LE PURGATOIRE. CHANT XX. 3ST
\oiT la vengeance qui, cachée dans tes secrets, te rend douce fca colère ?
» Quant à ce que je disais de l'unique épouse de TEsprit- Salnt, et qui t'a fait tourner tes pas vers moi pour obtenir quelque explication,
» Cela entre dans nos prières tant que dure le jour; mais quand vient la nuit, nous citons en place des exemples tout contraires.
» Nous répétons alors Pygmalion *, que sa passion gloutonne pour l'or rendit traître, larron et parricide,
» Et la misère de l'avare Midas, puni par Teffet de sa demande avide, dont il est bon que toujours on se raille.
» Ensuite chacun se rappelle ce fou d'Achan * , et comment il vola les dépouilles de l'ennemi, de sorte qu'ici la colère de Josué semble encore le mordre.
» Après nous accusons Saphira et son mari; nous louons ceux qui foulèrent aux pieds Héliodore, et sur toute la montagne monte en infamie
» Polymnestor, qui tua Polydore. Finalement on crie ; « 0 Crassus ! dis-nous, puisque tu le sais, quelle est la sa- D veur de l'or. »
» Parfois nous parlons, l'un à voix haute, l'autre à voix basse, suivant l'afTection qui nous éperonne et rend notre pas tantôt plus grand, tantôt plus petit.
» Je n'étais pas seul tout à l'heure à rappeler le bien dont on s'entretient pendant le jour; mais près d'ici nulle autre personne n'élevait la voix. »
Nous nous étions déjà séparés de cet esprit, et nous tâchions de monter le chemin aussi f ije que nous le pouvions,
Quand je sentis, comme une chose qui tombe, trembler iâ montagne ; aussi je fus saisi d'un froid comme d'ordinaire est saisi celui-là qui marche à la mort.
Certes Délos ne s'agitait pas si fortement avant que La»
' Cett le PvgnialioD, iilt de Bt^lut, et frère d« Oidnn.
* Arhnn fut l.ipid<< pour avoir vnM une partie du t)wtin de Jéricho. — Saphira ai laaoia», liéliodorc, Poljmocator, CraMui. elc., aulrei eseaplM d'avarice puoie.
388 LA DIVFNE COMÉDIE
tone y eût fait son nid pour enfanter les deux yeux du ciel '.
Puis il s'éleva de toutes parts un cri tel, que le maître se tourna vers moi en disant : « Ne crains rien tant que je suis ton guide. »
Tous disaient : « Gloria in excelsis Deo, » autant que je le compris du lieu voisin où j'étais, et d'où le cri se pouvait ainsi entendre.
Nous restâmes là immobiles et en suspens, comme les pasteurs la première fois qu'ils entendirent ce chant, jusqu'à ce que le tremblement cessât et que le chant fût achevé.
Ensuite nous reprîmes notre saim voyage, regardant les ombres étendues à terre, et déjà retournées à leurs plaintes habituelles.
Si ma mémoire n'erre pas, jamais l'ignorance d'une chose ne me tourmenta si fortement, et ne me rendit si désireux de savoir.
Qu'il me semblait alors l'être dans ma pensée. Par notr* marche hâtée je n'osais interroger; par moi-même je ne pouvais voir la chose.
Ainsi je m'en allais timide et pensif.
CHANT XXI
Lm poètes, s'avauçant tonjonn, foot la rencontre d'un BspriU — II» l«l demandent pourquoi cet ébranlement de la nioiiia|,'ne, et pourquoi ce chant de glorification. — L'Esprit répond que cela a lieu chaque fois qu'une Ame vient d'achevei u purification. — Enlin, l'Esprit, se faisant connaître, dit qu'il ei>t le poète Slace.
Cette soif naturelle qui jamais ne s'apaise sinon avec l'eau dont la femme samaritaine demanda la grâce *,
Me tourmentait et m'excitait derrière mon guide dam cette voie embarrassée, et j'étais ému de compassion devant la juste vengeance de Dieu.
Et voici : comme Luc a écrit que le Christ, déjà sorti d«
' Apollon et Diane.
Qui biberit ex aquA quam ego dabo ei, ood sitiet in xteroum. (JoamrJ