‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 39 sur 106 · LE PURGATOIRE. CHANT XIT · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE. CHANT XIT

» Descendu après, par des gorges profondes, û trouve des renards si pleins de fraude, qu'ils ne craignent aucun engin qui puisse les prendre*.

» Je ne cesserai pas de dire, bien qu'un autre m'entende; et cela sera bon à celui-ci, pourvu qu'il se souvienne des choses qu'un esprit vrai me découvre.

» Je vois ton pelit-fils qui devient chasseur de ces loups sur la rive du fleuve cruel, et tous les épouvante *;

1) Il vend leur chair encore vivante; ensuite il les tue comme de vieilles bêtes; il ôte à beaucoup la vie et à lui l'honneur;

» Il sort sanglant de la triste forêt', demeurée telle que d'ici à mille ans elle ne pourra bourgeonner dans sa force première. »

Comme à l'annonce de futurs malheurs se trouble le visage de celui qui écoute , de quelque part que le malheur l'attaque,

De même je vis l'autre âme,* qui se trouvait tournée pour entendre, se troubler et devenir triste, quand ces paroles f'irent arrivées à elle.

Le langage de l'une et la figure de l'autre me rendirent désireux de savoir leur non: , et je leur en fis la demande mêlée de prières.

C'est pourquoi l'esprit, qui tout d'abord me parla, reconmiença : «c Tu veux que je m'amène à faire pour toi ce que tu ne veux faire pour moi;

» Mais puisque Dieu veut que sa grâce brille si fort en toi, je ne te serai point avare. Sache donc que je suis Guido del Duca.

» Mon sang fut si brûlé par l'envie, que, si j'eusse vu un homme devenir joyeux^ tu m'aurais vu couvert d'une teinte livide.

' Les Piunt.

* L'Ame r|ut parle ici «et Ooldo de] Doca, de BreltiMro ; «Ue t'adrcMe à 11- •ten. Dri Duca teut parier de Fuicieri, pcliu&U ilc Rinicri, podeiUt de Floreoef M 130?, oui, §atmé f$g U* Nein, It «oferoicr et tuer les priocipaax Bianc».

5t>G LA DIVINE COMÉDIE.

» De ma semence voici la paille que je moissonne. O race Bumainc ! pourquoi mettre ton cœur là où un bien demande l'exclusion du l'autre?

» Celui-ci est Rinieri , le trésor et l'honneur de la malèOii de CalboH, où depuis personne ne s'est lait hdritier de ion mérite.

» Et ce n'est pas seulement ses descendants qui sont dénués, entre le Pô et la montagne, la mer et le Réno, des qualités requises pour la vérité et les contentements de la vie;

» Car, dans ces mêmes conflns, le sol est si couvert de rejetons vénéneux, que, pour le cultiver, toute peine serait maintenant tardive.

» Où est le bon Licio*, et Arrigo Manardi*, Pierre Tra- TPi-saro', et Guido de Carpigna*? 0 Romagnolsî ô rac£ aMtardie !

» Puisqu'à Boulogne un forgeron fait souche *, puisqu'à Faenza un Bernardin di Fosco •, sorti de si petite graine, devient une noble tige !

0 Ne t'étonne pas si je pleure, ô Toscan ! lorsque jC me rappelle Guido de Prata, Ugolin d'Azzo, qui vécut avec nous,

» Frédéric Tignoso et tous les siens, puis la maison Travcrsara et le^ Anastagi. Hélas ! ces deux familles ont perdu leur héritage^de vertu !

» Si je pleure en me rappelant les dames et les chevahers, leurs travaux et leurs joies. Car l'amour et la courtoisie excitaient les cœurs, là où ils sont devenus si dépravés.

» 0 château de Brettinoro"' ! pourquoi n*as-lu pas croulé

* Licio di Valbona, homme de bien. Sa fille q>ousa Richard, après t'èUe livre* à lui.

* Les coninieatateuri dc sont point d'accord sur ce personnage.

' Pierrr Traversaro, seigneur de Raveane,- maria sa fille à Élienne, roi de Hoairie.

* Guido, homme noble de Montefellro. (Grangier.)

* Àllusiou à Lambcrluccio, forgeron devenu grand seigneur.

* Homme valeureux et de petite naissance, etc.

* Ureltinoro, etc., châteaux de la Romagne, gouvernée par de petit' lyrtiu. Pa lani lui suiDomme «( Diowolo. — Fsotoli, homm^ vertueux.

Page 1