‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 26 sur 106 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

kftt* ane {nvocation anx Muses, ledirin poète raconte qu'an ierer de raarar«f te trouvant dans une ile avec son guide, il rencontra Caton d'Utique. — Sur la permission qu'il reçut de monter au Purgatoiie, il se dirigea avec Virgile ven U mer. — Là, d'après le conseil de Caton, Virgile lava le visage de Dante, et .ui mit une ceinture de joBC.

Pour courir sur de meilleures eaux, maintenant Tesquif de mon gdnie va hausser les voiles, en laissant derrière lui une mer si cruelle.

Ainsi je chanterai ce second royaume où Tesprit humain se purifie et devient digne de monter au ciel.

Donc que la poésie morte se relève, ô saintes Muses l puisque je suis vôtre, et qu'ici Calliope s'élève un peu*,

L:n accompagnant mon chant de cette voix dont les misérables Pies furent si frappées, qu'elles désespérèrent de leur pardon*.

I a douce cçuleur du saphir oriental qui se mêlait à la sérénité de l'air pur jusqu'à ce premier cercle ',

Ramena la joie dans mes yeux aussitôt que je fus sorti de l'air mort qui m'avait attristé les regards et le cœur.

La belle planète qui conseille d'aimer * faisait sourire tout

Vos, * Calliope, precor, atpirata cancnti. (Virgile.)

•Us biles de Piérus, roi de Pella en Macédoine, ayant défié les Hutei, furcn «tincues et changfct en piek. (Ovide, V, Met.)

* Le ciel de la lune, selon le système de Ptoléroée.

* La planète de Vénus.

l'orient, en effaçant le signe des Poissons qui venaient à sa suite.

Je me tournai à main droite, et je dirigeai mon esprit vers l'autre pôle, et je vis quatre étoiles* qui ne furent jamais vues que par les premiers hommes.

Le ciel semblait se réjouir de leur éclat. 0 septentrion! contrée vraiment veuve, puisque tu es privée de contempler ces étoiles !

Lorsque je me fus détaché de cette contemplation, en me tournant un peu vers l'autre pôle, vers le point où le char venait de disparaître ■,

Je vis près de moi un vieillard seul, et digne, par ses dehors, de tant de respects, qu'un père n'en doit pas inspirer davantage à son fils*.

Il portait une longue barbe mêlée de poils blancs et semblable à ses cheveux, dont un double flocon venait tomber sur sa poitrine.

Les rayons des quatre lumières saintes répandaient sur sa figure tant d'éclat , que je le pouvais voir comme si le soleil eût été devant lui •

« Qui êtes- vous, vous qui, allant contre le fleuve aveugle, avez fui la prison éterneUe, dit le vieillard en agitant sa bai-be vénérable.

» Qui vous a guidés, ou qui a été votre flambeau pour iortir de la profonde nuit qui rend continuellement noire la vallée infernale?

» Les lois de l'abîme sont-elle« ain«i rompues? ou un nouveau décret a-t-il été rendu dans le ciel, que vous, damnés, vous veniez ainsi dans mes grottes? »

Alors mon guide m'engagea, par ses paroles, ses gestes et ses regards, à être respectueux, à plier le genou et à baisser les paupières.

* Lei quatre vertus cardinales, d'après Lombardi, e'Mt-à-dire la PnideBM,i| iMtice, U Force et la TcnipéraDce.

' Le char de la graude Ourse.

* Caton d'Uliquc. — Dante imile Virgile au huitième liv.'V de i'Énéidi pios; bis dautein jura Calouoa.

Page 1