réfléchissant sur elle les éternels rayons.

De la région la plus élevée où gronde le tonnerre, l'œil mortel n'est pas si éloigné alors qu'il s'enfonce le plus bas dans la mer.

Que ma vue Tétait de Béatrice; mais rien ne me nuisait, car son image arrivait clairement jusqu'à moi.

« 0 femme, en qui vit mon espérance, et qui as daigné, pour mon salut, laisser tes traces dans l'Enfer,

» Si j'ai vu tant de choses, c'est à ta bonté et à ton pouvoir que j'en rapporte cette grâce et cette force.

» Tu m'as de l'csclaN âge mené à la liberté par toutes les voies, par tous les moyens qui, pour le faire, étaient en ta puissance. .

» Conserve en moi ta largesse, afin que mon âme, que tu as rendue saine, te plaise quand elle se détachera du corps. «

i.i-: PAIIADIS. CUA.NT XXXI. •' • •>

Je pritii ainsi; cl elle, qui semblait si loinlaino. sourit et me regarda, puis elle se tourna vers l'éterjielle foalaine.

Et îe saint vieillard : « Afin, me dit-iJ, que ta accomplisses parfaitement ton voyage, pour lequel une prière et un amour saint m'ont mandé vers toi,

» Avec tes regards vole par ce jardin, car, en le voyant, ton regard t'inspirera plus de force pour monter vers le rayon divin.

» Et la reine du ciel, pour qui je brûle tout entier d'amour, nous accordera toute grâce, car je suis son fidèle Bernard *. »

Tel celui qui vient peut-être de la Croatie pour voir notre Véronique*, et, à cause de son antique réputation, ne peut s'en rassasier,

.Mais dit dans sa pensée, tant qu'on la lui montre : Mon Seigneur Jésus-Christ, roi véritable, ainsi donc était faite votre face !

Tel j'étais en admirant la vivante charité de celui qui, dans ses contemplations en ce monde, goûta par avance la paix céleste.

a Fils de la grâce, me dit-il, cette existence bienheureuse ne te sera pas connue, si tu tiens par continuité les yeux baissés; ,

» Mais regarde les cercles jusqu'au plus éloigné, jusqu'à ce que tu voies le siège de la Reine à qui ce royaume est soumis et dévoué. »

Je levai les yeux, et de môme que le matin la partie orientale de l'horizon suipasse en éclat celle où le soleil décline.

Ainsi, en allant avec mes yeux, comme qucFqu'un qui va d'une vallée à une montagne, je vis à rexlrémité un point du cercle qui surpassait en clarté tous les autres;

Et comme là où s'attend le char que guida mal Phaélon

* Saint Bernard, modèle de la vie conlcmplalivc.

■La Croatie, pour tout (Ktjri loiotain. — Lo torint suaire dli à 1311110 v.<iniM

:io() LA DIVINE COMfti lE.

le ciel s'enflamme davantage, tandis que deçfi del\ la lu mière diminue;

Ainsi cette oriflamme de paix* brillait au milieu, et dfl chaque côté amortissait l'éclat des autres flammes.

Et dans ce miii'^.u je vis, les ailes ouvertes, plus de mille anges qui lui faisaient fête, chacun d'eux différant de splendeur et de pose.

Là je vis sourire à leurs jeux et à leurs chants une beauté qui était la joie des yeux de tous les autres saints.

iît quand j'aurais pour dire autant de ressources que pour imaginer, je n'oserais redire la moindre de ses délices.

Bernard, voyant mes yeux fixés avec attention sur Tohjet de son ardeur, y tourna les siens avec une affection si grande.

Qu'il rendit les miens plus ardents à la contempler.

CHANT xxxii.

Saint Bernard fait coonaltre au pocte dans quel o/Jre sont rangés ies Saïuts de l'Aocien et dn Nouveau Testament. — Surtout, il lui fait contempler la haute gloire de la Vierge bienhearcusc.

Tout plongé dans son bonheur, le contemplateur * prit de lui-même roflice de maître et commença par ces paroles saintes :

« La plaie que Marie referma et oignit fut ouverte et aigrie par cette femme si belle qui est à ses pieds '.

» Dans le rang formé par les troisièmes sièges, siègent au-dessous d'elle Rachei avec Béatrice, comme tu le vois,

» Sara et Rébecca, Judith et la bisaïeule* du chantre qui, dans la douleur de sa faute, dit : Miserere mei;

n Tu peux les voir ensuite de trône en trône, en descen-

• La Vierge.

' Saint Bernard.

^Bulh.

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