LE PURGATOIRE. CHANT V
» Là OÙ son nom se perd , j'arrivai , la gorge pcrc^, fuyant à pied et ensanglantant la plaine;
» Là je perdis la vue, et ma parole finit par le nom de Marie ; là je tombai, et il n'y resta plus que ma chair.
» Je te dirai la vérité, et tu la rediras parmi les vivants : l'ange de Dieu me prit, et celui de l'enfer criait : « 0 toi du ciel, pourquoi me l'ôtes-tu?
» Tu emportes la partie éternelle de celui-ci pour une petite larme qui me l'enlève; mais je traiterai autrement l'autre partie de lui-même. »
» Tu sais bien comme dans l'air se condense cette humide vapeur qui se résout en eau dès qu'elle monte là où le froid la saisit ;
» Arrivé là , le Mauvais-Vouloir . qui à chercher le mal met son intelligence , déchaîna les exhalaisons et le vent par le pouvoir que lui donne sa nature*.
)) Ensuite, dès que le jour fut éteint, il couvrit de nuages la vallée, dep-iis Prato-Magno jusqu'au sommet de l'Apennin, et il prépara le ciel,
» De façon que l'air épais se résolut en eau; la pluie tomba, et les ravins regorgèrent de tout ce que la terre n'en put absorber*
» Puis, selon la pente des grandes eaux, elle se précipita vers le fleuve royal avec tant de rapidité, que rien ne put la retenir.
» L'Archiano furieux trouva mon corps glacé vers son embouchure, et le poussa dans l'Arno en ouvrant sur ma poitrine la croix
» Que j'avais faite de mes bras quand me vamquit U douleur. Il me ballotta sur ses rives et dans ses bas-fondi', ensuite sous sa proie de sable il me couvrit tout entier.
— Ali! quand tu seras de retour dans le monde, cl re-
■ C'nX une. ch«'M eeitciB* eo th^logie que les démons ont pouvoir de tuirA l>l<Mi«nir, grctlt-r, negrr et chotcs scmblalili-s, comme prouve saint Auguslin ai r*!. viit de la Cite de Dieu : Omnis transfonnptio corporalium rerum ((iiae lie* poleU pcr ali<iuam virlut«in n«lu;al«m, |icr Usmouem iieri potett. (GraD8icr,\
posé de la longue roule, continua un troisième esprit sud* cédant au second,
» Souviens-toi de moi qui suis la Pia : Sienne m*a faite, la Maremme m'a défaite; il le sait bien celui-là qui, peu aTant,
» Avait, en m'épousant, passé à mon doigt son anneau de pierreries*. »
CHANT VI
n parle encore des Nc'gligents qni ne se sont repentis qu'an moment de lenr mort violente. — Comme Virgile demandait à une Ame, se tenant à l'écart, le sentier le plus facile de la montagne, Dante reconnaît en elle Sordello de Mantoue. — Dante et Sordello s'embrassent. — Apostrophe contre les discordes de Florence «I contre toute Tltalie.
Quand on quitte le jeu de la chance*, celui qui perd demeure tout chagrin en répétant les coups, et triste il se les apprend.
Avec l'autre s'en Ta toute la foule : celui-là devant et celui-ci deiTière ; celui-ci de côté se rappelle au souvenir du gagnant;
Lui ne s'arrête pas; il écoute l'un et l'autre; celui à qui il tend la main cesse de la presser, et ainsi il se défend de la foule.
Tel j'étais au milieu de cette troupe épaisse, tournant çk et là le visage, et par mes promesses je m'en dégageai.
Là était l'Arétin' qui reçut la mort des bras cruels de
' La Pia, de la noble famille des Tolomei, de Sienne, fnt enformee par ton mv, mfiMer Meiio délia Pietra, qui l'accnsait d'adaltere, dans un chAtcao des ttsienoes. L'air empesté de ce pays la toa.
Siena mi fe'; disfecemi Maremma.
sept vers ont sufll au poëte pour faire revivre à jamais n venger la triste Pia j apparilion merveilleuse qui, après avoir, de nos jours, inspire mada;-'c Amabid- Taslu, a donne nn drame plein d'émotions à M. Auguste de Helloy.
* Il giuoco délia Zara.
* Messer Beninca&a d'Arezzo, auditeur à la rote de Rome, <il astauia.< oxr Qtm^ a Tacco dont il aTait condamné à mort le frère et le neve».
