LE PURGATOIRE. CHANT IV
Et lui à moi : « Qu'aucun de tes pas ne recule ; mais gagne derrière moi le sommet du raont jusqu'à ce que nous apparaisse une escorte sage. r>
Le sommet était si haut, qu'il dépassait la portée de la vue, et la côte plus droite que la ligne qui va du milieu du cadran au centre.
J'étais las de monter; alors je m'écriai : « 0 mon doux père ! tourne-toi, et vois que je vais rester seul si tu ne t'arrêtes pas.
— Mon fils, traîne-toi jusqu'ici, » répondit-il en me montrant un rocher qui, de ce côté, régnait autour de la montagne.
Ses paroles m'éperonnèrent si fortement, que je m'efforçai de grimper après lui, tant que cette roche circulaire se trouva enfin sous mes pieds.
Nous nous assîmes là tous les deux, tournés vers le levant d'où nous étions montés, car on se plaît à regarder le chemin qu'on vient de faire.
Je dirigeai d'abord mes yeux vers les bas-fonds, ensuite je les élevai vers le soleil, et je m'étonnai que nous en fussions frappés à gauche.
Le poète remarqua bien que je demeurais stupéfié à regarder le char de la lumière qui était entre nous et l'aquilon.
Donc il me dit : « Si Castor et PoUux accompagnaient ce miroir qui jette son éclat et dessus et dessous,
» Tu verrais le zodiaque rougissant tournoyer encore plus près des Ourses, s'il ne sortait pas de son chemin accoutume ;
» Lt si lu veux pouvoir comprendre comment cela est ainsi, tout recueilli en toi-même, imagine que la montagne de Sion et cette montagne sont phicées sur la terre,
p De telle façon que toutes deux ont un même horizon et difiérenls hémisphères; donc le chemin que sut mal parcourir le char de Phaéton,
» Tu le verrais nécessairement sur un flanc de cette montagne *, tandis que tu le verrais sur un flanc opposé de
*I« nootagne du Purgaloir*.
l'autre montagne *, pourvu que ton intelligence examine clairement la chose.
— Certes, mon maître, lui rcpondis-je, jamais je n'ai vu si clairement comme je vois à cette heure, là où mon esprit semblait me faire faute.
» Ainsi l'hémicercle du mouvement supérieur, qui, dans certain art, s'appelle équateur, et qui reste toujours entre le soleil et l'hiver,
» Par les raisons que tu m'as données, s'éloigne de cette montagne vers le septentrion, quand les Hébreux voyaient ce même cercle vers les régions brûlantes du midi.
» Mais, s'il te plaît, j'apprendrais volontiers combien nous avons encore à marcher, car celte montagne s'élève plus haut que ne peuvent s'élever mes regards. «
Et lui à moi : « Cette montagne est telle, qu'à sa base elle est toujours rude à commencer; mais plus on avance en montant, moins elle donne de fatigue.
» DonCj quand elle te paraîtra si douce que ta marche sur ses hauteurs sera légère comme, là-bas, l'est sur la pente de l'eau la marche d'un batclct,
» Alors tu seras à la fin de ce sentier. Attends d'être là pour te reposer de ta peine. Je ne réponds plus rien, car je tiens tout cela pour vrai. »
Et comme il finissait cette parole, une voix resonna près de nous : a Peut-être seras-tu aupai-avant dans la nécessité de t'asseoir. »
Au son de cette voix chacun de nous se tourna, et nous vîmes à gauche une grande pierre que ni lui ni moi n'avions d'abord aperçue.
Nous nous en approchâmes; là étaient des âmes qui se tenaient étendues à l'ombre du rocher, comme des gens qui s'étendent par indolence.
liic délies, qui me semblai fatiguée, assise parmi iei
I La moou«uc de bkia.