‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 37 sur 106 · LE PURGATOIRE. CHAIST XIII · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE. CHAIST XIII

It hauteur; seulement son arc est plus prompt à se refermer.

On n'y trouve ni reliefs ni sculptures au trait; les bords sont tout unis, et la route est également nue, la pierre qui les forme a une couleur livide *.

« Si nous attendons ici quelqu'un pour demander notre chemin, disait le poëte, je crains que notre choix n'éprouve trop de retard. »

Ensuite il dirigea ses yeux fixement sur le soleil; il fit de sa jambe droite un centre sur lequel s'appuya son mouvement, et il tourna la partie gauche de lui-même.

« 0 douce lumière, sous laquelle j'entre avec confiance dans le nouveau chemin ! conduis-nous, disait-il, selon qu'il ^ut nous conduire dans cette enceinte.

» Tu réchauffes le monde, tu l'éclairés ; si quelque autre raison ne vient à rencontre, tes rayons doivent toujours être nos guides. »

Ce qui compte ici-bas pour un mille, nous l'avions déjà parcouru en peu de temps, grâce à notre volonté active.

Et vers nous voilà que nous sentîmes voler, car nous ne les vîmes pas, des esprits qui, en parlant, invitaient courtoisement à la table d'amour.

La première voix qui passa en volant dit fortement : Vinum non habent*, et derrière nous elle allait le répétant.

Et avant qu'en s'éloignant cette voix eût cessé d'être entendue,'une autre passa en criant : « Je suis Oreste, » et, comme la première, elle ne s'arrêta pas.

« 0 père ! dis-je alors, quelles sont ces voix ? » Et comme je demandais, voici une troisième, disant : « Aimez ceux ^lui vous ont fait du mal. »

Le bon maître : « Ce cercle châtie et fouette le péchrf <f envie ; donc les cordes du fouet sont agitées par l'amour.

T) Le frein des pécheurs rend un son tout contraire. Je jMînsc (jue tu l'entendras avant que d'être arrivé au pas oà l'on pardonne.

■ Comme le lont dci Rnvieiis.

* Paroles de ta Vierge an Cbriil, aai

854 LA DIVINF COMÉDIE.

î) Mais, à travers l'air, attache fixement les regards de ce côté, et tu verras devant nous des gens étendus, et chacun d'eux appuyé le long d'un rocher. »

Alors j'ouvris les yeux plus qu'auparavant; je regardai devant moi, et je vis des ombres entourées de manteaux de la même couleur que la pierre.

Et lorsque nous fûmes un peu plus avancés, j'entendis crier : « Marie, prie pour nous ! » puis crier : « Michel, Pierre et tous les saints, priez pour nous. »

Je ne crois pas que sur la teiTC marche de nos jours un homme si dur, qu'il ne fût touché de compassion de ce que je vis ensuite :

Car, lorsque je fus si près de ces esprits, qu'aucun de leurs mouvements ne m'était caché, je sentis par mes yeui une grande douleur s'échapper de moi.

Ils me semblaient couverts d'un vil cilice, chacun d'eux soutenait l'autre sur son épaule, et tous étaient soutenus par le rocher.

Ainsi les aveugles qui manquent de pain se tiennent aux Pardons * où ils quêtent pour leur besoin, et l'im appuie sa tête sur celle de l'autre,

Afin que la pitié aille toucher les cœurs, non-seulement par le son des paroles, mais par la vue, qui n'y excite pas moins.

Et comme le soleil ne panient pas aux aveugles, ainsi aux ombres dont je parlais la lumière du ciel refuse ses largesses ;

Car toutes ont les paupières percées et cousues avec un fil de fer, comme l'épervier sauvage qui n'est pas encore docile *.

En allant , il me semblait faire un outrage de voir autrui sans en être vu ; je me tournai donc vers mon sage conseiller.

Il savait bien ce quç,muet, je voulais dire; aussi il n'at-

* Les églises, fniique de U fauconnerie, avant l'inventioD du cbaperoB*

Page 1