LE PURf.ATOIIlE. CHANT VI. 323
Ghino di Tacco, et cet autre qui se noya en donnant la chasse à ses ennemis'.
Là priait, les mains élevées, Federigo Novello», et celui-là de Pise qui fit paraître la grandeur d'âme du i)or Marzucco*.
Je ris le comte Orso*; et cette âme séparée de son cor{is par astuce et par envie, comme elle le disait, et non pour ses crimes;
Je veux dire Pierre de la Brosse*; donc pendant qu'elle est encore sur terre, que la princesse de Brabant se mette en garde afin de n'être pas un jour dans le troupeau de douleur.
Quçind je fus délivré de toutes ces ombres qui priaient que d'autres fissent pour elles de» prières, afin de hâter le temps où elles deviendraient saintes.
Je commençai : a 0 ma lumière! tu nies, il me semble, expressément en ton teite que Toraison fléchisse les décrets du del*;
» Et ces âmes ttie prient cependant pour cela; leur espérance serait-elle donc vaine? ou le sens de ton dire, ne l'ai-je pas bien compris? »
Et lui à moi : a Ce que j'ai écrit est très-clair, et l'espérance de ces âmes ne les trompe pas, si on l'examine avec un esprit sain :
» En efïet, la hauteur du jugement de Dieu n'est point abaissée parce que le feu de l'amour accomplit en un instant ce qu'aurait dû faire l'âme ici reléguée.
» Et là où j'établis ce point, la faute ne pouvait se purger par la prière, puisque le pécheur, objet de cette prière, était séparé de Dieu.
' CioiM de* TarUtU d'Aretio.
* Il fot tue p^ un Bostuli, turnommd Foraaiaaia.
* llarzucco b;iiia les maini de ratsastio de son lils ParinaU.
' Ono, fiU (lu comte N'opnlpoDC di Harliaja, fut tué par le comte Albert •ODMwii^
* Secrétaire et favori do Philippe le Bel ; accusé faussemeat par ia reiae favaif «o«ln la lédoire, il fut toudaœoé à- la polence.
* Oeftine fata deftm O^cti tperare precaudo.
fYtr«ib.|
LA DIVINE COMÏDIE.
» Donc ne t'arrête pas à un doute si profond, tt attends celle qui sera la lumière entre la vérité et ton iniclligence.
» Je ne sais si tu m'entends; je parle de Béatrice, tu la verras sur le faîte de ce mont, riante et heureuse. »
Et moi : « Bon t^uide , allons en plus grande hâte , je ne me fatigue plus autant que devant; et puis vois comme désormais la montagne jette de l'ombre.
— Nous avancerons aujourd'hui autant que nous pourrons, répondit-il; mais ce chemin est d'une autre forme que tu ne penses.
» Avant que tu sois là-haut, tu verras revenir celui qui déjà se couvre de cette côte, de sorte qu'avec ton corps tu ne peux rompre ses rayons.
— Mais vois cette âme immobile qui, seule et tout à l'écart, regarde vers nous; celle-là nous enseignera la voie la plus courte. »
Nous vînmes à elle ; ô âme lombarde ! comme tu te tenais altière et dédaigneuse! en tournant vers nous les yeux, que tu étais noble et grave !
Elle ne disait pas une parole , mais nous laissait venir, regardant seulement à la manière d'un lion qui se repose *.
Or Virgile s'approcha d'elle, la priant de lui montrer le meilleur chemin, et elle ne répondit pas à sa demande.
Mais elle s'informa de notre pays et de notre vie ; et le doux guide commença: « Mantoue... » Aussitôt l'ombre, toute ramassée sur elle-même.
Se leva vers lui di; lieu où auparavant elle se tenait, en disant : « 0 Matitouan! je suis Sordello, de ta t».Tre chérie ! » et l'un l'autre ils s'embrassaient *.
Ah î Italie esclave, hôtellerie de douleur, navire sans nocher dans une grande tempête , non plus reine des provinces, mais lieu de prostitution I
V&:»v M n(iose si net uit^jmo
GdrsDjr, 21 oiihi. (Tasso, Jérui.y c»nu C
'• Sor<^«îllo, poêle de Hantoae, écrivait en langue provençale ; d est trétor det Treton,